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l'on voit même parfois saint Marc portant une tête de lion et saint Luc une tête de bœuf. Mais, le plus souvent, les artistes se sont contentés de joindre à chacun des apôtres le compagnon qui le désigne. Dans les miniatures du xIV® siècle, comme dans toute la peinture gothique qui en est dérivée, saint Mathieu écrit sous la dictée de son ange, et l'aigle s'est posé auprès de saint Jean tandis que, dans son île de Pathmos, il rédige son Apocalypse. Et même dans l'iconographie courante de l’art chrétien, l'ange et les trois animaux suffisent pour évoquer chacun des quatre évangélistes. On sait l’origine de cette zoologie symbolique ; l’art roman et particulièrement le sculpteur de Chartres a fixé dans la pierre l'apparition du Christ dans sa gloire, encadré de l'ange et des trois animaux. L'art chrétien fut comme hanté de cette vision. L'imagination religieuse, avant la Renaissance, n’en a jamais connu d'autre, chaque fois qu’elle a voulu se représenter l'aspect de Dieu. La figure de Jésus D enttant qu homme — s'était fixée une fois pour toutes, et d'Asie s'était répandue, au travers du monde chrétien, l’image du jeune homme divin, le doux visage entouré de la barbe et de la longue chevelure. Mais ce dieu, non plus sur terre, mais sur son trône, dans sa gloire, dans son royaume céleste, qui donc l'avait vu? Il n'y a point, dans les Évangiles, de texte pour guider les artistes ; sauf la brève vision de la Transfiguration : (Ses vêtements devinrent resplendissants et blancs comme la neige. et il vint une nuée qui le couvrit » (Marc) !. Les Évangélistes qui nous racontent le Christ et nous rapportent ses paroles ne l’ont jamais décrit ; on dirait qu'ils ne l'ont pas plus contemplé que Moïse n'a vu l'Éternel. En revanche, le visionnaire de l'Apocalypse annonce la fin du monde par une apparition qui fut toujours présente à l’âme du moyen âge et qui a fixé pour des siècles l'aspect du Dieu chrétien : «Un trône était dressé dans le ciel et quelqu'un était assis sur ce trône. et autour du trône il y avait quatre animaux pleins d’yeux devant et derrière ; le premier animal ressemblait à un lion ; le second ressemblait à un veau ; letroisième avait le visage comme celui d’un homme, et le quatrième ressemblait à un aigle qui vole ».… Dans cette apparition, la théologie chrétienne a eu bien vite fait de trouver le symbole des quatre évangélistes. Elle a toujours cherché dans les livres saints la justification de l'Église. Ce Christ qui apparaît accompagné de ces formes étranges ne les a pas choisies sans dessein ; elles sont
(1) S. Mathieu : (Son visage devint resplendissant cemme le soleil et ses habits devinrent éclatants comme la lumière. »
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quatre parce qu'il y a quatre Évangiles. Le Dieu atteste l'authenticité des quatre livres, comme ils proclament sa divinité; dans cette imagination fantastique, le christianisme a immédiatement reconnu un témoignage du ciel. Et ces acolytes du Christ, en se dispersant à travers
l'iconographie, emportent avec eux l’âme d’un Evangéliste.
ANNEES bd =
Fig. 69. — LE LION SYMBOLE DE L'ÉTÉ. Le calendrier en images du moyen âge associe pour chaque mois les « travaux et les jours » à la mythologie astronomique du Zodiaque. Ces signes du Zodiaque ont depuis longtemps perdu toute signification, tout au moins leur signification originelle. Ils ont été interprétés de manières bien différentes au coursdessiècles. Aujourd'hui, nous ne pouvons plus voir réunies l'image du LION et celle de La MoissoN comme dans ces bas-reliefs de La CATHÉDRALE D'AMIENS sans associer cet animal et l'idée de chaleur torride. Par contre, le Verseau nous paraît naturellement représenter les les pluies de l'hiver. Si l'astronomie chaldéenne avait fait une autre répartition des figures du Zodiaque, l'imagination eût travaillé en d'autres directions.
L'extraordinaire fortune d’une telle vision daus la plastique chrétienne ne doit pas étonner. Elle est la seule qui ait permis à cette religion de reconstituer la figure
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Fig. 70, 71, 72 et 73. — LE GRIFFON A TRAVERS LES AGES. L'espèce griffon s'est conservée et propagée à travers les siècles et les croyances. Ce croi-
sement del'aigle et du lion remonte certainement aux animaliers chaldéens. Il est surprenant que ces races hybrides se soient maintenues aussi semblables à elles-
mêmes, comme si vraiment les artistes en trouvaient le modèle dans la nature. Voici des GRIFFONS MYCÉNIEN, IONIQUE, ROMAN, ARABE; ils se sont adaptés aux styles et aux modes ; ils ont tenu les emplois les plus variés ; mais comme ils sont restés fidèles à leur constitution originelle !
de son Dieu. Quand les artistes du moyen âge se retournaient vers les livres sacrés pour leur demander le modèle à copier, ils devaient nécessairement se rencontrer devant cette description de l’Apocalypse, car elle est la seule page qui nous montre une image du Christ. À cette seule source, l'imagination et l’art chrétien sont venus puiser quand ils voulaient enfin se représenter ce Dieu toutpuissant dont les promesses et les menaces remplissaient le monde d'espoir et de terreur. Mais, l’auteur de l'Apocalypse lui-même, où donc avait-il vu l'étrange tableau qui ouvre sa description des derniers jours de
Fig. 74, — LES ANCÊTRES DU KHÉRUB. Parmi les plus anciens débris
de l’ART CHALDÉEN recueillis au Louvre (fouilles de Tello et de Suse), ce petit
bas-relief, comme beaucoup d'autres monuments, nous révèle déjà les combinai-
sons d'aigles et de lions. Combinaisons fécondes ; leur descendance n'est pas encore éleinte.
l'univers? Il ne peut y avoir de doute sur l'origine des images si précises et si bizarres qu'il évoque. De même qu'il n'y a qu'une description du Christ dans le Nouveau Testament, il n’y a qu’une description de l'Éternel dans l'Ancien, et les deux se ressemblent beaucoup. Ni Abraham ni Moïse n’ont vu l'Éternel, ou, s'ils l'ont vu, ils ne l'ont
pas décrit. Mais Ezéchiel l’a contemplé longuement et,
comme plus tard celle de l’Apocalypse, sa description
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