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IMAGES
Fig. 231, 232 et 233. — LE LIEU DU MARTYRE DE SAINT SÉBASTIEN. MANTEGNA, dans le SAINT SÉBASTIEN DU LOUVRE, a montré le martyre dans le
lieu même où la tradition plaçait son supplice. L'arc de Titus, les pentes abruptes du Palatin, les chemins creusés dans les décombres, ce paysage dévasté et chargé
d'histoire a été dessiné sans doute du haut des Galeries du Colisée. Le premier croquis est emprunté au tableau de Mantegna ; le second est tiré d'une gravure de
Du Pérac, en 1575. L'arc est encore flanqué des maisons dessinées par Mantegna. Le troisième croquis présente l'aspect moderne ; à gauche, sur le Palatin, apparaît la petite église de SAN-BASTIANELLO où l'on voit une vieille fresque du saint, costumé en patrice byzantin.
cette époque, ne savait-on pas encore y reconnaître les dépouilles du temple de Jérusalem?
Quand, moins de deux siècles plus tard, Poussin atteignait enfin à la ville de Rome, dont il rêvait depuis si longtemps, il courut droit aux monuments qui lui présentaient une image des anciens ; ses croquis nous le signalent devant la colonne Trajane ou sous l'arc de Titus : ses premières peintures ne font que développer ses observations d’après l'antique, et c'est parce qu'il avait la mémoire emplie par les bas-reliefs fameux qu'il a imaginé les soldats romains pillant le temple de Jérusalem. Après quoi il se laissa prendre par la vie contemporaine, l’art vivant : il se
mêla aux peintres de son temps, mais, si l’on suit le développement de son génie jusqu'aux œuvres de la vieillesse, qui furent peintes d’une main tremblante, on voit son esprit se détourner de plus en plus des images présentes et du pittoresque anecdotique pour s'installer dans une sorte de monde imaginaire qui n’est tout à fait ni la Rome contemporaine, ni une reconstitution de l'antique ; :1l résulte d’une rêverie contemplative où se mêlent la nature et l’histoire, et cette nature est dépouillée des inutilités fortuites, ennoblie d'illustres souvenirs, cependant que l'histoire s’anime de la vie présente tout en restant enveloppée dans son majestueux lointain. Poussin était possédé
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Fig. 234 et 235. — LE JARDIN DES OLIVIERS DE MANTEGNA. ManrTecNa est décidément de tous les maîtres de la Renaissance celui qui a le
plus fortement senti la poésie de l'histoire ; il ne l'a pas seulement trouvée dans la documentation archéologique ; il l'a cherchée aussi dans le caractère des sites. Son
vangile se déroule dans les paysages rocailleux et brälés de Judée. Sa Jérusalem est la plus vraisemblable, la plus vraie de la peinture chrétienne. Voici ce que
l’on voit dans le fond de son JARDIN DES oLIvIERS (TOURS) ; noter l'exactitude topographique du paysage, comparé à L'ASPECT ACTUEL DU MONT DES OLIVIERS, en prenant comme point de repère la tour carrée sur le chemin. Un détail d'une incroyable précision : Les abeilles volent autour de leurs ruches.
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par le scrupule archéologique, hanté par les démons de la documentation : sa correspondance, ses lectures, ses croquis révèlent le classique, frère de Corneille et de Racine, ces poètes qui n’osaient pas inventer et qui ont préfacé leurs tragédies de plaidoyers pour affirmer leur respect des chroniques et se justifier des libertés prises avec l’histoire. Cependant qu'il fatiguait ses yeux à lire et que son esprit se nourrissait de souvenirs, il s’en dégageait une couleur générale, un ton de noblesse et de simplicité, une sorte de sérénité à laquelle on reste parfaitement sensible même quand on ne peut la bien définir ; elle est l’âme de sa peinture, un peu à la manière de cette « majestueuse tristesse » que Racine voulait trouver dans la tragédie.
Le sentiment de l’histoire subsiste dans la peinture moderne où 1l fait passer parfois un souffle de poésie ; mais, le plus souvent, les préoccupations de couleur historique sont délaissées, car l’histoire désavoue définitivement l'imagination pour ne connaître que le document. L’archéologie est une science : elle recherche les notions exactes ; dans ses résurrections du passé, l’art sait bien qu'il ne peut atteindre à l'exactitude. La science ne lui donne que des notions fragmentaires et on lui demande des reconstitutions totales. Mais surtout nous sentons instinctivement que le naturalisme qui fait le fond de notre art moderne est parfaitement incompatible avec l’histoire : nous sentons que les transformations de l’histoire ne touchent pas seulement les modes des costumes et des architectures ; elles ne portent pas seulement sur l'aspect extérieur de l’homme et même son caractère ; elles atteignent jusqu'à l'aspect des choses, jusqu'à la nature elle-même. Il est une manière particulière de voir la nature propre à chaque génération. La nature elle-même n’est qu’une notion passagère ; si l'on évoque le passé, il ne faut pas le voir avec les yeux d’un moderne. Il y a une sorte d’anachronisme à peindre un personnage antique en faisant jouer sur son épiderme les reflets de la lumière impressionniste. Ces reflets n'existent que pour une humanité habituée à les reconnaître. Les guerriers homériques les ont-ils vus? La littérature nous répond que non. Il y aurait une inconvenance du même genre à faire galoper la cavalerie athénienne avec les attitudes observées par Géricault sur les champs de course d'Angleterre ou celles que la photographie instantanée nous a enseignées. Nous comprenons confusément que la nature elle-même est chose historique: en fin de compte, elle se résout en une manière de sentir, et l’histoire n’est pas autre chose que l’histoire des
Fig. 236. — ARCHÉOLOGIE DE MANTEGNA. Ces soldats romains
jouent aux dés la robe du Christ, dans le CALVAIRE DE MANTEGNA au LOUVRE ;
leur équipement est reconstitué d'après les bas-reliefs romains ; les deux têtes du
fond sont copiées d'après des bustes antiques; celui de Marc-Aurèle est bien reconnaissable.
variations de cette sensibilité. I] nous faut donc admettre que, dans le monde de la poésie et de l’art, la nature n'est nullement le décor immuable devant lequel passent des acteurs changeants. Elle fut pour les hommes d'autrefois ce qu’elle est pour nous: l'écran qui s’éclaire par les projections de notre pensée. Il peut régner une constance dans les conditions matérielles de l’art ; mais sur quoi se fonderait une permanence des aspects de la nature? Nous savons maintenant que ces aspects sont les découvertes d’un art qui va se transformant à chaque génération. Ressusciter
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Fig. 237 et 238. — MATÉRIEL BIBLIQUE. Parmi les monuments romains qui ont le plus fortement agi sur l'imagination des artistes depuis la Renaissance, il
faut compter les bas-reliefs de L'ARC DE Tirus. Le triomphe où l'on voit passer les DÉPOUILLES DU TEMPLE DE SALOMON, a doublement retenu l'attention, parce
qu'il touchait à la fois à l'histoire romaine et à l’histoire biblique. Ce chandelier aux sept branches, cette table qu'emportent les légionnaires, pour avoir été sou-
vent examinés et dessinés, sont devenus le point de départ de bien des inventions pittoresques, de bien des reconstitutions historiques. À droite, L'ARCHE D'ALLIANCE que les Hébreux portent autour de JÉRICHO (miniature de FOUQUET).
le passé, faire revivre l'histoire, ce ne peut être la récom- monde des images résulte d’un effort heureux d'imagination sympathique, d’une véritable communion sentimentale. Il existe une logique des images, l'harmonie pitto- ; les peintres-poètes donnent à leurs
pense d’un ajustage ingénieux de notions archéologiques, car nos ignorances l’emporteront toujours sur nos connaissances. La véritable résurrection historique dans le resque et plastique
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Fig. 239 et 240. -- LE CHANDELIER ET L’ARCHE D'ALLIANCE. Poussin est un peintre particulièrement sensible à la poésie de l'histoire. Volon-
tiers, il contemple les vieilles pierres et médite sur les vieux textes. À son arrivée à Rome, il a été immédiatement retenu par les bas-reliefs de l'arc de Titus; son
imagination, travaillant sur ce motif, en a tiré une PRISE DE JÉRUSALEM (Vienne), amplification du thème du CHANDELIER AUX SEPT BRANCHES. Cette curiosité
archéologique l'a conduit à lire dans la Bible l'inventaire des objets du Temple. Il a rencontré la description de l'ARCHE D'ALLIANCE avec ses séraphins aux ailes
qui se rejoignent. Alors il a cherché un épisode où placer ce meuble sacré, et a été conduit à l’histoire de la PESTE D'AzoTH (Louvre). Les images s'appellent les unes les autres et c’est en quoi consiste le travail de l'imagination.