D'EMTÉAECOINMP EN ON TE
tions oscillent sur une large période, parce que, pour observer une faible évolution plastique, il nous faut embrasser dix ou vingt siècles. Il n’y a pas dans l’histoire de l'humanité un chapitre aussi long que celui de l’ancienne Égypte. C'est pour cette raison — et aussi parce que la vallée du Nil conserve tout ce qu’on lui confie — que l'archéologie égyptienne fournit le plus bel exemple de la persistance et de la fixité des images. Enfermée dans sa profonde impasse, à l'abri des courants extérieurs, cette civilisation a vécu de sa propre substance et les artistes, parvenus à un certain degré de réalisme, s’y sont maintenus sans plus jamais tenter des aspects nouveaux de la vie. Nul doute que les attitudes architecturales deleurs statues et que l'équilibre de la symétrie ne leur aient paru d'une vérité plus profonde que les aspects du mouvement et le désordre des gestes. Les images peintes et surtout les images sculptées ont une autre autorité que les formes mouvantes de nos corps éphémères ; elles reproduisent l'être dans son essence. Éternité et immobilité sont peutêtre le même concept sous les aspects différents de l’espace et du temps, et l’on peut se demander si les Égyptiens n'ont pas appris de leurs statues, assistant immuables à l'écoulement des siècles, la notion de l’immortalité. L'Égypte offre le plus bel exemple de la longévité et de la constance des images. Mais cet art égyptien a vécu enfermé en lui-même. C’est dans l'antiquité asiatique qu'il faut remonter pour trouver les plus anciennes images qui ont ensuite traversé les siècles en se mêlant aux civilisations successives, en s’adaptant aux métiers les plus différents, en s’accommodant de la diversité des croyances. S'il est un sujet d'émerveillement pour l'historien, c'est de trouver aux deux extrémités du livre de l'humanité les mêmes signes graphiques qui ont survécu aux temples, aux religions, aux littératures, et, dans l'éternel écoulement des choses, manifestent bien, grâce à la matière impérissable, la constance des formes de notre imagination. C'est dans les arts plastiques que l’humanité écrit ses mémoires. S'il est un ensemble de figures populaires, ce sont bien les signes du zodiaque ; elles illustrent les pages de nos calendriers et il n’est pas un petit paysan qui ne se soit amusé de ces animaux étranges : il en est même beaucoup qui n'auront jamais vu d'autre image imprimée que ces gravures de leur almanach. Eh bien! ces images qui sont les images les plus répandues de l’art humain sont aussi les plus anciennes de l’histoire. Quand nous remontons à leur suite le cours des temps, il nous faut traverser le moyen âge, qui les a multiphiées
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Fig. 67. — FLEUVE DU PARADIS. LI est un thème de l'iconographie romane qui n'a pas réussi à se développer et qui a si peu vécu qu'il a le plus souvent échappé à la sagacité des archéologues modernes : celui des quatre fleuves du paradis. Il faut le reconnaître dans quelques obscures peintures romanes (à Saint-Quiriace de Provins et dans quelques églises de l'Italie septentrionale). Si leur valeur symbolique et expressive était vraiment l'âme des images chrétiennes, ces figures des quatre fleuves qui coulent de l’Eden seraient parmi les images favorites de l'iconographie rituelle ; elles avaient d'autres titres pour symboliser les quatre Évangiles que les baroques figures empruntées à l’Apocalypse ; elles présentaient un sens intelligible, d'un symbolisme très large et très clair; el cependant l'art leur a préféré des figurations d'animaux étranges, sorties d'une imagination exotique. L'image des fleuves — vieillards barbus portant des urnes — n'est pas une invention asiatique, mais une création de l'art gréco-romain. C'est l'art grec qui a humanisé ainsi les fleuves, les arbres et les montagnes. Le paysage est traduit dans le langage de la statuaire. La peinture byzantine a conservé longtemps l'image humaine du Jourdain dans le Baptême du Christ. À cette imagerie humaine, rationnelle, de l'Europe, l'Asie oppose sa zoologie fantastique. Le haut moyen âge, qui avait perdu contact avec l'antiquité, a vécu de ces images asiatiques. Cette figure en haut-relief venue de PARTHENAY au LOUVRE est sans doute l'image d'un des FLEUVES DU PARADIS, et l'outre qu'elle tient représente l'urne de sa source. Cequi rend cettz identificalion tout à fait vraisemblable, c'est que ce personnage paraît avoir appartenu à un groupe de quatre figures de même nature.
PL
sur la pierre des cathédrales, comme sur les feuillets des livres d'heures ; le monde datin qui les a versifiées ; l'Égypte qui nous a laissé des zodiaques de pierre, et enfin la Chaldée où s’est cristallisée sans doute cette mythologie astronomique ; nous voici donc au temps où les mages et les pâtres observaient les astres, décrivaient la géographie céleste et dessinaient cette carte qui est encore en usage. Personne ne saurait actuellement nous dire comment ces formes sont venues s'attacher aux étoiles pour désigner des constellations. Mais il n’est pas difficile d'imaginer quelles significations les hommes ont successivement attachées à ces signes mystérieux. Nous retrouvons maintenant quelques-uns d’entre eux sur les cailloux sculptés que les fouilles vont aujourd’hui exhumer du sol de Chaldée : sur ces bornes kassites, on voit ramper Capricorne, Bélier et Serpent, toute une zoologie terrestre qui fut sans doute la sœur de cette faune astronomique qui a traversé les âges. On pense bien que les Égyptiens n'ont pas manqué de reconnaître leur
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bœuf Apis dans la figure du Taureau ; ce sont les Grecs qui ont fait du Sagittaire un centaure ; les Romains dans les Gémeaux ont salué leurs Dioscures, et ils ont appelé Liber leur Bacchus, parce qu'il est le Dieu de la vendange, que la vendange se fait en septembre et que septembre enfin est le mois de la balance (libra). Le christianisme
Fig. 68. — THÈME SYMBOLIQUE DISPARU. Cette plaque métallique ciselée et découpée du Musée DE CLUNY est chose unique dans son genre et ne peut être rapprochée d'aucune œuvre similaire. On y reconnaît les QUATRE FLEUVES DU PARADIS, nommés dans la Genèse, le Gihon, le Phison, le Tigre et l'Euphrate. « Et un fleuve sortait de l’Eden pour arroser le jardin ; et de la ilse divisait en quatre fleuves. » Au centre, l'agneau du sacrifice, symbole du Christ. Pourquoi cette belle image n'est-elle pas restée comme l'une des plus expressives de l’iconographie ? C'est que, même dans l'art chrétien où la pensée nous semble dominer, cesont les habitudes plastiques qui commandent. Les quatre fleuves ne comptaient pas parmi les images quel'Orient a fournies à l'art roman ; ils ont donc disparu.
même ne s'est-il pas annexé des parties du zodiaque? On ne peut s'empêcher de remarquer que la date de
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l'Assomption voisine avec l'entrée du Soleil dans le signe de la Vierge. Enfin aujourd'hui encore, qui ne traduit symboliquement à son propre usage quelques-unes de ces lointaines figures, et ne voit une correspondance entre le Verseau et les pluies d'hiver, entre le Lion et les chaleurs de l'été? Ainsi ces images traversant les âges se maintiennent-elles, vaille que vaille, portant les pensées les plus diverses.
Et sans doute cette permanence de douze figures, au symbolisme variable, s’explique-t-elle en partie parce qu'elle répond à des observations célestes, à une division de l’année restée dans nos usages. Mais :l est bien d’autres images dont les origines se perdent dans la vieille Asie et qui sont allées d'un bout à l’autre de l’histoire sans s'appuyer sur une utilité. Notre art du moyen âge est tout plein d’une faune exubérante et fantastique ; bijoux de métal, voussures de pierre, pages de manuscrits montrent des animaux qui entremêlent les ordres, et ce zoomorphisme baroque n’est pas une invention des Carolingiens ni des Romans ; il nous venait d'Asie, comme toutes choses, la croyance et l’art, le culte et ses reliques. On discerne ici et là, dans la vasteobscurité des siècles, la trace du passage de ces formes en voyage ; ici, c’est un objet en ivoire : ici, une mimiature, ou bien un tissu. Les formes usent des véhicules les plus divers pour se fixer et se propager. Les sculpteurs et les peintres ont employé ce vocabulaire, parce que, dans les arts plastiques, on n’invente que lorsqu'il n'y a pas d'autre recours. Ils ont multiplié ces images qui pour eux n'avaient pas de sens, mais qui en ont bientôt trouvé de multiples. La symbolique des théologiens n’a pas manqué de voir en elles des signes moraux : et ces fictions ont été étudiées et décrites dans les bestiaires comme les espèces réelles le sont par nos naturalistes. En ces matières, les hommes du moyen âge n'ont jamais distingué entre les monstres imaginaires et les bêtes exotiques, le griffon et le lion, l'éléphant et la licorne. L'art conférait aux uns et aux autres le même degré de réalité.
Mais, dans cette arche de Noé qui apportait à l'Europe les produits de l'imagination asiatique, quelques espèces étaient destinées à une fortune particulière. Il n’est pas d'image religieuse qui nous soit plus familière que ces quatre figures d'un ange, d’un aigle, d'un lion et d'un bœuf, par lesquelles nos artistes chrétiens ont, depuis le plus haut moyen âge, désigné les quatre évangélistes, Mathieu, Jean, Marc et Luc. Déjà, dans les miniatures carolingiennes, ce symbolisme est en usage, et