Qui se commettent, c'est-à-dire se compromettent
3. Certes et maint vieillissaient en effet au xvn* siècle : le témoignage des grammairiens de l'époque est formel à cet égard ; aujourd'hui certes est en plein usage ; maint est moins usité que son synonyme plusieurs. — On ne voit pas trop ce que La Bruyère veut dire par l'origine française de maint 11 oppose sans doute
quoique latin, était dans son temps d'un même mérite, «" et je ne vois pas par où beaucoup remporte sur lui 1 — Quelle persécution le car n'a-t-il pas essuyée 1 et, s'iKn'eût trouvé de la protection parmi les gens polis « n'était-il pas banni honteusement d'une langue à qui itf a rendu de si longs services, sans qu'on sût quel mofc^ lui substituer *? Cil a été dans ses beaux jours le plus joli mot de la langue française ; il est douloureux pour les poètes qu'il ait vieilli*. Douloureux ne vient pas {dus naturellement de douleur, que de chaleur vient chaleureux ou chaloureux; celui-ci se passe, bien que ce fût une richesse pour la langue, et qu'il se dise fort juste où chaud ne s'emploie qu'improprement \ Valeur devait
maint à moult, mot dont l'origine latine est évidente. H est acquis aujourd'hui que maint remonte & un radical celtique qui avait pénétré dans le latin populaire de la Gaule.
i. Ni nous non plus ; la perte de moult ou molt est regrettable : il a disparu au xvi° siècle ; on ne le retrouve plus que dans quelques patois où il se prononce mou. Quant à beaucoup, on le voit paraître vers le xiv e siècle : il signifie belle, grande quantité.
2. On connaît l'histoire des persécutions ridicules dirigées au xvn e siècle contre car. Gomberville (en 1632) se signala par ce tour de force de ne pas employer une fois car dans son long roman, parfaitement insipide du reste, de Polexandre. Voir la lu 6 lettre de Voiture, ingénieux plaidoyer en faveur de car.
3. 11 y a quelque exagération dans cette assertion, qui fait de cil le plus joli mot de l'ancienne langue : il était court et net, mais U n'avait rien de plus. Cet ancien nominatif singulier et pluriel de celui, ceux, a disparu devant les formes du régime, comme son corrélatif cist a disparu devant cest, ceux, et comme l'article nominatif li devant l'accusatif le, les.
4. Ici La Bruyère regrette que le maintien du substantif radical n'ait pas sauvé de l'oubli l'adjectif qui en était dérivé : à côté de douleur, la langue a maintenu douloureux; pourquoi chaleur n'a-t-il pas fait conserver chaleureux, et valeur, valeureux? En
aussi nous conserver valeureux; haine, haineux 1 ; peine, peineux 2 ; fruit, fructueux 2 ; pitié, piteux*; joie, jovial 5 ; foi, féal 6 ; cour, courtois 1 ; gîte , gisant 9 ;
effet, au xvii e siècle, chaleureux ou chaloureux est peu usité, et valeureux n'est guère d'usage qu'en poésie. — Quant à la différence entre les terminaisons eureux et oureux, elle tient uniquement à ce fait que oureux est de formation plus ancienne que eureux; chaloureux remonte au moyen âge; chaleureux et valeureux sont des dérivés récents de chaleur et valeur.
1. Haineux, très usité au xvi e siècle comme substantif, au sens d'ennemi personnel, a repris faveur à la fin du xvn e siècle comme adjectif : qui a de la haine :une âme haineuse.
2. Peineux, vieux mot très usité en ancien et en moyen français, disparu au xvn e siècle.
3. Fructueux ne vient pas de fruit, mais est le latin fructuosus, introduit directement en français : la formation populaire eût donné fruiteux.