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LA. AI£E DES

IMAGES

véhicule le plus fréquent est bien loin d’être le langage verbal.

Il existe cependant un langage technique propre à chaque métier ; il est fait de termes précis, d'expressions typiques qui semblent une émanation directe du travail manuel. Là se pénètrent la langue des mots et celle des images. Ces expressions techniques, en se propageant, perdent de leur sens particulier et vont se fondre dans le vocabulaire courant. Ceux qui se préoccupent d'enrichir le vocabulaire savent quelles ressources présente le langage des métiers. Ronsard et du Bellay ont ainsi préconisé de leur emprunter des métaphores et des termes typiques. C'est une source inépuisable d'invention verbale que le travail manuel. Un œil qui observe, des mains qui façonnent, nous sommes à l’origine même de l'intelligence humaine, et c’est là que nous allons surprendre son effort pour s'exprimer, et assister au travail d'invention verbale.

Nous sommes toujours tentés d’assimiler le travail artistique à la création littéraire. Il nous semble que la pensée qui choisit dans la matière verbale son mode d'expression doit procéder de même dans le monde des formes, et nous concluons spontanément que c'est une même pensée qu'il faut découvrir dans la littérature et dans la plastique. Ainsi les arts figurés, peinture, sculpture, nous apparaissent-ils souvent comme l'illustration d’une pensée qui est d’abord apparue dans sa forme verbale. Il suffit cependant de placer en face du mouvement littéraire de plusieurs générations l'évolution de la statuaire contemporaine pour constater qu'il n'y a nullement correspondance d'inspiration ou de sentiment entre ces deux modes d’expression employés par l'âme d’un même temps. Quelle que soit l’ardeur de la pensée religieuse, lastatuaire commence toujours par la rigidité inerte, inexpressive, pour aller progressivement vers les formes agitées et pathétiques. Et l’on imagine volontiers, au temps de la statuaire rigide, une religion dogmatique, sérieuse, un peu froide, et à l'époque de la sculpture violente une inspiration sentimentale plus ardente. Il faudrait, en vertu de ce principe, conclure que les passions étaient plus vives au temps du Laocoon qu'au temps du Zeus de Phidias et que le christianisme était plus ému au temps de Claus Sluter qu’au temps du Beau Dieu d'Amiens. Il est bien évident qu'il n'en est rien, et de trop graves divergences séparent la littérature religieuse et l’histoire de l’art pour que nous puissions toujours trouver dans la plastique une sorte d'illustration de la littérature contemporaine.

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