ARCHAÏSMES
détachant de la tige, la langue est arrivée au sens de détacher de la tige, et l'idée de recueillir a disparu : cueillir une rose. Voilà ce que nous montre l'usage généra) de la langue actuelle. Mais prenons les termes de métier, et nous verrons l'ouvrier verrier cueillir le verre au bout de sa canne, le maçon cueillir Je plâtre avec 8a truelle. C'est là que s'est réfugiée et qu'est encore vivante la signification qu'avait le mot dans la 'vieille langue. — La préposition en, pour la conscience actuelle de la langue, est le synonyme de fans, avec cette particularité qu'elle s'emploie devant des noms indéterminés : être en France, aller en Itafe) porter en terre, être en danger. Mais comment expliquer : Jésus est mort en croix ? mais portrait on pùd? mais casque en tête ? Remontons au moyen %e, lorsque en avait encore le sens de sur qu'il tcfl ait du latin , lorsque l'on continuait à dire seoir en cheval, comme on disait en latin sedere in equo. Les trois exemples que nous venons de citer sont donc tes derniers débris de l'usage général de la vieille langue qui attribuait à en le sens de sur à côté de celui de dans.
« Coucher, du lat. collocare, placer, a conservé son g ens primitif uniquement dans coucher par écrit.
« Dépit signifie à l'origine et dans la vieille langue vtépris; sens oublié, sauf dans : en dépit de, faire des vers en dépit de Minerve, en dépit du bon sens.
« Hasard est, à l'origine* un certain coup du jeu de dés : sens conservé inconsciemment dans l'expression :
test un coup de hasard, où coup, qui n'est plus compris, reçoit à tort le sens général du mot coup.
« Potage. Que signifie pour tout potage? Quel rapport entre ce figuré et le potage du dîner? Expression inexplicable, si Ton ne retrouve dans potage le sens primitif conservé dans potager, et qui est synonyme de potau-feu. Pour tout potage signifie pour tout pot-au-feu, pour tout dîner.
« Règne. Pourquoi l'expression règne animal, règne végétal, règne minéral? C'est qu'ici règne a conservé au figuré le sens de royaume qu'il avait jusqu'au xvi e siècle. (Cf. l'anglais kingdom.)
« Ces exemples, qu'on pourrait considérablement multiplier, suffisent à nous montrer combien la langue actuelle, cette langue qui vit dans notre pensée, sur nos lèvres, contient de débris des temps passés; véritables fossiles, puisque la langue moderne avec ses lois d< formation ou de construction n'en peut plus rendr^^ compte, mais fossiles toujours vivants, puisqu'ils onfcencore leurs fonctions propres et leurs emplois spé-^ ciaux.
« Cette permanence des traces d'organismes anté-^ rieurs dans l'organisme linguistique actuel reporte invin-~ ciblement notre pensée sur des faits analogues que présentent des sciences que je puis appeler voisines, les sciences naturelles. Et c'est par cette considération générale qui se dégage de toute notre étude que nous la terminerons.
« Dans la vie organique des végétaux et des animaux