X. Conclusion
§ 41. Tels sont les procédés que la langue emploie | isolement ou combine entre eux, pour étendre les significations des mois. Tantôt elle restreint l'horizon d'uo I terme par absorption du déterminant dans le déterminé, ou du déterminé dans le déterminant. Tantôt elle ap- 1 pliquelenomd'unobjet à des objets différents, à la suile' j de rapports constants {métonymie) ou d'analogies {mé- i faphore) qu'elle trouve entre l'objet dénommé etles autres. Le premier procédé donne à l'expression une plénitude et une concision nouvelles , en condensant deux idées en une. Les autres lui donnent un relief qui séduit rimagination. De ces procédés, c'est bien la métaphore qui joue le rôle le plus important. Elle ne se- j contente pas de substituer à l'abstraclion sèche, àl'ex- I position simple du fait, la couleur, l'éclat de l'image? 1 elle permet avant tout au langage d'exprimer le» I idées abstraites.
L'esprit ne pense pas seulement des objets matériels I qui frappent les sens, il pense également une quantité | d'idées abstraites conçues par sa propre activité. Soit | qu'il rentre en lui-même ot analyse l'âme, ses facultés, son activité sensible, intellectuelle, morale; soit qu'il ] regarde au-dessus de lui, au-dessus du monde, et contemple les causes des phénomènes, leurs efl'ets, leurs \ lois ; soit qu'il s'élève k la notion de l'être, il roule e» j lui-même dea milliers et des milliers de pensées invi-
CONDITIONS LOGIQUES
Bibles, intangibles. Comment les communiqiiEr autres? Par la métaphore. Elle seule a pu pfîrme. Et chaque homme de pénétrer ainsi au fond des pi séea de ses semblables. Dans aucune des langues do nous pouvons étudier l'histoire, il n'y a de mut abi trait qui, si l'on en connaît l'élymologie, ne se résolvi en mot concret. Et, à priori, il est évident qu'il n'en puisse être autrement. Quand les hommes ont créé 1& langage, ils ont nécessairement attaché à des sons spéciaux les images d'objets matériels, autrement il leur aurait été impossible d'échanger entre eux leursidées. Quel intermédiaire commun avaient-ils qui permît de faire cet échange, sinon le monde matériel, extérieur à leur esprit, tangible, et qu'ils pouvaient se montrer du doigt? Ces mots concrets, ces imagesd'objets sensibles, devinrent graduellement les signes d'idées moins concrètes : ils se dépouillèrent de ce qu'ils avaient de grossier, pour ne plus rappeler h. l'esprit que la notion abstraite qu'ils recelaient au fond d'eux-mêmes. Qu'on accumule pendant des siècles ce travail de l'esprit et du langage spiritualisant peu à peu les images, et analysant plus finement la pensée et le sentiment, etl'on se rendra compte de la facilité que les langues ont gagnée h exprimer l'abstraction. Mais, au-dessous de cet édifice immense de Ja pensée abstraite, l'observation réfléchie reconnaîtra aisément les fondations sensibles des images matérielles.
lit à bon droit admirer cette puissance du lan-