‹ La vie des mots: etudiée dans leur significationsChapitre 57 sur 61 · Piteux dérive directement du latin populaire pietosus · texte numérisé non relu

Piteux dérive directement du latin populaire pietosus

5. Jovial n'a rien à voir avec /oie; il représente le latin jovialis, dérivé de Jovem, Jupiter. Voir plus haut, p. 106.

6. Féal, forme populaire usitée en ancien français, et qu'a remplacée, dans l'usage général, son doublet de formation savante, fidèle. Féal, maintenu dans le langage spécial de la chancellerie, ne pouvait avoir au xvn e siècle qu'un usage restreint, et, comme beaucoup de termes vieillis ou spéciaux, devait, introduit dans le langage général, prendre un sens comique ; Richelet dit qu'en effet il s'emploie quelquefois « en burlesque ».

7. Courtois est noté par les grammairiens et lexicographes du xvu° siècle comme de vieux style ou de l'usage provincial ; on lui préfère civil; courtois a, depuis, repris faveur. Courtois dérive de l'ancienne forme court, plus tard cour, qui est le latin cortem ou cohortem. Voir plus haut, p. 93.

8. Gite, gisant; le rapport des deux mots n'est pas aussi visible que semble l'indiquer ce rapprochement. Gisant est le latin jacentem, qui est devenu dans le gallo-roman jieisant, par le changement de Va en ie, sous l'influence du/ précédent, et le changement de -centem en -isant; cf. du-centem, du-isant. La triphtongue iei s'est, dans le français primitif, réduite ai, d'après le traitement normal des triphtongues qui perdent leurs voyelles

haleine, halené 1 ; vanterie, vantard*^ mensonge, mensonger 8 ; coutume, coutumier 4 ; comme part maintient partial 1 \ point, pointu et pointilleux; ton, tonnant; son, sonore; frein, effréné; front, effronté; ris, ridicule; loi, loyal; cœur, cordial; bien, bénin; mal, malicieux. Heur* se plaçait où bonheur ne saurait entrer ; il a fait

médiates. — Gîte est le substantif verbal d'un verbe gîter, dérivé du participe gît, qui est le lat. jacitum.

1. Haleine, halené. Le verbe halener, d'un usage restreint au zvn e siècle, a à peu près disparu devant flairer, qui lui a pris son sens propre et ses empLois figurés.

2. Vantard est inconnu aux dictionnaires du xvn° siècle, qui donnent seulement vanteur. Vantard était, en effet, alors peu usité et d'un emploi familier; l'usage l'a consacré aux dépens de vanteur.

3. Mensonger est signalé, au xvn e siècle, comme vieilli ou peu usité en prose.

4. Coutumier. Richelet et l'Académie (!'• édition du Dictionnaire) le signalent comme d'un usage restreint ou spécial.

5. Dans toute cette fin de phrase, il n'y a presque pas un seul des mots dérivés cités par La Bruyère qui sorte directement du radical qu'il lui attribue : partial vient, non du franc, part, mais du lat. partialis, dérivé de partem; pointu vient de pointe et non de point, et pointilleux de pointillé, dérivé de pointe; ton vient du lat. tonus, et tonnant du verbe franc, tonner, du lat. tonare, dérivé de tonus; sonore représente le lat. sonorus, dérivé de sonus, qui est devenu le franc, son; effréné et effronté viennent seuls de frein et de front; ris est le lat. risus, et ridicule le lat. ridiculus; loi est le lat. legem, et loyal le lat. legalem; cœur sort par formation populaire de l'accusatif lat. cor; cordial est la transcription française du mot bas-latin cordialis, tiré par quelque clerc du moyen âge de cor, cordis. Bien est le lat. bene, bénin le lat. benignus; mal vient de malum, malicieux de malice, qui est malitia.

6. Heur : observation très juste, devenue plus juste encore aujourd'hui que heur est totalement disparu (sauf dans le proverbe tout n'est qu'heur et malheur ici-bas). Au xvn e siècle, on le trouve encore quelquefois employé en poésie ou dans le style familier. 11 vient du lat. augurium, devenu dans l'usage vulgaire

heureux, qui est si français, et il a cessé de l'être : si quelques poètes s'en sont servis, c'est moins par choix que par la contrainte de la mesure. Issue l prospère, 3t vient d'issir, qui est aboli. Fin subsiste sans conséquence pour finer, qui vient de lui, pendant que cesse 2t cesser régnent également 2 . Verd ne fait plus verdoyer, ni fête fétoyer, ni larme larmoyer 8 , ni deuil se douloir, se condouloir k , m joie s'éjouir*, bien qu'il

agurium, d'où agur, aûr, eùr, puis eur, heur, proprement destin. La disparition de heur est logique devant bonheur et malheur, qui spécifient le caractère de Vheur; mais pourquoi avoir conservé heureux au sens de bonheureux ou bienheureux?

De la métaphore astrologique que présente le mot heur, rapprochez astre, désastre et le vieux franc, malastru, devenu aujourd'hui, par une déformation de sens et de son, malotru.

1. Issir, du lat. exire; issue, passage et sortie, et fig. résultat d'une affaire, substantif verbal tiré du participe issu, sorti, lequel ne s'employait plus déjà au xvn e siècle qu'au sens spécial : // est issu de telle famille.

2. Fin, finer : finer appartient à l'ancien franc, et a totalement disparu au xvn e siècle ; il avait pris le sens spécial de finir, terminer une affaire, et, comme les affaires se terminent par des payements, était arrivé à signifier payer; de là les dérivés Inance, financer, financier, très usités de nos jours. Cf. plus haut, p. 156.

3. Verdoyer est assez peu usité encore aujourd'hui; fétoyer, redevenu festoyer, est rentré dans l'usage; quant à larmoyer, mot ayant « peu d'usage », dit Furetière, et qui « vieillit », dit 1 Académie (en 1669), il a repris faveur au xvm e et au xix° siècle.

4. Deuil n'est pas le radical de douloir; il en dérive à titre de substantif verbal ; douloir est le latin dolere; il a disparu de l'usage au xvn e siècle, et son composé (se) condouloir a suivi son sort : toutefois, à l'infinitif, il trouverait encore aujourd'hui quelque emploi.

5. Joie est le lat. gaudia, pluriel neutre pris pour un féminin singulier; esjouir est un composé de jouir, qui est le lat. gaudere. Le verbe esjouir a disparu devant son dérivé resjouir, réjouir, comme plusieurs autres verbes simples devant leur dérivé en re : cf. apetisser et rapetisser, emplir et remplir; — se conjouir a vieilli depuis le xvn e siècle.

fasse toujours se réjouir, se conjouir, ainsi qu*orgruei*> s'enorgueillir. On a dit gent, le corps gent *, ce mot ^ facile non seulement est tombé» Ton voit même quT^ a entraîné gentil dans sa chute. On dit diffamé, quid^** rive de famé, qui ne s'entend plus *• On dit curieux, ù^ r rivé de cure 1 , qui est hors d'usage. Il y avait à gagn^^ r de dire si que * pour de sorte que ou de manière qu^^f de moi K au lieu de pour moi ou de quant à moi; de dur *

1. « Gentil était autrefois un mot élégant, et nos ancien» teurs s'en servent beaucoup. Tout est gentil parmi eux ; le qent^^ rossignol, le gentil printemps, un gentil exercice, une gentille en*- "" treprise. Mais maintenant on n'en use point dans les livres : ne le dit que dans la conversation; encore ne le dit-on pas sérieusement. Une, femme dira en pariant d'elle : Je ne suis m- 9 jeune ni gentille. On dit à demi en riant : C'est un gentil esprit** c'est un gentil cavalier, vous êtes gentil, pour dire vaut étespkfr* * sant. » (Remarques nouvelles, etc., par le P. Bouhours, 2* édition.^ 1676, p. 21 et 22.) — « Gent, adjectif, mot vieux et burlesque pou^~ dire propre... — Gentil... est burlesque, et en sa place, lorsqu'oc»parle sérieusement, on dit joli. » (Richelet.) — « Gent, vieu^ mot qui signifiait autrefois gentil, » dit Furetière. Comme l'Académie, Furetière admet gentil avec ses acceptions habituelles^ Voyez de plus les Observations j/f't Académie française sur le^ Remarques de M. de Vaugelas, p.' 440, édition in-4°, 1704. » (Noto de M. Servois, dans son édition de La Bruyère, collection Adolphe Régnier.)

2. Sauf dans l'expression de droit : rétablir quelqu'un en ses bonne famé et renommée.

3. Curieux est le latin curiosus, lequel dérive du latin cura; cure et curieux sont donc indépendants l'un de l'autre ,* d'aiUeur» cure est un vieux mot, qui remonte au latin populaire; curieux? a été repris au latin par formation savante, dans les temps modernes.

4. Si que a disparu au xvn° siècle, avec remploi absolu de si r synonyme de ainsi ou aussi.

5. Les grammairiens du xvu e siècle discutent encore l'emploi de de moi, qui, pour Vaugelas, a sa place dans le style poétique. La préposition de s'explique dans cette locution comme dans

je sais que c'est qu'un mal *, plutôt que je sais ce que c'est qu'un mal, soit par l'analogie latine , soit par l'avantage qu'il y a souvent à avoir un mot de moins à placer dans l'oraison 2 . L'usage a préféré par conséquent h par conséquence, et en conséquence à en conséquent 3 ; façons de faire à manières de faire, et manières d'agir à façons d'agir \.. ; dans les verbes 8 , travailler à ouvrer 6 ,

celle-ci: pour ce qui est de moi; cet emploi de de moi est usuel eu v. fr.

4* Tour usité en ancien et moyen français, et disparu dans ' a première moitié du xvn e siècle. Le pronom relatif que ou qui a u sens neutre s'employait, en effet, absolument sans antécédent, e t cette tournure remontait au latin populaire. Le xvu e siècle a a Jouté l'antécédent ce, par recherche de la clarté.

2. Oraison, c'est-à-dire discours ; latinisme qui date du xvi e sièc * e : au sens religieux, le mot est ancien dans la langue et refonte au latin populaire.

3. Par conséquent, expression qui nous vient de la scolastique : ^ >er consequentem (propositionem), par ce qu'exprime le co usèrent, la seconde proposition de l'enthymème. Dans en consé- 9Uence, en latin scolastique in consequentia, le mot conserve sa ^unification abstraite ; les deux locutions se justifient donc <* elles-mêmes, ainsi que les deux prépositions.

? 4. Il est très naturel que l'usage ait préféré façon, latin popu- *^ire factionem, de facere, pour l'unir au verbe faire : l'un entraî- ***it l'autre. Le choix de façon, pour faire, laissait à agir seulement le mot manière.

5. Ici toute une série de termes qui ont disparu devant d'au- •^8 termes correspondants, en leur abandonnant leur emploi et * e ^u» signification. Cf. plus haut, p. 133 et suiv. et p. 166.

6. Travailler signifiait d'abord peiner, souffrir, comme trav oil signifiait effort, peine (on dit encore dans ce sens, femme en t+avail d'enfant) : puis, à mesure que ouvrer sortait de l'usage, trav <ûller, étendant et affaiblissant sa signification propre, arrivait *u sens qu'il a aujourd'hui. La perte du verbe ouvrer est regrettable : car elle laisse sans explication les mots qui en sont dériv é8 '.ouvrier, ouvrable, œuvre, chefSœuvre, manœuvre, manœu- Vr er, manouvrier.

être accoutumé a sautoir', convenir a duire*, fmtt du bruit à bruire ', injurier a vilainer ', piquer ù. poindre l , faire ressouvenir à ramcntevoîr*... ; et dans les noms, pensées à pensers\ un si beau mot, et dont le vers se trouvait si bien; grandes actions h prouesses*.

. a disparu au xvn» siècle, pettt-K« homonymie fâcheuse avec saouler. Perle reftel* table, car avoir accoutumé ou être accoutumé ne le reinphcr "** avantageusement.

a. Duire est encore une perte fâcheuse, car elle laisse s»"* aiiuloyiu les oiïipoàCSC'jnrfH/iy. réduire, .'l'duire, di'dnire,indu' rei duire était usité en vieux français au sens général de airanî'''' puis le moyen français n'en a gardé que le sens iutrausitit de ''"''' Tenir; le français moderne, depuis la fin duivit* siècle, l'a toto" lement abandonné.

3. Bruire aa disparaissant laisse de même sans analogie iruj/fln' et bruit. Déjà prusqne mutilé .lu svii' siècle, sauf à i'iuliuitif.

4. Vilainer était déji disparu de l'usage au xvn» siÈcle; il dérive de vilain, qui a donné aussi vitenie.

5. Poindre a disparu malgré point, pointe, pointu, pointiller, pointilleux, (pointer, etc., devant jrietftr, qui est proprement frapper d'un pic. d'une pi'/uc. Pourquoi piquer s'est-il graduellement substitué bpoîndre'/

6. Ramentevoir est déjà vieilli au xvn" siècle ; fort beau mot qui signifie étymologique ment remettre, ravoir (dans son esprit), de re, à et rnentevoir ou mentavoir = mente kabere. 11 se conjuguait comme devoir.

T. Penser, substantif masculin, s'emploie encore en vers ; mais il est vieilli et n'existe plus dans le langage courant. Cest un débris d'une construction usuelle en vieux français et même en moyen français, et grâce à laquelle tous les infinitifs s'employaient comme des substantifs.

8. Prouesse, proprement acte de preux, mot que les critiques du xvn* siècle bannissaient du haut style et n'admettaient que dans le discours familier, comme terme plaisant. L'arrêt était trop sévère, et La Fontaine a pu faire un bel emploi de ce mot quand il nous montre le vieux lion

Chargé d'ans al pleurant son nnliquo prouesse.

Il faut toutefois reconnaître que, de par son étymologie, il

'ouanges à loz 1 , méchanceté à mauvaistié 2 , porte à iuis z 9 navire à nef k > armée à ost* 9 monastère à nonstier*, prairies à prées 1 ... ; tous mots qui pouvaient durer ensemble d'une égale beauté 8 , et rendre me langue plus abondante. L'usage a, par l'addition, -a suppression , le changement ou le dérangement de |uelques lettres 9 , fait frelater de fralater 10 , prouver de

^appelle trop les mœurs passées du moyen âge, et que ce caractère archaïque lui donne une nuance de familiarité et de plai ganterie qui lui nuit. Cf. plus haut, p. 108.

1. Loz ou los, vieux mot, à peine usité encore au xvi e siècle, »t qu'on ne retrouve au xvu e que chez les écrivains amateurs i'archaïsmes.

2. Mauvaistié, formé de mauvais, comme amitié de ami: vieilli au xvn e siècle; remplacé incomplètement par méchan- :eté.

3. Huis, du latin ostium, n'a plus dès la fin du xvi e siècle qu'un emploi restreint dans le langage du Palais. De là huissier.

4. Nef est le latin navem, qui prend à la fin du moyen âge un sens spécial, alors que son dérivé navire (navilia, proprement lotte) le remplace.

5. Ost, archaïque au xvn e siècle, uniquement employé en vieux français au sens de exercitus, remplacé sans raison visible par irmée, peut-être sous l'influence de l'italien armata,

6. Monstier ; écrivez plus exactement moustier et prononcez moutier; cf. ministerium, mestier, métier. Voir plus haut, p. 168.

7. Prées : du pluriel prata pris pour un fém. sing., disparu à a fin du xvi e siècle. Quant à la formation, prée est à pré ce que yraine (grand) est à grain (granum), ou ce que file (fila) est à fil filum). Cf. encore fata, fée. — Son remplaçant prairie, ou plus anciennement praierie, préerie, est à prée ce que féerie est à fée.

8. Tous mots qui pouvaient durer ensemble d'une égale beauté — Regrets bien justifiés : la langue a certainement perdu en laissant tomber ces mots courts, nets et expressifs.

9. Ici La Bruyère signale un certain nombre de faits de prolongation ou de phonétique.

iO. Frelater est la forme primitive usitée déjà au xvr 3 siècle, et

preuver 1 , profit de proufit 3 , froment de frottaient profil de pour/Il ', provision de pourveoir E , promené" depovrrnener, et promenade de povrmenade* . Le mêtf* c usage fait, selon l'occasion, d'habile, d'utile, de facile de docile, de mobile et de fertile, sans y rien change* - ' des genres différents : au contraire dei-i/, wt/e, subl£- '« subtile, selon leur terminaison , masculins ou fém» J " oins '.Da altéré les terminaisons anciennes : de scei J

qui & été altérée en fralatcr; la forme nouvelle, qui parait tort ^ r uaage à cité de l'ancienne, ne s'est pas maintenu*, Le mot vie:*3 ' du flamand verlalen, transvaser (le vin), et a eu d'abord ce se»3^ (signalé par Nicot dans son dictionnaire), puis il l'a altéré &« sens actuel.

1. Ici La Bruyère se trompe : prouver est la forme primitive; ce mot appartient a une classe de verbes qui changent la voyelle du radical aux trois personnes du singulier et & la troisième du pluriel des trois présents (indicatif, subjonctif et impératif). La vieille langue disait : il preuve, il treuve, il pleure, etc., alors qu'aux autres personnes de ces temps et à tous les autres temps elle disait prouv-, trou-v-, plour-, etc. Puis la langue a tiré de ces doubles formes une double conjugaison synonyme, dont elle a nui par supprimer une. Voir p. 10 et p. HO.

2-6. Ici La Bruyère signale la substitution savante du préfixe latin pro au préfixe français et de formation populaire pour : pour/il, pourmener, povrmenade, représentent la formation populaire et française ; profil, promener, promenade, une correction savante et un retour & l'orthographe latine. Dans prou^i et profil, on a une forme savante bâtarde, pour pourfit; quant h provision, pourveoir, le premier mot est emprunté directement au latin provifio, le second est de formation populaire et vient de providere, porvidere. Pour froumenl (ou, comme donnent les éditions 1 et 8 des Caractères, fburment), c'est la (orme française sortie de frumentum (froument), altérée (en fourment) soit par une métathèse populaire, soit par confusion avec le préfixe pro (por), pour. Cf portrait au lieu de pourtrait, promettre au lieu de pourmetlre, etc.

7. Les adjectifs en Ma introduits par la formation savante en

fait sceau; de mantel, manteau; de capel, chapeau, e coutel, couteau; de hamel > hameau; de damoisel, amoiseau; de jouvencel, jouvenceau *; et cela sans ue Ton voie guère ce que la langue française gagne ces différences et à ces changements. Est-ce donc tire pour le progrès dune langue, que de déférer à usage? Serait-il mieux de secouer le joug de son mpire si despotique ? Faudrait-il, dans une langue ivante , écouter la seule raison , qui prévient les quivoques , suit la racine des mots et le raport qu'ils ont avec les langues originaires dont ils

ançais ont hésité entre les terminaisons il et Ue : on trouve a xvi e siècle util et utile, fertil et fertile, etc. Toutefois l'usage e Ve muet tendait à prévaloir et a généralement été adopté. Arir le Seizième Siècle en France, I, p. 191.) Quant a vil, c'est n mot de formation populaire qui sort régulièrement du latin item; et subtil est le vieux français soutil, aux trois quarts refait 'après le type latin : sub a reparu ; quant a la terminaison til, lie s'est maintenue intacte.

1. Voici comment : L'ancien français changeait el en eau, t de même al en au devant une consonne : le régime singuer des mots en ellum, allum était donc el, al : scel, manû, chapel, et cheval, etc., et le régime pluriel était eaus, us : sceaus, manteaus, chapeaus,... chevaus... (ou avec un # à i place de 1'* : sceaux, manteaux... chevaux...). L'ancienne ingue disait de même : un linceul, des linceux, un évenlil, des éventaux, un poitrail, des poitraux, un chevreuil, des hevreux, un genouil, des genoux, un col, des cous, etc. Puis cette ifférence entre le singulier et le pluriel compliquant inuti- ;ment les déclinaisons, la langue simplifia les formes soit en imosant au singulier la terminaison du pluriel : de là un sceau, n manteau, etc., un genou, un cou, soit en imposant au pluriel t terminaison du singulier : des linceuls, des éventails, despoi- •ails, des chevreuils, etc. La différence des deux terminaisons est maintenue dans quelques mots en al et en ail t et dans aïeul, lel, œil.

sont sortis , si la raison d'ailleurs veut qu'on suive IV

i. Nous avons vu que la loi du langage est image. On peut regretter souvent ses cnpriees >:i ses erreurs; od iloït s'incliner devant lui : le langage est ua ensemble, de faits où l'usage du plu» grand nombre doit faire loi (voir plus haut, p. 8 et IH), L'usage, dans des familles naturelles de mots, laisse parfois tomber un mot important qui rendrait compte (le la filiation : c'est que la langue, dans sa marcha, ne fait pas ceuvre de linguiste et frappe les mots isolément sans se préoccuper de leurs rapports avec leurs congénères. Voir encore p. 133.

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