‹ La vie des mots étudiée dans leurs significationsChapitre 5 sur 63 · Voir cette liste à l'Appendice I · texte numérisé non relu

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Si nous pouvions remonter du latin à la langue indoeuropéenne primitive d'où sont sortis la plupart de ces mots, nous ne constaterions sans doute guère de changements dans leur signification; et, autant qu'on peut le présumer, s'ils continuent de vivre, dans la suite des développements que le temps pourra apporter à notre idiome, ils conserveront immobiles leurs significations.

Si haut qu'oQ remonte dans l'histoire des noms de nombres, à travers les altérations des sons, on retrouve, à l'origine, une même signification première, qui se poursuit et se perpétue, depuis des milliers d'années, sur les lÈvres des peuples divers qui constituent la grande famille indo-européenne '.

Ainsi, en thèse générale, sous les diversités de forme qu'amènent les lois de la prononciation, les mois gardent intacte l'empreinte primitive que leur a donnée la pensée populaire. Les générations se suivent, recevant des générations antérieures la tradition orale d'expressions, d'idées et d'images qu'elles transmettent aux. générations suivantes.

§ 3. Cependant, à côté de cette force de conservation qui maintient et sauve l'unité de la langue, agit lai force révolutionnaire qui tend à la modifier, à la précipiter dans des directions nouvelles, transformant, \ avec ses autres éléments, la signification des mots. \

1, M. Bréal, Mélanges de mythologie et de linifiiisliqiie, p. 33i

Les causes de ces changemeots sont aussi multiples que les actions infinies qui modifient les civilisations. L'état du lexique d'un peuple, à un moment donné, répond nécessairement à l'état des idées qui, à ce moment, s'agitent dans son esprit, et le flux incessant de faits et de pensées qu'emportent les générations dans leur écoulement sans fin laisse sa trace dans le voca* bulaire.

Pour nous en tenir à la France et au français, rÉglise, les institutions féodales, les croisades, lea progrés de la royauté, le triomphe du droit romain sur le droit coutumier, la Renaissance, la Réforme, les humanités, la monarchie absolue, l'immense développement des sciences aux temps modernes, l'avènement I de la démocratie, voilà autant de causes, pour ne citer que les plus notables, qui ont contribué aux transformations de la civilisation française, sans parler de celles qu'apportent dans les mœurs le cours naturel du temps, dans les esprits l'action incessante d'une littérature qui depuis le xi° siècle n'a pas eu une heure de, sommeil.

Que de faits, que d'idées nouvelles ont dû ainsi pé-' nétrer dans le trésor de la pensée commune ! Pour l'expression de ces faits et de ces idées, la langue a recouru à des mots nouveaux; mais très souvent aussi, elle s'est contentée d'appliquer un ancien mot à l'expression d'une chose nouvelle.

§ 4. Ces causes Aistoriqut

e sont pas les seules.

d autres actions entrent aussi en jeu, plus intimes, plus profondes, plus mystérieuses. Ainsi, pour ne noter que la plus apparente, les mots peuvent s'user à la longue ; et des termes, jadis expressifs, faire place à d'autres plus imagés qui s'enrichiront de leur signification, pour s'en voir à leur tour dépouillés et mis à l'écart par de nouveaux venus.

§ 5. Quels sont les modes logiques suivant lesquels se produisent ces changements? Quelles en sont les raisons psychologiques ou morales ? Enfin, comment oes mots, ces sens nouveaux pénètrent-ils dans la langue et l'affectent-ils? Voilà les trois questions auxquelles se ramène la question unique posée au commencement de cette partie : Comment naissent les mots?

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