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^^H On a vu, de nos jours, le mot lavement disparaître ^^H dans la langue des gens bien élevés devant le mot clys- ^^H tère, qui à son tour fait place à remède. ^^H Cui~dù-sac tend à disparaître devant impasse. ^^f L'ancien mot garce, féminin de garçon, étant devenu le synonyme de fille de mauvaises mœurs, la langue prend le mot fille {fiUa), correspondant féminin de fîh (anglais daughter), et, y ajoutant le sens premier de garce, ■ en fait le correspondant féminin de garçon. Mais la même idée qui a sali le mot garce salit à son tour le mot fille en ce sens nouveau dapuella (anglais girl, maid), et pour rendre à ce mot sa pureté première, la langue y ajoute yewne: une jeune fille. Sous cette
■ forme cependant l'expression est insufDsante, car elle ne pourrait se dire d'une fille déjà grande, de vingt à vingt-cinq ans par exemple. La langue imaginera de dire alors: une jeune personne, expression d'une singulière gaucherie. Notre langue, il faut l'avouer, ne s'est pas tirée à son honneur de la difficulté qu'elle
I s'était créée.
Ainsi nous n'avons pas l'équivalent de ce mot si grac\en^maid:alicile maid, apretiy maid. Tout le charme, toute la poésie qu'éveille ce terme est perdue pour notre langue, ici victime de la grossièreté populaire. 5° Ailleurs encore un mot perd sa fonction parce qu'il doit prendre celle d'un autre mot disparu. Ainsi jument passe au sens de femelle du cheval, pour remr placer le v, fr. ive (lat. equa), sorti de l'usage. La place laissée vide est occupée tant bien que mal par
béte de somme. Nous avons cité d'autres exemples au chapitre m de la seconde partie {Concurrence vitale).
6° Parfois enfin le mot disparaît pour des raisons que nous ne pouvons déterminer, et c'est à l'embarras que montre la langue à le remplacer que nous reconnaissons qu'il a tout d'abord succombé.
Le vieux verbe abrier, d'origine inconnue, qui avait donné le dérivé abri, disparait en moyen français de l'usage général (on le retrouve jusqu'à nos jours dans des sens très spéciaux), et est remplacé par la locution mettre à l'abri; aux xvi°-xvii' siècles seulement, abri donne naissance au verbe moderne abriter.
Bruire a disparu aux xvi'-xvii' siècles : faire du bruit est une péripbrase bien lourde qui le remplace difficilement,
Dextre et senestre (main) ont vécu jusqu'en plein moyen français; puis ils tombent. Quels substituts leur donner ? L'idée de gauche, peu vif (cf, gauchir, ne pas aller en ligne droite, incliner), dont les préjugés d'alors caractérisaient la main senestre, la font appeler main gauche. En revancbe, la main dextre recevra par contraste le nom de main droite. Appellations bizarres, obscures et maladroites.
Douloii' disparaît au xvr siècle, pour faire place h se plaindre, souffrir, qui n'en rendent pas exactement ridée.
Souloir est également assez mal remplacé par auoir, être accoutumé; gésir par être couché; quérir par chercher, etc.
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^^H § 81. Quelquefois le mot nouveau se développe pour
^^H des raisons spéciales et prend la place d'un autre qui
^^H aurait pu vivre de sa vie propre sans l'oppression de ce
^^H redoutable voisin.
^^H Voyons ce qui se passe sous nos yeux. L'esposition
^^H universelle de 1878 a admis olUciellemenL et consacré
^^H lo terme de ticket à la place de l'excellent mot, émi-
^^H nemment français, de billet. Et voilà ikket qui se ré-
^^H paod dans l'usage, et peut-être arrivera k évincer billet,
^^H dans un sens spécial, du moins.
^^H Stopper, mot également d'importation étrangère,
^^H prend à arrêter une partie de son emploi. Les gens à
^^H la mode font stopper le train, le navire , la machine,
^^V «t même les fiacres.
C'est dans la formation savante que cette action est visible. Il y a une tendance populaire à préférer aux mots français indigènes les mots de formation savante, ■comme plusnobles et de meilleur style. On n'écrirapas, on ne dira pas étrangler, mais stranguler ; troubler, mais perturber. Ainsi nager a disparu devant nauî'juer, franchir {rendre libre), devant libérer; mùrelé, frêlelé, devant maturité, fragilité; geindre, devant gémir; modtier, devant monastère; prononce, diffame, devant prononciation, diffamation; domescke, devant domestique; meuble, devant mobile ;utle, devant utile ; antif, devant antique; le suffixe -aison, devant le suffixe -ation, etc. Le plus souvent nous ignorons la raison de ces transformations. Est-ce le mot vieilli qui a disparu de luimême? Est-ce le synonyme nouveau qui a tué l'ancien?
N'y a-t-il pas actions réciproques? Gomment résoudre ces questions, lorsque quelque fait particulier, quelque caractère spécial ne nous met pas en éveil sur la cause de destruction ? Les documents de la langue passée ne nous apprendront que le fait d'une concurrence entre les deux termes synonymes et la disparition de Tun d'eux devant Tautre. Quant aux raisons secrètes qui ont fait la faiblesse de l'un et la force de Tautre, ils ne peuvent nous les donner. C'est à peine si pour la langue contemporaine que nous sentons vivre en nous nous pouvons saisir dans leur jeu ces causes intimes.
CnAPITRE IV
ARCDAtSMES
§ 82. Voyons maintenant comment la disparition des I mots se produit dans la langue. Une génération d'homl'mes, à un moment donné, commence à abandonner 1 tel mot, l'idée qu'il signifle étant représentée par un [ autre ; la génération suivante le connattra moins ene, et un moment viendra où il ne sera plus connu I que des vieillards qui, bientôt à leur tour, l'emporte- I ront avec eux dans la tombe.
C'est de la même façon que disparaissent les li I gués; ainsileCornîyuflj dialecte breton qui floriBsaitja- I dis en Cornouailles, a disparu avec la dernière femme! qui le parlait, vers 1821. Supposons que celte disparition se produise dans la langue commune, sauf çà et là sur quelques points du territoire, et nous aurons les archaïsmes des dialectes provinciaux '.
I ]. En général les patois, ayant une vie plus libre {et. p. IS I et 13), présentent un des déTeloppemenla ultérieurs de la langiia et comme une des faces da eoa avenir. Us sont toujours en avance eurelle. Cependant comme des traits isolés, perdus par la langue commune, se sont quelquetûïs conservés çk et là dans l'un ou l'autre des patois, on peut dire que, pris dana leur ensemble, ils apporteutd'imporlants témoigDQ(;ea sur le passa da la langue.
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En vertu de celte marche, il doit se rencontrer è toutes 103 époques des mots vieillis, c'est-à-dire inconnus de la génération nouvelle, et que n'emploient plus guère que les vieillards. Ce sont ces mots auxquels on doit donner le nom d'a?-chaïques. Et si quelque action litte'raire, quelque tradition artistique ne les fait pas reprendre parle courant général de la langue et remettre en circulation, ils disparaîtront totalement.
MiiKo. renascentuT
Bien des mots renariront qui ont disparu, et d'autres tomberont qui aujourd'hui sont en faveur, si le 1 veut l'usage. » La deuxième partie de celte affirmation est parfaitement vraie, et l'histoire des langues nous fait assistera cette disparition incessante de termes remplacés plus ou moins heureusement par de nouveaux. Mais de celte renaissance de nombreux termes que signale Horace les exemples sont beaucoup plus rares ; pauca serait bien plus juste que muUa, car cette renaissance est purement arlifîcielîe : elle est l'œuvre des lettrés '. Ce qui est mort dans une langue est bien mort; le langage, pas plus que les générations qui en continuent la tradition, ne remonte le passé, pourres- i
t. It en est de ces mots archaïques comme de ceux de fomiation savante, introduits ààm L'uaaye surtout par les livres. De \i. vient que le leiique des lettrés est si riche, comparé i. celui des ignoranta qui ne couoaiasent leur langue que par traditioa orale. Dans l'usage familier ces mots vieillis ou savauts reparaissent le plus souvent dans un sens ironique, marqués d'ui note de ruiltcrie. Voir plus haut, p. lUl.
r ce qu'il a laissé derrière lui, dana rêcoulcment sans Qn qui fait sa vie.
§ 83. Nous venons de voir les mots disparaître sans retour : il faut maintenant signaler d'autres archaïsmes, inconscients ceux-là, où les mots se survivent & eux-mêmes.
u Notre langue moderne, disions-nous ailleurs*, est pleine de débris des formations antérieures, débris dont elle est impuissante à. rendre compte.
'1 Dans les phrases les plus courantes, nous répétons des sons, des expressions et des tournures qu'expliquent des lois générales, aujourd'hui disparues, et qui ont survécu dans l'usage moderne, comme les derniers témoins vivants de ces lois, comme les dernières formules d'un autre âge.
« Il n'est guère d'expressions familières qui, ainsi interrogées dans leur raison d'être , ne réveillent soudain tout un monde évanoui, et ne fassent reparaître à nos regards étonnés les habitudes de langage des ancêtres. » Les exemples en sont infinis : en voici quelques-uns pris uniquement dans la signilication des mots.
(I Le sens premier de cueillir (colligere) a disparu, pour vivre dans son composé et remplaçant recueillir. Du sens spécial recueillir (des fruits, des fleurs) en les
i, CoTirs de lillérallire française da moyen âge et d'histoire de la langue française; Leçon d'ouverture (pages H-H): eitrait do 1b Revue internalionale de l'enseignement (15 décembre 1S8JJ.