‹ La Vie Des ImagesChapitre 79 sur 155 · PR PEER ETES ES T'OLRE · texte numérisé non relu

PR PEER ETES ES T'OLRE

inventions la vraisemblance : ils nous font croire à la réalité de leurs fictions : de leur rêverie se forme un monde cohérent et viable. Pourquoi y aurait-il discordance à placer des divinités sylvestres dans les sous-bois de Rousseau ? Parce qu'une évocation mythologique est incompatible avec une vision trop attentive ; dans l'analyse infinie du sous-bois, ce peintre peut bien s'enivrer d'immensité et de mystère ; il ne verra jamais les dryades surgir des troncs de chênes. Corot, au contraire, dont la contemplation est presque de la rêverie, a bien pu voir des nymphes parmi les flocons de la brume matinale dansant sur la prairie. Rien dans le jeu de ses ombres légères qui vienne brutalement contrarier les fictions de sa pensée. Ainsi les peintres qui nous donnent la plus noble impression de l'histoire sont-ils des visionnaires autant que des observateurs. La Bible des peintres qui nous paraît la plus vraisemblable est celle de Rembrandt ; elle est la rêverie d'un promeneur dans le quartier juif d'Amsterdam. Puvis de Chavannes, sans effort ni curiosité documentaire, évoque les temps lointains par la noble simplicité du paysage. La suppression du pittoresque documentaire l'affranchit de l’actualité ; sa nature semble éternelle ; elle a pu paraître telle aux hommes d'autrefois.

Ainsi, dans ces jeux de la nature et de l’histoire, il semblerait tout d’abord que, pour faire revivre le passé, il

n'y eût qu'à projeter en arrière des images présentes ; la

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