I. Du mot
§ 7. Dans toute langue parlée, le nwt est un son ou un groupe de sons articulés auquel ceux qui parlent attachent une valeur intellectuelle. C'est un signe sonore qui rappelle, par suite d'une association régulière d'idées, soit l'image d'un objet matériel, soit l'idée d'une notion abstraite. L'esprit garde le souvenir constant de ce rapport, et quand parait le mot, entendu ou lu, il éveille l'idée dont il est le signe, et inversement, quand la pensée éveille l'idée, celleci paraît sous l'enveloppe du mot qui la représente. Apprendre le lexique d'une langue consiste justement à graver dans sa mémoire les sons articulés de cette
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CONDITIONS LOGIQUES
langue dans leurs rapports avec les images et les idées dont ils sont les signes.
Il suit de là que la vie des mois n'est autre chose qua la valeur conslante que l'esprit, par la force de l'habitude, leur donne régulièrement, valeur qui les rend les eignes normaux de telles images ou idées. Lea mots naissent, quand l'esprit fait d'un nouveau mot l'expreseion habituelle d'une idée; les mots se développent ou dépérissent; quand l'esprit attache régulièrement & un même mot un groupe plus étendu ou plus restreint
'images ou d'idées. Les mots meurent, quand l'esprit cesse de voir derrière eux les images ou les idées dont ■ils étaient les signes habituels, et par suite, n'usant
ilua de ces mots, les oublie. La vie des mots vient .-4onc de l'aclivité de la pensée, qui modifie diversement les rapports qu'elle établit entre les objets de cette activité (images de choses sensibles, notions al et les sons articulés, dits mots, dont elle a fait autant de signes.
§ 8. Lemot est le serviteur de l'idée; sans idée, point;' de mot; ce n'est qu'un vain assemblage de sons. Mais i'idée peut existerj^ans mot; seulement elle reste dans l'esprit, à l'état subjectif, et ne fait point partie du langage.
II semblerait que le langage dût posséder autant dsJi termes que d'idées simples, et créer un mot pour cha^-fl cune d'elles. Mais les ressources dont il dispose sont sou- ~ vent insuITisantes pour rendre ainsi les aouvelles idées» I
et d'ailleurs la mémoire serait écrasée aous le poids des mots. L'esprit recourt à un procédé plus simple donne à un même mot plusieurs significations ,
Il existe dans les organismes inférieurs un procéda de reproduction ' en vertu duquel un être bourgeonne et se sépare en plusieurs fragments, qui deviennent ensuite autant d'individus indépendants, quoique identiques, en matière et en forme, à l'individu d'oii ils sortent. Il en est de même dans le langage. Un seul et même terme se charge de plusieurs significations qui, chacune h part, s'approprient le son primitif et vivent ensuite de leur vie propre". La langue oublie leurs communes origines, et ce n'est que dans les catalogues artiUciels des langues, les dictionnaires, qu'on les voit classées sous un môme chef, et qu'on peut saisir la source unique dont elles dérivent.
§ 9. De là ce fait, en apparence étrange, que les mots de la langue, quand nous en avons besoin, viennent à notre souvenir dans l'acception spéciale où nous voulons les employer, et sans que nous ayons à nous embarrasser de la multiplicité des sens que chacun d'eux peut comporter. Si je veux exprimer cette idée que tel élève est à la tête de sa classe, les mots tête et classe se présenteront immédiatement à ma pensée dana les sens spéciaux où je les emploie, et je n'aurai pas
la plus loin, p. 01 et auiv.
■ CONDITIONS LOGIQUES SH I ûa instant besoin d'avoir égard aux diverses autres K^nifications qu'ils possèdent. C'est que les idées spé- Kciales que je veux exprimer Bont, de par les habitu.- Bldes de la langue que je parle, liées à, ces deux mots; ■d'autres idées peuvent leur être attachées ; mais ■comme je n'y songe pas, je ne vois dans têCe et classe n^e les acceptions qui me conviennent. L'idée spé- »Ciale évoque le mot dans sa fonction spéciale, parce ■'que c'est de l'idée, non du mot, que part l'esprit quand fcl exprime sa pensée ' ; et celui-ci ne s'embarrasse ^^08 plus des autres signiiications du terme qu'il em- ^ptoie, qu'il ne s'embarrasse des autres termes de la Rangue.
■ Toilà pourquoi encore le lexique entier que chacun ■de nous porte en sa tête demeure presque lolalement Ualent et comme endormi dans notre pensée. Seuls les Binots viennent se mettre à notre service qui rendent les ■.geules idées que nous pensons actuellement; tout le reste i disparaît comme disparaissent, au moment oii nous concevons telle pensée particulière, les innombrables sensations, images ou idées qu'a déroulées antérieurement l'activité incessante de notre esprit. C'est dire que le mot, sensation sonore que l'esprit emploie comme substitut des pensées, est soumis, comme tous les autres
I éléments sensationnels, aux lois de l'association des ^dées *.