‹ La Vie Des ImagesChapitre 20 sur 155 · AN · texte numérisé non relu

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Fig. 46 et 47. — TRADUCTION DE SCULPTURE EN PEINTURE. Les deux groupes, l’un sculpté, l'autre peint, sont nés vers le même temps, dans la même ville d'Avignon. LA PIETA SCULPTÉE se trouve aujourd'hui au Musée Calvet, tandis que la PIETA PEINTE est venue de la CHARTREUSE DE VILLENEUVE au Musée du Louvre. Il semble évident que le peintre a composé son tableau après avoir examiné ou copié le groupe sculpté. Ainsi s'explique le caractère vraiment inattendu de ce panneau, sa carrure, sa solidité, et cette plénitude des volumes dans une école où la peinture emprunte généralement ses minuties et gentillesses pittoresques à l'art de la miniature. L'influence d'une belle sculpture aurait donc pour un jour transformé le style du peintre. Si l'hypothèse est vraie, rien ne s'oppose plus à l'attribution de la pietà d'Avignon à Enguerrand Charonton, dont le Couronnement de la Vierge présente avec cette peinture bien des analogies d'exécution.

multipliés pour garnir les extrémités du linteau et assurer leur équilibre. Quant aux voussures, quelle raison logique devait y amener la série des sept arts libéraux? Inclinons à penser que, comme pour le calendrier de la porte gauche, les arts libéraux ne sont ici que des thèmes d’ornementation ; deux signes du Zodiaque en surnombre à côté

Fig. 48. — FIGURE MODE- LÉE PAR UN SCULP- TEUR - PEINTRE. — Car- PEAUX a tiré du damné de Michel-Ange ci-contre le groupe tourmenté de son UcoLiN. Mais il est modeleur de terre plus que marbrier, et le modeleur creuse volontiers ses figures d'accidents pittoresques. Il y a dans la glaise une ductilité qui invite le sculpteur à de: effets pittoresques, des coups de pouce qui ressemblent à des touches de peintre. Et c'est ainsi qu'un même motif — ou

presque — se reconnaît dans le modèle peint par Michel- Ange et dans l'imitation

sculptée par Carpeaux ; mais c'est le groupe sculpté qui semble d'un peintre, tandis que la figure peinte révèle une imagination de tailleur de marbre,

ont été recueillis pour corriger l’asymétrie de ces arts de nombre impair. Le complément nécessaire pour emplir la voussure intérieure a été fourni par des figures d’anges. Ressource inépuisable, comme ces signes qui, dans les manuscrits du moyen âge, remplissent les lignes creuses.

Au-dessous des tympans, les chapiteaux des piliers, en se rejoignant, composent une frise continue où le sculpteur a raconté dans le détail la vie de la Vierge et de Jésus ; et, pour mieux montrer la solidarité des trois porches, cette histoire se lit sans interruption sur deux rangées, qui commencent l'une et l'autre à la porte centrale. Le récit part du pilier de gauche et continue sur la moitié nord de la façade ; il reprend sur le pilier de droite et va s'achever dans la porte sud. Ces images forment un récit si connu que le regard en suit la chaîne sans presque regarder, comme on écoute distraitement des phrases dont la musique est dans notre mémoire. Nous sommes tellement sûrs que la chronologie amènera à sa place l’image attendue. Et pourtant, voici que, sur l'aile droite, aux moments les plus dramatiques de l'existence du Christ, le conteur semble avoir perdu le fil de son histoire : l'entrée à Jérusalem se place entre le baiser de Judas et la mise au tombeau; le lavement des pieds entre cette mise au tombeau et les pèlerins d'Emmaüs... Évi-

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IMAGES

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Fig. 49.— ARCHITECTURE ET PEINTURE. VÉRONÈSE établit ses cohues chatoyantes dans des encadrements d'architecture ; l'architecture n'est pas seu-

lement dans l'encadrement des stucs et boiseries sculptées ; elle entre dans la peinture et y prend vraiment l'allure de « trompe-l'œil». Dans ce REPAS CHEZ

Levi (Académie de Venise), le peintre a trouvé la plus belle et la plus simple des compositions, en groupant ses convives sous trois vastes arcades. Il s'est contenté d'emprunter aux architectures de Sansovino le dessin de trois fenêtres avec leurs accompagnements de pilastres et de bas-reliefs.

demment. il y a eu confusion entre plusieurs chapiteaux au moment de les mettre en place. On peut, par la pensée, rétablir l’ordre des compositions, replacer la scène des Rameaux avant la Cène, et, en revanche, mettre après le baiser de Judas le chapiteau assez inexplicable qui précède la Cène et qui, mis à sa placeaprès le baiser de Judas, nous fera aisément reconnaître Jésus devant Pilate. Peutêtre tout ce désordre s’explique-t-il par le désir de réserver pour le double chapiteau qui sépare les deux portes la composition de la Cène, la vaste table où il faut asseoir douze convives. Mais faut-il expliquer par le manque de

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Fig. 50. — LE MODÈLE DE VÉRONÈSE. Trois fenêtres de la LIBRERIA

DE SANSOVINO. Wéronèse les a reproduites et agrandies pour y installer le

banquet de Levi. Il a seulement un peu allégé l'architecture en augmentant les vides, et en particulier la fenétre centrale.

place l'étrange brièveté du récit de la Passion? Le baiser de Judas, Jésus devant Pilate, la mise au tombeau, et c'est tout pour le drame du Calvaire, alors que le narrateur a été si bavard pour le récit de l’enfance. La recherche des motifs qui resteraient toujours problématiques nous entraînerait à des futilités. Quelles que soient les raisons de cette iconographie désordonnée et disproportionnée, il reste avéré que lorsque les chapiteaux de cette façade ont été mis en place, le maître de l’œuvre a jugé qu'il pouvait bouleverser ou supprimer des pages du texte. Le «livre de pierre» n’est pas toujours un traducteur fidèle.

Mais il nous reste à interroger les grandes figures rigides suspendues aux piliers de ces porches. Dans ces êtres mystérieux, il faut reconnaître les prophètes et les rois de l'Ancien Testament. L'architecture de cette façade se présente comme un système du monde et un résumé de son histoire. En dessous, le soubassement biblique. Ces personnages un peu étranges soutiennent les Évangiles qui se déroulent sur les chapiteaux, ils portent les trois tympans, où deux rappellent la vocation de Jésus, sa descente sur terre et son retour au ciel, tandis que, sur le tympan central, il rayonne dans sa gloire immuable après l'achèvement du grand drame qui l’a mêlé aux

‘hommes.

Mais les développements du livre sont bien loin de

Fig. 51. — DÉCORATION JE PENSÉE. Au PORCHE OCCIDENTAL "DE CHARTRES, la sculpture est répartie de manière à composer une décoration pleine, égale, aux ailes symétriques. Il serait bien étonnant que le programme iconographique eût coïncidé sur tous les points avec le plan ornemental. Il a fallu bien souvent que la pensée se soumft à une géométrie exigeante. Et d'abord, au tympan central il s'est trouvé quatorze niches pour les douze apôtres.

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