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CHAPITRE VIII

LES PLANTES SE MARIENT

Je ne juge pas, je raconte.

UONTAIGNE.

Les plantes se marient 1 ; le moment du mariage est annoncé par l’apparition des fleurs. Ces fleurs ne sont pas toutes semblables; les unes sont d’une excessive simplicité, d’autres sont bourgeoisement mises, d’autres encore sont d’une rare élégance. Quelles qu’elles soient, elles ne différent guère, en définitive, que par l’habit. Ainsi les fleurs de l’If sont toutes nues (mais celle nudité n’a rien qui puisse offenser les regards) ; chacune se compose : 1° d’un petit corps central, ovifonne, qu’on appelle ovule , et 2° d’un petit sac blanc verdâtre qui con-

* Le mot de mariage est, dans ce chapitre, pris dans le sens d’union, l’union momentanée d’une cellule végétale à une autre. U est, par conséquent, détourné de son acception primitive.

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tient l’ovule, et qui, pour cette raison, a été nommé ovaire.

Les fleurs de Saule ne sont pas plus vêtues que celles de l’If, mais leur ovaire forme, à sa paitie supérieure, un prolongement terminé par un renflement bilobé, glanduleux et humide1. Celles de l’Ortie n'ont qu’un court vêtement â ; il est composé de quatre folioles qui entourent la base de l’ovaire. Celles du Melon, de la Citrouille sont plus et mieux vêtues; car la partie supérieure de l'ovaire est protégée par une double enveloppe festonnée ; l’une externe, verte, l’autre interne, jaune3.

1 En langage botanique, le prolongement s’appelle \e style, et le renflement porte le nom de stigmate. Ovaire, style et stigmate constituent l'ensemble appelé pistil. Le pistil ou l’ensemble des pistils d’une Heur constituent son gynécée.

i Ce vêtement s'appelle en botanique un pêrianthc.

J L’enveloppe externe constitue le calice, l’enveloppe interne constitue la curollc.

Fig. 87. — Fleur do F lf.

Fig. 88. — Fleur du Saule à l’aisselle d’une bractée ou petite feuille.

1, Fleur entière avec les écailles situées audessous d’elle; — 2, la même fleur coupée par un plan vertical et médian, et montrant l’ovule dans l’ovaire.

L’if, le Saule, 1 Ortie, le Melon, produisent encore d’autres fleurs que celles dont il vient d’être

Fig. 89. — Fleur de l'Ortie.

1, Heur entière; 2, la même Heur coupée par un plan vertical et médian. Son ovule, qui est unique dans l’ovaire, est revêtu de deux enveloppes.

question ; ces autres fleurs sont habillées comme les premières, mais elles en diffèrent en ce qu'elles n’ont ni ovaire, ni ovule. L’ovaire est remplacé par un plus ou moins grand nombre de baguettes terminées par une poche allongée ; et dans la poche se trouve une poussière formée de grains libres ou rarement réunis1.

Les fleurs munies d’ovaires et d’ovules, ou autrement dit d’un gynécée, sont les seules qui puissent donner des fruits et des graines ; ce sont donc des fleurs femelles , on les appelle aussi (leurs pistil lées. Elles ne donnent fruits et graines qu’autant

1 Ces baguelles sont des étamines; leur partie basilaire est le filet, la bourse terminale est l 'anthère, la poussière contenue est le pollen. L’ensemble des étamines d’une lleur constituent son androcée.

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qu’elles ont reçu le concours des fleurs qui possèdent des étamines ; ces dernières fleurs sont donc des fleurs mâles , on les appelle aussi des fleurs staminées. 11 y a des fleurs qui, comme celles de la

l ig. 90. — Fleur de Melon coupée par un plan vertical et médian. L’ovaire est constitué par le réceptacle floral, les ovules sont nombreux.

Fig. 91. — Fleur staminée ou mâle de l’If.

Fig. 92. — Fleur staminée ou mâle du Saule à

l'aisselled’une bractée.

Primevère, du Fuchsia, de la Mauve, de la Vigne, du Tabac, renferment ovaire et étamines; elles constituent, par conséquent, des fleurs hermaphrodites Un arbre femelle est celui qui ne porte que des fleurs femelles; il y a des Ifs femelles, des Saules

femelles, (les Chanvres femelles. Un arbre mâle est celui qui ne porte que des fleurs mâles; il y a des

Fig. 95. — Fleur staminée ou mâle du Chanvre.

Fig. 94. — Fleur staminée ou mâle du Jlelon, coupée par un plan vertical et médian.

Fig. 95. — Fleur de la Primevère.

A, Heur entière ; B, fleur coupée par un plan vertical et médian, montrant la moitié de l'androcée et la moitié du gynécée (le stylo est entier;.

Ifs mâles, des Saules mâles, des Chanvres mâles. Les Melons, les Ricins , etc., portent, sur le même

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pied, des fleurs mâles et des fleurs femelles ; on dit de ces plantes qu’elles sont monoïques. Les Ifs, les Saules, etc., dont les fleurs mâles se trouvent sur des pieds différents de ceux qui portent les

Fig. 96. — Fleur renversée de Fuchsia, Fig. 97. — Fleur de Tabac, coupée par un plan vertical et médian.

fleurs femelles, ont reçu le nom de plantes dioïques. Lorsqu’une plante, telle que la Pariétaire, porte, sur le même pied, ou sur des pieds différents, des fleurs mâles, des fleurs femelles et des fleurs hermaphrodites, on la dit polygame. Les plantes hermaphrodites sont les plus nombreuses et celles

dont les (leurs sont les plus complètes ; les Pommiers, les Cerisiers, les Pruniers, les Groseilliers, les Mauves sont des plantes hermaphrodites.

La fleur la plus complète se compose donc essen-

Fig.98. — Fleur de Vigne réduite à Fig. 99. — Fleur de Mauve., l'androcée et au gynécée. Le ca- réduite à l’androcée et au

lice et la corolle ont été coupés. gynécée. Le calicule qui

l’entourait à la base, le calice et la corolle ont été coupés.

licitement d’un gynécée, d’un androcée, et d’un périanthe double ou multiple. Quelle est la nature de ces différentes parties? Goethe, botaniste non moins célèbre que poêle illustre, les a assimilées à des feuilles. 11 suffit, pour se convaincre de la vérité de cette assertion, de suivre les différentes folioles dans leur évolution, depuis leur naissance jusqu’à leur complet développement ; on peut encore s’éclairer en examinant des exemples où toutes les transitions sont ménagées. Ainsi chez les Ilellê-

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