‹ La vie des mots étudiée dans leurs significationsChapitre 12 sur 63 · VII. Métaphore · texte numérisé non relu

VII. Métaphore

% 30. La mélaphore, comme nous l'aYons vu plus haut, transporte le nom d'un objet à un autre , grâce à un caractère quelconque commun à tous deux : la feuille d'arbre donne son nom à la feuille de papier, grâce à la minceur qui les caractérise toutes deux. Le plus souvent l'un des deux termes, celui qui sert de | point de départ, est d'ordre matériel, le second d'ordre I moral.

Le processus de la métaphore comprend deux mo- ] menta : l'un où la métaphore est encore visible, et où le nom, en désignant le second objet, éveille encore l'image du premier; l'autre oii, par oubli de la première image, le nom ne désigne plus que le second objet et lui devient adéquat.

§ 31. 1° Dans le premier moment, la mélaphore porte

la pensée sur deux séries de faits parallèles, éclairant Tune par Tautre. C'est la métaphore proprement dite, la seule qu emploie consciemment l'écrivain, la seule qui donne à son style l'éclat, la couleur, le pittoresque. Elle tient l'esprit en éveil en lui faisant saisir, d^ns cette comparaison abrégée, des rapports différents entre l'objet de sa pensée et les objets dont il le rapproche. Entre tant d'exemples qui abondent chez tous les écrivains, nous n'en citons qu'un, emprunté à Victor Hugo.

Un jour, pensif, j'errais au bord d'un golfe ouvert

Entre deux promontoires, Et je vis sur le sable un serpent jaune et vert,

Jaspé de taches noires.

La hache en vingt tronçons avait coupé vivant

Son corps que Tonde arrose, Et l'écume des mers que lui jetait le vent

Sur son sang flottait rose.

Tous ses anneaux vermeils rampaient en se tordant

Sur la grève isolée.

Et le sang empourprait d'un rouge plus ardent

Sa crête dentelée.

Ces tronçons déchirés, épars, près d'épuiser

Leurs forces languissantes, Se cherchaient, se cherchaient, comme pour un baiser

Deux bouches frémissantes I

Et comme je rêvais, triste et suppliant Dieu

Dans ma pitié muette, Sa tête aux mille dents rouvrit son œil de feu.

Et me dit : « poète 1

Ne plains que toi : ton mal est plus envenimé.

CONDITIONS LOGIQUES

Ta plaie est plus cruelle ; Car ton Albaydé dons !a tomlie a Termô Ses beaux jeui de gazelle.

Ce coup de hache aussi brise Ion jeune essor.

Ta vie et tes pensées Autour d'un souvenir, chaste et dernier trésor.

Se traînent dispersées.

•, au vol large. Éclatant, gracieux.

Qui, mieux que l'hirondelle, 'sait la terre, tl lanlât dans les deux Donnait de grands coups d'aile.

Ton géni Tmlôl r,

Comme moi tnainlenant, meurt pris des flots troublés;

Et ses forces s'éteignent.

Sans pouvoir réunir ses tronçons tnutilis

Qui rampent et qui saignent. »

(VicTOB HuQO, Orientales.)

Nous n'avons point ici k étudier la métaphore dans ^ e style, h. voir comment chez l'écrivain, suivant sa fa- !on de sentir et de voir les choses , la pensée se colore diversement et se revfit de formes matérielles. Cette étude, pour le dire en passant, devrait montrer la part qui, dans l'élaboration de l'expression, revient d'un côté à cette vision claire des choses sensibles, à l'imagination, et de l'autre à l'analyse des idées dans leur pure abstraction, autrement dit, à la raison. C'est le tempérament souvent inégal de ces deux éléments, où tantAt la raison, tanlOt l'imagination joue le rôle dominant, qui forme une des plus importantes caracté- . ristiques du style chez les divers écrivains. El encore, lans fimagination, on peut saisir divers aspects, dl- 1

^^H verses faç ^^r parer aui ' Une Darei

façons de voir le monde extérieur, de le comies abstrailes qu'il s'agit d'exprimei Une pareille étude, rigoureuseusement et méthodiquement poursuivie, permettrait de pénétrer plus intimement dans les secrets du style des grands écrivains, et d'en tracer, si je puis dire, la genèse et la philosophie ' .

§ 32. 2° Dans le second moment, la comparaison avec le premier objet est oubliée par l'esprit, qui ne voit plus que le second terme. Ainsi, quand nous disons feuille de papier, nous ne voyons plus que l'image simple et nue du papier, nous avons perdu de vue la feuille d'arbre qui lui a donné son nom. C'est à la réflexion, à la lumière de l'étymologie, que nous retrouvons des métaphores dans une quantité d'expressions matérielles ou morales, telles que poutre (propremeiitjumenï), chevalet, bourdon (proprement mulet), corbeau, grue, béliet mouton, etc. ; ou inclination, penchant, appétit, esprit, (proprement souffle), penser (proprement peser), etc. Par ouili du sens premier, le mot est devenu simple,

1. Au point de vue plus pratique de l'art d'écrire, il j core & montrer l'obus qu'où peut Taire de la métn[iliore, le danger qu'elle fdt couiir k la justeaee et fk la netteté de la pensée, qui risque de lâcher i'idfe pour la forme qu'elle lui donne et le fond pour l'apparence. Comparaison n'eit pas roison. dit le vulgaire; ce mot peut s'appliquer justement & la métaphore. La préciflion de la pensée peut ee perdre dans cette sfirie de comparaisons dont on l'euTeloppe. Mais ces dÎTersea études rclèTcnt de la critique et de la rliiturique ; elles n'ont rien a linguistique.

CONDITIONS LOGIQUES

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