‹ La Vie Des ImagesChapitre 16 sur 155 · IL H · texte numérisé non relu

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Fig. 40.— RÉALISME ET ORNEMENTATION. Ce TISSU DE SOIE DE Perse (Musée du Louvre) nous montre deux éléphants affrontés d'une naïveté fort spirituelle. La vérité de ces images nous amuse, maïs l'on voit déjà que ces motifs encore réalistes commencent à subir les déformations du tissage ; et l'on prévoit comment le dessin populaire va les transformer jusqu'à les rendre méconnaissables. Les tapis d'Orient sont remplis d'images réalistes transformées par l'assimilation décorative. Le vocabulaire ornemental n'est que du réalisme usé, des mots coupés de leurs racines.

serait difhcile de nier que la forme demi-circulaire de l'École d'Athènes ou de la Dispute ne soit pour beaucoup dans l’effet de perspective qui donne à ces compositions l'unité et la profondeur. Le sens de ces images est une suggestion de l'architecture. Mais peut-être cette influence de la matière sur la forme et de la forme sur la pensée apparaîtra-t-elle encore plus clairement si l'on réserve l'effort d'analyse pour une œuvre où l’on attendrait le moins une telle soumission de l’idée au cadre.

Depuis que les frontons du Parthénon sont dévastés, peut-être ne connaît-on pas un ensemble de figures plus harmonieux de forme et plus riche de pensée que le porche royal de la cathédrale de Chartres. Cet ensemble montre une telle unité plastique, il y a tant d'équilibre dans les grandes figures immobiles, une cadence si marquée dans l'agitation des petits personnages, tout est si plein et si librement articulé, les formes sont si bien ajustées dans leur alvéole, on voit si nettement qu'il serait difhcile d'ajouter sans encombrer, d'enlever sans creuser un vide, que l’on croit spontanément à un plan théologique, à une idée toute-puissante qui organise et anime toutes ces pierres vivantes. Tant d'ordre serait inexplicable si la pensée n'était partout présente.

À l'appel de quelle musique toutes ces pierres sont-

elles donc venues s’assembler dans cet ordre admirable? Et maintenant quel hymne monte silencieusement de ces chœurs si attentifs au geste central qui les conduit ? On n’a pas de peine à le comprendre ; le chant innombrable qui ruisselle des trois porches glorifie Jésus ; au tympan sud, Jésus descend sur terre ; au tympan nord, il remonte au ciel; au tympan central, il apparaît dans sa gloire éternelle ; les grandes figures annoncent sa venue: les figurines des chapiteaux racontent sa vie terrestre. Il paraît naturel de reconnaître dans cette beauté un programme théologique rigoureusement suivi où l'harmonie décorative serait comme le rayonnement d’une pensée bien conduite.

Mais il nous faut noter d’abord que le triple portail, en nous présentant trois apparitions du Christ, a déjà fourni le plan général de cette symphonie théologique. C’est donc parce que les églises romanes de France ont dès longtemps adopté ce dessin de façade que le sermon de Chartres sera un sermon en trois points.

Mais surtout, quand on lit de près cette page, on s’aperçoit que les thèmes iconographiques ne suffisent pas à l'expliquer. Des intentions décoratives, des idées de sculpteur prennent constamment le pas sur le programme théologique.

Voici d’abord le portail nord. Sur le tympan est figurée

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