‹ La vie des mots étudiée dans leurs significationsChapitre 10 sur 63 · PIERRES · texte numérisé non relu

PIERRES

œil-de-bouc.

œil-de-chat.

œil-de-poisson Etc.

bec-de-cane.

bec-de-corbin.

cul-de-lampe.

cul-de-sac.

dent-de-chien.

ARTS ET métiers; VARIA!

fleur-dc-lis. pied-de-mouche,

museau-de-tanche, queue-d'aronde.

nid-de-pigeon. rat-de-cave, œil-de-perdrix. Etc.

patte-de-loup.

CONDITIONS LOGIQUES 5S

2° Elle rapproche un fait moral ou înlellecluel d'un fait matériel auquel elle en donne le nom.

Céder à quelqu'un, et, par métaphore, la parte cède à la

Ckéiif, prisonnier de guerre, el, par mélaphoro, faille de corps.

Entendre, comprendre, et, par métaphore, ovir.

Intéresser, toucher par quelque intérêt, et, par métaphore, la lésion intéresse le cœur.

Orgueil, par métaphore, cale de levier '.

Regarder, avoir égard h, et, par métaphore, diriger ses yeux

Vilain (au propre homme hahitanl la villa, homme non noble, d'où, au flg.), qui a le caractère peu noble, et, par métaphore, qui est laid de visage.

3" EnTin, le plus ordinairement, elle sert à exprimer les idées abstraites, par comparaison avec des objets concrets dont elle leur applique le nom : esprit, proprement souffle; penser, proprement peser; comprendre, proprement en(oiire)- et prendre; iaroiV (sapere), proprement goûter, etc.

1. Orgueil, cnle de boia, (îe pierre, ou de toute aulre maliire dure, qui fait dresser la tète d'un levier employé â souJeTerun corps quelconque el en Boutient l'effort. [Litlré, î. v.) u On peut trouver aussi que l'Académie, en prodiguant les proverbes, a. trop épargné certains termes usités des artisans, et qui font des images ou peuvent en fournir... Furetiére avait raison de regretter le nom énergique d'orjueiV, employâparles ouvriers pour déaigner l'appui qui fait dresser la tète du levier, et que tes savants appelaient du beau mot i'hi/poniachlîim. •• Villemaiu, P ' face du Dict. de l'Académie, 1833.

LA. VIE DES MOTS Nous reviendrons plus tard sur ce point important'..!

^^B § 20. En somme, la vjnecdoque spécialise des senB

^^B généraux et généralise des sens spéciaux; elle donne'

^^f naissance à ce qu'on appelle des reslrictiovs el des ex-

I tensions. La métonymie applique à un objet le nom

d'un autre objet qui se trouve uni au premier par un

rapport constant de cause el efTet, de signe et chose

signifiée, de contenant el contenu, elc, La métaphore

aboutit au même résultat, en rapprochant deux objets

^^^ entre lesquels elle saisit des rapports d'analogie ou de

^^^ ressemblance. I

^^ IV. Sijnecdoque : Itestriclions de sens.

% 21, Reprenons maintenant ces tropes et Boumettona-I

[ les h. l'analyse, afin de retrouver la marche que suit lafl

langue quand elle les met en usage.

Nous considérerons d'abord la sijnecdoque , et, dans 1 ^ celle-ci , les restrictions de sens.

l 22, Soità exprimer l'idée deVêlêvation deJêsusaaM l ciel, V Ascension de Dieu. Décomposons cette expression^ I I'Hous ayons un terme général ascension; c'est le rféfer-ï |lRiW,- puis un terme qui en restreint la généralité, T

i. Lq njiitnpliore et la métonymiB «ont dans un rapport 1 I taverse; la métaphore assez rarement, la métonymie très fré- L quemmeut font passer du Eeas abstrait au sens concret; au con. I traire, la métonymie assez raremeût, la métaphore très liabi- L luellement font passer à\x seas concret au sens ahstrait.

CONDITIONS LOGIQUES Dieu; c'est le déterminant. — L'ascension de qui? de Dieu. Or, la langue courante dit, non la fête de l'ascension de Dieu, mais ta fêle de l'Ascension. Que s'est- il passé ici? Le déterminant s'est eftacé devant le de'terminé, qui s'est enrichi de l'idée qu'il exprimait.

Soit maintenant à exprimer l'idée de ville capitale, ville est le déterminé dont capitale est le déterminant. — Quelle espèce de ville est-ce? c'est une ville capitale, principale du pays. Or, la langue courante dit simplement une capitale. Que s'est-il passé ici? Le déterminé s'est efTacé devant le déterminant, qui s'est enrichi de l'idée qu'il exprimait,

Yoilà donc deux procédés différents auxquels a recours la langue. Dana ce contact permanent de l'idée déterminante et de l'idée déterminée, l'une d'elles pénétre si bien l'autre quelle s'y absorbe.

A. Le déterminant absorbe le déterminé.

§ S3. Nous avons de nombreux exemples de ce cas i dans la transformation de l'adjectif en Gubstantif.

Ainsi les substantifs suivants ee reconnaissent dès l'abord comme sortis d'adjectifs, par sous-entenlo d'un déterminé.

anglaise, c'est-à-dire [écriture] anglaise ; la bise, c'esl-à-dire la [température] bisa, c'est-à-dire grise ; bonne, c'est-à-dire [domestique] bonne; bianehe, c'est-à-dire [note de musique] blanche ; ^iàiarde, c'est-à-dire [Écriture] bâtarde;

bas, c'est-à-dire bas [de chausses], la partie basse des chausses ;

capitale, c'est-à-dire [lettre ou ville] capitale ;

les grands, c'est-à-dire les grands [personnages] ;

noire, c'est-à-dire [note de musique] noire ;

quarte, proprement quatrième, c'est-à-dire [parade] quatrième, t. d'escrime ;

ronde , c'est - à - dire [ écriture ou note de musique ] ronde ;

§ 24. Il peut arriver que, dans le cours de la langue, Tadjectif disparaisse comme tel et ne se maintienne plus que dans le substantif qu'il a produit.

Vaube, c'est-à-dire la blanche, du lat. populaire alba;

Vabkj poisson, c'est-à-dire la blanchette, du lat. populaire albula, diminutif de alba ;

le baudet, c'est-à-dire le guilleret, de l'ancien adjectif 6awde^ diminutif de bald, baud, gai, vif, épithète de l'âne ;

le bidet, c'est-à-dire le petit, épithète du cheval ;

la bigorne, c'est-à-dire à la double corne, du lat. bicomis, enclume à double pointe ;

le biscuit, c'est-à-dire le pain deux fois cuit;

le bouclier, c'est-à-dire Vécu bouclier, à boucle * ;

le foie, c'est-à-dire le foie farci de figues ^ ;

4. En vieux français l*écu boucler {scutum buccularé), c'estô-dire l'écu à bosse centrale (dite boucle); de là, par ellipse de écu, le boucler ou bouclier; le sens de buccula a disparu devant celui de scutum.

2. Les Romains recherchaient le foie gras préparé aux figues, jecur ficatum en latin et, absolument, ficatum. Ce dernier mot arriva à désigner non seulement le foie en pâté de figues, mais encore le foie tout simplement. Et voilà comment les diverses langues romanes tirent leur nom du foie d'un dérivé de ficus.

CONDITIONS LOGIQDES

le fromage, c'esl-à-dire en ancien français le formage ou plus

complèlement le lait formage, le lait en forme ; if^ journal, c'esl-à-dire le 'papier journal, qui donne les fails

te chaque jour; le liège, c'esl-à-dii'e la chose légère {levium, dérivé de levis) ; lapelouse, c'esl-à-dire la chose poilue, velue (du lat. pi(osa); la quinte de lou-e, c'est-à-dire l'accis de la cinquième heure

{quirtla kora) ; ie ramage, c'est-à-dire k chant ramage, de la ramt'e' ; le sanglier, c'est-à-dire l'animal solitaire (singularis) ; la truie, c'est-à-dire la femelle au porc, préparée, farcie [à

l'instar du cheval de Troie *) ; I

le velours, c'est-à-dire ce qui est velu {villosum), etc., etc. '

B. Le déterminé absorbe le déterminant.

g 23. Ici prennent place tous les termes employés

1. Ea latin vulgaire ramalieus canlm, de ramus. rnmeau. Le I ions primitif est conserva dans l'expression éto/fe à ramages 1 (à branches d'arbre). |

2. Rien d'étrange comme cette étymologie : li-uie est Ie latin populaire troia, le nom mËme de la ville ds Troiel Les ItomaJDa appelaient porcus troianus [en latin vulgaire poreux de Troia) un porc eervi à table forci de vinnde d'autres animaux, par une alluËÎon comique et lout i, fait populaire au cheval de Troie, à cette machine fisia armis, comme dit Virgile. De là, par reatriC' tion ou par absorption du déterminé dans le déterminant, Ti-oia seul arrive à prendre ce sens de porc forci, puis, grdce à ea terminaison féminine, à se spécialiser au sens féminin. Truie est la forme populaire de Truia, dont Troie représente la formation savante.

3. Citons encore le cas particulier d'adjeclîTa disparus dans les substantifs d^n'u^i qu'ils forment : bluet.'petHelleuT bleue ibtonquelle, sauce blanche; bruneiie, griaelle, jeune ouvrière; fait vetle, oiseau; jaunpf (populaire), piËce d'or; rouget, poisson; roMteloUe, verdier, oiseaux, etc.

LA VIE DES MOTS I dans un sens spécial par sous-entente d'un qualificatif 4 m d'un complément déterminant. Ainsi :

Bàlimenl, proprement construction, signifie navire, par sous-entenle de l'idée de marin : bâtiment de mer. Les épices (du latin species) sont les [espèces] arontali- j ques. Un succès [successus, issue) est plus qu'une issue; J c'est une issue favorable. Un garnement a d'abord été l quelconque, bon aussi bien que mauvais : de nos jours j c'est spécialement un mauvais, h' École sera pour les I uns XEcoie normale, pour les autres l'Ecole polytech- )iïyw«, pour d'autres r£'eo/e centrale, elc, suivant qu'ils seront élèves de l'une ou de l'autre. Le rosaire {rosarium) est une couronne de roses, c'est-à-dire de grains, mais de grains bénits. Le sermon est non seulement un entrelien, mais encore un entretien religieux. Le couvent (conventus) est une assemblée, mais une assemblée de moines, de nonnes.

I Le poulain a été le petit d'un animal quelconque -1 il est devenu spécialement le petit du cheval. i'oWre' ■ (du latin ponere) était d'abord déposer, avant d'être I déposer des œufs. Traire avait tous les sens de tirer J (de Irahere) avant de se restreindre au sens de Irair» 1 la vache. Sevrer (de separare) était séparer, et noQ seulement séparer l'enfant de sa nourrice. Guérir était \ protéger, et non simplement ramener le malade à la ] santé.

Dans tous ces cas, et dans beaucoup d'autres analo- ^es, l'idée spéciale qu'indique le déterminant et qui cestreiat le sens général du terme, a été sous-entendue;

CONDITIONS LOGIQUES 59

et l'usage le faisant Itiujoura entendre sous le terme général, celui-ci a perdu son sens propre, pour ne plus posséder que le sens spécial.

§ 26. Cette restriction de sens par sous-entenle di] déterminant est fréquente dans l'usage familier :

La langue populaire dit : c'est un homme, c'est-à-dire un homme énergique. — Vous m'en direz des nouvelles, c'est-à-dire de bonnes nouvelles. — On disait jadis (au XVI" siècle) : il raisonne comme un tamôour mouillé (qui ne résonne pas), par jeu de mots sur raisonner et résonner, pour dire : il raisonne mal. L'adjectif mouillé, déterminant nécessaire, s'il en fut, pénètre peu à peu le mot tambour si bien qu'il finit par disparaître . on dit maintenant : î7 raisonne qomwe un tambour. — De même sot comme un panier percé devient sot comme un panier; ~ triste comme un bonnet de nuit sans coiffe, se réduit à triste comme un bonnet de nuit, etc.

C'est encore par la disparition du déterminant qu'il faut expliquer re.-cpressioncannrrf au sens àa mensonge. Le xvi° siècle et encore le xvii° disaient flgurément: Donner, vendre à quelqu'un un canard à moitié (en le faisant passer pour un canard entier), pour dire : tromper quelqu'un, lui en faire accroire. De li, donner, vendre à quelqu'un un canard, et, par une nouvelle simplification, c'est un canard, une tromperie, un mensonge, une fausse nouvelle.

Dans la langue populaire, les termes d'injures pré-

sentent pareille absorption du déterminant. Employant des expressions vagues, le peuple y fait entrer tout ce qu'il veut. Il fait rendre ainsi à nombre de mots, par eux-mêmes peu expressifs, ce qu'il ressent lui-même de colère, de haine, de mépris. Le déterminant est senti, non exprimé, indiqué seulement par Taccent de la voix : canaille! coquin! animal! etc.

§ 27. Ainsi, pour nous résumer, Tesprit conçoit, dans un contact permanent, deux idées, celle d'un déterminé et celle d'un déterminant : la langue peut n'en avoir jamais exprimé qu'une, comme elle peut aussi, après les avoir exprimées toutes deux, supprimer l'une d'elles. Il suffît que le contact existe simplement dans la pensée. De ces deux idées ainsi rapprochées, Tune, la première ou la seconde, finit par s'absorber dans l'autre, en la restreignant dans son étendue.

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