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Fig. 52 et 53.—LES EXIGENCES DE LA SYMÉTRIE. Au PORTAIL OCCIDENTAL DE CHARTRES, les TYMPANS DE GAUCHE ET DE DROITE répondent à un plan de symétrie. Ainsi, deux des douze moisde l'année, débordant des voussuresde gauche, sont allés compléter la série des arts libéraux dans lesvoussures de droite. Sur le tympan de gauche, entre le Christ de l'Ascension et lesapôtres, un registre a été ménagé, que remplit le vol des anges ; transformation d'un motif traditionnel, en vue d'obtenir la symétrie avec les trois étages du tympan de droite. Au registre inférieur, dix apôtres seulement ont pu être assis. Au portail de droite, remarquer comme le nombre et la disposition des personnages ont été déterminés par le souci de placer les trois images de l'enfant Jésus sur l'axe central du tympan.
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Fig. 54. — LA MINIATURE STATUFIÉE.
L'illustre BIBLE DE SOUVIGNY (au Musée de Moulins) nous présenteun admirable ensemble de miniatures romanes. Chacun des titres de cette Bible est orné par une figure se rapportant au chapitre. Voici la miniature du livre d'ESTHER. Le rapprochement avec les statues de reines du porche royal de Chartres suffit pour nous faire conncître le modèle, la source de ces statues. Les fameuses figures qui flanquent les portes d2 la cathédrale ne sont rien d'autre que les personnages placés par les enlumineurs en tte des chapitres bibliques. La ressemblance entre la miniature et la statue est même si frappante Cans le cas actuel que l'on serait tenté de penser que le peintre a copié le sculpteur. Il aurait même poussé la fidélité de la copie jusqu'à représenter une main brisée. L'importance que leur haute taille confère à ces statues est due seule- ‘ment à la longueur des colonnes qui les portent. Tous les prophètes bibliques de la façade n'en ont pas bénéficié : ilen est qui, dans les intervalles des colonnes, sont restés de dimensions exiguës ; c'est la disposition décorative qui a déterminé l'ordre de dignité de cette assemblée. De plus, le balancement symétrique entre les figures de droite et celles de gauche — les figures masculines et les figures féminines se répondent exactement — n'a pu manquer d'introduire quelque liberté avec les chapitres bibliques. Le résultat est un groupement entièrement commandé par les exigences de l'architecture et de la décoration. L'identification de ces figures chartraines est un des problèmes qui amusent l'histoire de l'art. Il n'existe que parce qu'on a fini, à force de le dire. par croire que la cathédrale élait en efle’ un livrz de théologie.
répondre à l'importance des chapitres. Ces figures bibliques qui portent le monde ont pris une ampleur extraordinaire ; elles se sont allongées de toute la hauteur de la colonne où elles s’adossent, et, quand on s'approche, on ne voit plus qu'elles. Ce n’est pas de l'iconographie, c'est de la statuaire que sont nés ces prophètes géants; ils sont hors de l'échelle commune aux innombrables acteurs de l'immense tableau ; ils n'appartiennent pas à la même espèce; c’est que trouvant au-dessus d'eux l'espace libre, ils ont démesurément grandi. Cette importance matérielle ne correspond à aucune supériorité iconographique. Sur un jambage, d’autres figures bibliques sont superposées; elles sont restées de petite taille ; l'une d'elles tient un livre déroulé, où son nom gravé se lit encore : Geremias. De toutes ces figures bibliques taillées dans la pierre, Jérémie est le seul que nous puissions reconnaître avec certitude. Nous l’aurions imaginé avec une taille de géant. Les exigences décoratives ont enclos ce géant dans un corps nain. Cependant, des personnalités
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gigantesques et peut-être secondaires continuent de monter leur faction, et par leur haute taille d'occuper notre attention ; comme trois d’entre elles portent couronne, le portail est devenu pour nous un « portail royal ».
S1 nous connaissions leurs noms, peut-être trouverionsnous le motif qui les a disposés sous ces porches. Cet ordre ne peut pas être indifférent ; il doit exprimer une pensée, une hiérarchie morale, une chronologie. En attendant la réponse de l’iconographie, nous pouvons ici encore nous satisfaire de raisons décoratives. Quel était le programme donné aux sculpteurs ? Je ne sais. Mais, ce qui est certain, c'est que la maître de l’œuvre, pour placer les statues, n’a cherché que la symétrie. Les deux ailes de la façade se balancent exactement ; les statues se répondent deux à deux par le style, les proportions, le sexe ; quelques lacunes dans le rang n’empêchent pas de reconnaître l'égalité parfaite des deux côtés de ce portail. La même « frontalité » qui raidit ces statues se reconnaît aussi dans leur ordre serré. Cependant, aux deux extrémités, deux groupes de trois figures, qui font une famille à part dans la statuaire de Chartres, échappent seuls à
l'égalité de la symétrie. D’unfcôté, deux femmes et un
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NS ZA Fig. 55 et 56. — HÉROINES BIBLIQUES. Ces petites statues d'ESTHER
et de JUDITH du chœur de la CATHÉDRALE D'ALBI, au milieu de beaucoup
d'autres qui portent également leurnom, nous montrent que l'art du XV siècle
n'avait pas encore perdu l'habitude de représenter la Bible par une sorte d'Index illustré de ses chapitres.
homme; de l’autre, deux hommes et une femme. Et, pour tout compliquer, voici que, dans la première statue de gauche, :l nous faut reconnaître un corps masculin sur lequel a été posée une tête féminine. Comment, à quelle époque ont pu se produire de telles confusions? Est-ce au temps où la façade a été déplacée? Nous avons reconnu d'autres traces d’une modification dans le porche nord.
Quoi qu'il en soit, l’iconographie paraît encore avoir été quelque peu malmenée. S'il faut reconnaître ici un arbre généalogique de Jésus, il semble bien que le maître de l'œuvreen ait sacrifié l'unité organique pour l'ordre plastique et la régularité extérieure. Mais tout indique que le programme théologique qui a désigné ces personnages de pierre a consisté tout simplement à prendre les titres des chapitres de la Bible et à emprunter la miniature qui les inaugura dans les manuscrits enluminés.
Le portail royal de Chartres, sans doute, est un beau poème théologique. La grandeur du dogme chrétien y resplendit avec une incomparable majesté. Mais cette majesté est celle de l’architecture et de la statuaire. Une pensée habite ces formes de pierre ; mais elle n'est pas le principe interne qui leur a donné vie. C’est l'ordonnance décorative qui a commandé les attitudes, les proportions, les emplacements de toutes ces figures. De cet
Fig. 57. — UN GRAND PRO- PHÈTE EN PETIT. Le prophète JÉRÉMIE, au porche occidental de CHARTRES, est le seul de tous ces personnages qui soit identifié avec certitude, car il montre son nom gravé sur son phylactère. Noter d'abord la différence de style entre cette petite figure, agitée et souple, et les grandes statues rigides. C'est que les figurines dérivent des bas-reliefs, c'est-à-dire de la peinture, tandis que la grande statuaire part de la colonne ou du pieu. Vu sa personnalité, on aurait attendu une effigie plus importante.
Si la grandeur des statues était à la mesure des prophètes et rois convoqués au porche de Chartres, Jérémie serait à une place d'honneur, debout, immense, adossé à l’une des colonnes de la porte centrale. Mais il n’est pas entré dans le groupe des grandes statues-colonnes.
Encore un désaccord entre la hiérarchie iconique et les exigences ornementales. C'est la première qui a dû céder.
équilibre plastique rayonne une grande idée morale ; mais l'ordonnance était pour les yeux avant d’être pour la pensée. Dans ce beau livre où les mots sont des figures, les formes sont commandées par l'architecture ; la vie est soumise à une géométrie décorative. Tous ces personnages qui jouent le drame de la Bible et de l'Évangile ont été traités par l'artiste comme des fleurons ou comme dés rinceaux.
Fig. 58. — NARRATION DÉSORDONNÉE. Les CHAPITEAUX DU POR- TAIL OCCIDENTAL DE CHARTRES racontent la vie de la Vierge et celle du Christ. Les développements de ce récit sont réglés par le nombre des chapiteaux. Chose plus extraordinaire, l'ordre des épisodes semble aussi parfois être commandé par des raisons étrangères au récit évangélique. Pour qui lit les trois épisodes cidessus, voici que l'entrée à Jérusalem, le jour des Rameaux, se place entre le baiser de Judas et la mise au tombeau. Ce « livre de pierre » semble avoir été composé bien légèrement pour desliseurs distraits.