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Quand :l y a correspondance entre la plastique et la littérature, pourquoi imaginer que les œuvres d'art ne font qu’exprimer les inventions littéraires? La grande raison pour laquelle la littérature nous paraît naturellement la source qui alimente les arts figurés tient à ce que le langage des mots est le langage des idées claires. Penser une idée, c'est en somme trouver son expression verbale ; faire comprendre un tableau ou un monument d'architecture, c’est traduire en mots le sens de cette œuvre. Nous imaginons donc que notre commentaire des œuvres plastiques, c'est-à-dire notre interprétation écrite ou parlée, estune analyse des intentions de l’artisteet que les idées que nous suggèrent les formes ont été génératrices de ces formes. Et quand la littérature nous apporte sur l’art d’un temps une sorte de témoignage latéral, il nous paraît que les arts n'ont fait que donner une expression plastique à des idées déjà exprimées verbalement. Cette conception a le grave tort de mettre à l’origine une pensée littéraire qui est bien moins souvent la cause que la conséquence. Ainsi, dans la tragédie classique, nous reconnaissons la conception de Poussin et de Coypel, chez Watteau la comédie de Marivaux, et les correspondances continuent entre Greuze et La Chaussée, Hugo et Delacroix, Zola et Manet, etc. Cette conception fausse les relations de parenté qui unissent les arts entre eux ; l’art des mots et l’art des formes sont unis par des liens de fraternité, et non de filiation. Peut-être ne se ressemblent-ils que parce qu'ils sont de même origine. Mais lorsqu'ils sont dérivés l’un de l’autre, c’est bien plutôt l’œuvre plastique qui a précédé l’œuvre littéraire. Les historiens, lorsqu'ils veulent faire parler les figures de Poussin ou de Watteau, écoutent volontiers les personnages de Racine et ceux de Marivaux ; qu'ils n’oublient pas que Poussin et Watteau ont précédé Racine et Marivaux. Et, de même, le romantisme de Delacroix a précédé celui de Victor Hugo et le naturalisme de Courbet-Manet a précédé celui de Zola.

Mais littérature et plastique sont bien loin de toujours se développer d’un mouvement parallèle. La littérature suppose un état de civilisation très avancé. Les arts plastiques sont plus précoces, ils apparaissent plus tôt dans l’histoire; des sociétés préhistoriques il subsiste des monuments d'architecture, de sculpture et de peinture ; ils témoignent sur des époques où la littérature n'existait assurément pas. Et de même, dans une société, l’art commence avec les métiers les plus humbles, celui du forgeron, du potier, du charpentier, et on le retrouve jusqu'au sommet de la civilisation. Il a donc une base autrement large que celle

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