Voir Introduction, p. 6, et aussi p
CONDITIONS PHILOLOGIQUES il9
toute civilisation, toute tradition disparaît, les forces conservatrices du langage comme le reste; et ridiome populaire, que rien ne contient plus, se précipite si bien qu'en l'espace de trois ou quatre siècles il aboutit à des idiomes absolument nouveaux. Or, cette transformation rapide est l'anarchie; puisqu'une langue ne peut se fixer, il faut du moins qu'elle change aussi lentement que possible. C'est à la langue littéraire qu'est réservé le rùle de conservatrice. Elle doit s'opposer aux néologismes populaires et ne les accepter que quand ils deviennent un fait universel. On disait autrefois : U me souvient; le peuple a dit : je me souviens, et la langue littéraire l'a répété après lui ; aujourd'hui la langue littéraire se rappelle le passé; la langue populaire se rappelle du passé. La langue littéraire doit-elle l'imiter? Non, jusqu'au jour où l'académicien lui-même, dans l'abandon de la conversation familière, aura dît ; je m'en rappelle '. " I
g 62. De nos jours, dans notre langue du wx' siècle finissant, il est à craindre que, de ces deux forces, la force de tradition cède à la force révolutionnaire qui entraîne le français dans des directions inconnues. Nous assistons à un triomphe effréné du néologisme, qui ne se contente pas de prendre de force sa place dans la langue, mais chasse violemment nombre de mots de
bonne marque qui méritent d'être conservés. Encore si ce néologisme pouvait faire revivre d anciens mots totalement disparus ou conservés seulement dans quelques dialectes provinciaux, et qui, apparentés à d'autres mots de la langue commune, s'expliquent par eux et rétablissent parfois entre eux l'analogie et la trace de la filiation*. Mais c'est là un vain regret : la tentative serait artificielle du reste. La langue suit son cours, indifférente aux plaintes des grammairiens et aux doléances des puristes.