CHAPITRE XIII
Dans l’ordre de choses établi, chaque être a son importance. Parmi les plantes, celles qui vivent en communautés paraissent jouer un plus grand rôle. Elles exercent une action favorable ou défavorable sur le climat, elles modifient le sol, elles préparent le développement d’autres végétaux et deviennent souvent pour l’Homme une source de richesses.
Les bas-fonds humides nourrissent des Sphaignes. Ces plantes, qu’on confond souvent avec les Mousses, sont composées de cellules à pertuis dans lesquelles l’eau s’introduit cl séjourne comme dans autant de réservoirs. Aussi, lorsqu’on les presse dans la main, on voit l’eau s’en échapper comme d’une éponge abondamment mouillée. LesSphaignes
1 Nous ne mentionnerons ici que quelques uns des avantages matériels apportés par les plantes.
se multiplient facilement dans la station qui leur convient; elles entretiennent l’humidité et accumulent leurs débr is sur le sol qui les nourrit. Ces débris, dont la quantité s’accroît d’année en année, forment d’immenses dépôts qui se carbonisent, lentement, et constituent la tourbe qu’on emploie comme combustible. Le Nord est plus propre que le Midi à la formation de tourbières ; on en voit d’assez importantes sur le chemin de fer du Nord, aux environs d’Amiens, sur le chemin de fer de l’Est, aux environs de Meaux; ou encore dans la Seine-Inférieure, dans la vallée de Caudebec; en Belgique, aux environs de Liège.
Lorsque le terrain n’est pas très-humide, les Sphaignes cèdent la place aux Mousses. Celles-ci, représentées par des Polytrics, des Hypnum , des Fissidems , des Funaria , des Bnjum , etc., conservent l’humidité à la surface du sol. Peu à peu, elles le recouvrent de leurs débris organiques et le rendent propre à développer une forte végétation. Lorsque les Mousses vivent dans les bois, elles deviennent de véritables gardiennes des semences des grands arbres. Ces semences, tombées en automne, passent la saison rigoureuse sous la couverture de Mousse, et y trouvent, au printemps, l’humidité nécessaire à leur germination. Lorsque les forêts se sont dépouillées de leurs feuilles, que les frimas accourent, que la tristesse se répand sur toute la contrée, les Mousses, recevant l’air et la lumière, semblent prendre une nouvelle vigueur; les jeunes pousses s’élè-
vent et égayent par leurs couleurs le vert sombre du tapis; les anthérozoïdes accomplissent leurs migrations; d’élégants berceaux, en forme de chapeaux, d’urnes, les uns soyeux, les autres lisses, se montrent à l’extrémité de longs filaments, dépassant le niveau commun et se préparant à déverser sur le sol les fondatrices des générations futures.
Du Nord passons au Midi; quittons les terrains humides pour les terrains sablonneux, et les communautés de plantes ne seront plus les mêmes. Sous la latitude de Paris, les terrains arides, sablonneux, sont couverts par une petite Bruyère très-rameuse, à fleurs roses, rarement blanches, la Calluna , ou encore par la Bruyère cendrée, qui est plus grande que la précédente, dressée, portant des lleurs roses ou violettes; on y trouve aussi quelques autres espèces, mais c’est particulièrement au Sud que les espèces abondent et que leur taille augmente. Dans toute la région méditerranéenne, à T réjus, à Toulon, à Montpellier, en Corse, etc., croit vigoureusement la Bruyère en arbre, qui s’élève souvent jusqu’à une hauteur de 5 mètres. Enfin, au sud de l’Afrique, les espèces de Bruyères se comptent par centaines, et elles couvrent d’immenses étendues de terrain. Ces grandes •colonies de Bruyères, qu’on retrouve parfois dans les terrains arides du Nord, ont une importance capitale; leurs débris, en jonchant le sol, l’améliorent, l’enrichissent. Tout d’abord l’eau des pluies traversait le sable comme un filtre; plus tard, la
présence de débris organiques l’obligera à stationner, et, à la suite des temps, les terrains naguère stériles seront transformés en riches tourbières ou en un sol pouvant faire espérer les plus belles récoltes.
Les Graminées, les Joncées, les Cypéracées se trouvent fréquemment associées et constituent la majeure partie des plantes des prairies. Les unes se plaisent dans un sol humide, on les trouve sur le bord des ruisseaux ou des rivières, ou dans le voisinage; leurs longs rhizomes traçants, desquels s’échappent un grand nombre de rameaux, accumulent, pour ainsi dire, la terre à leurs pieds et forment un gazon épais, serré. D’autres se plaisent dans les sables; tel est le Carex des sables ; cette plante doit à son rhizome très-ramifié et trèslong sa propagation sur les digues de la Hollande, sur les dunes, car sa culture fournit un des meilleurs moyens de fixer le sol. D’autres plantes à herbages ne fournissent plus de gazon; elles vivent par touffes isolées; telles sont celles qui forment les vastes prairies américaines ou asiatiques connues sous le nom de pampas, de savanes, etc. Les prairies ne sont pas seulement utiles par leur pouvoir d’entretenir l’humidité, de favoriser la germination d’une infinité de graines qui y trouvent à la fois protection, air et humidité, elles enrichissent le sol par leurs débris et elles servent à la nourriture d’animaux de trait et de boucherie. L’Angleterre doit à ses belles et vastes prairies sa richesse en
UTILITE DES PUANTES
troupeaux ; les Pampas de l’Uruguay et du Paraguay nourrissscnt d’innombrables troupeaux sauvages, etc.
De toutes les associations végétales, les forêts sont certainement celles dont l’existence est le plus importante. « On pourrait, dit Karl Muller, les appeler les régents ou les économes du gouvernement des plantes. » Lorsqu’elles couronnent les sommets des collines ou des montagnes, elles retiennent le sol qui, sans elles, se dénuderait, la terre végétale étant entraînée dans les vallées par les eaux de pluie. En recevant ces eaux, la forêt s’en fait la dispensatrice, elle les laisse tomber goutte à goutte sur le sol et y entretient une bonne humidité qui facilite le développement des herbes et des Mousses ; l’eau pénètre à des profondeurs plus ou moins grandes, s’étend sur des couches d’argile, concourt à l’établissement de sources ou forme d’immenses amas qui alimentent des puits artésiens. Les feuilles des arbres de la forêt représentent une large surface humide dont l’évaporation incessante amène du refroidissement; les bois concourent donc à l’abaissement de la température d’un lieu. Mais le bénéfice de ce refroidissement est surtout dans l’action qu’il produit sur les nuages qui passent à proximité. Les vapeurs qui forment ce nuage, refroidies par le voisinage, se condensent, se résolvent en eau. L’eau, prise par la forêt, descend de nouveau peu à peu dans lcsol, entretient la fraîcheur des vallées, lait
la fertilité dés prairies et alimente les fontaines. Dans ce simple fait, de vapeurs d’eau condensées par la présence des forêts, que de phénomènes à analyser! que de problèmes à résoudre!
L’importance de l’établissement des forêts sur les montagnes ou dans les endroits sablonneux n’a été bien appréciée que lorsque des déboisements intempestifs ont eu lieu.
Qui n’a entendu parler de l’ancienne splendeur de la Provence? Quelle pauvreté aujourd’hui, quelle désolation depuis que les forêts des montagnes ont été abattues! « On ne peut, dans nos latitudes tempérées, se faire une idée exacte de ces brûlantes gorges de montagnes provençales où il n’existe même plus un bocage assez grand pour abriter un oiseau, où le voyageur ne rencontre, au sein de l’été, que quelques rares touffes de lavande desséchée, où toutes les sources sont taries et où règne sans cesse un morne silence à peine interrompu par le bourdonnement des insectes. Qu’un orage éclate dans ces contrées, des torrents se précipitent. tout à coup des hauteurs des montagnes vers les bassins desséchés; ils circulent, ravageant sans arroser, inondant sans rafraîchir, cl laissent après eux le sol encore plus dénudé qu’il ne l’était auparavant. La contrée prend l’aspect d’un désert, et l’homme finit par se retirer complètement de ces sinistres solitudes. » (Blanqui.) L’Asie occidentale, la Palestine, qui furent jadis si florissantes, ne sont plus que d’affreuses contrées depuis que les dé-
boisements des plateaux ont été opérés. Les Chardons remplacent sur d’immenses étendues les Palmiers et les Cèdres; une nappe de sable s’est étendue presque partout; les rivières sont à sec ou se transforment en torrents; les villes ne sont plus que des bourgades boueuses, sans vie; le commerce a disparu, cl le pays n’est habité que par de paresseux Arabes, ou par des moines superstitieux et ignorants qui nuisent à la religion qu’ils croient servir.
Un fait constant s’est présenté à la suite du déboisement mal entendu d’une contrée, c’est le tarissement des fontaines de cette contrée. 11 a été le signal du dépeuplement. Le manque d’eau est, au dire des voyageurs qui ont parcouru les contrées désolées de l’Asie et de l’Afrique, la cause d’un des plus grands tourments qu’on puisse éprouver, tourment qui fatigue d’autant plus qu'il se renouvelle chaque jour. L’eau est tellement appréciée dans certaines contrées de l’Afrique, qu’elle est considérée comme un des meilleurs présents de la Divinité. « Pourquoi viens-tu ici? disait un Nubien à un voyageur français; il n’y a donc pas d’eau dans ton pays? »
Les forêts établies sur le bord de la mer constituent des digues efficaces qui s’opposent à l’envahissement des sables. C’est en vue de mettre’ fin aux avancements incessants des dunes dans le sudouest de la 1 rance qu’on a pris la résolution de boiser la contrée. On a planté d’abord des Genêts
à balai, qui sc plaisent dans les sables; puis, entre eux, et, grâce à leur protection, on a pu faire développer des Pins.
L’état actuel de la contrée basse qui avoisine l’embouchure de la Vistule montre jusqu’où peuvent aller les conséquences du déboisement. « La basse côte s’étendait (au moyen âge) beaucoup plus loin, et elle comblait la percée près de Lockstadt. Une longue forêt de Sapins comprimait et assujettissait par scs racines le sable des dunes. La Bruyère croissait alors sans interruption de Dantzig jusqu’à Pillau. Leroi Frédéric-Guillaume 1er eut un jour besoin d’argent; un sieur de Korff, qui voulait se faire bien venir, s’engagea à lui en procurer, sans emprunt ni contribution, si on voulait lui permettre de tirer parti de tout ce qui était inutile. Il lit éclaircir les forêts prussiennes qui, en vérité, n’étaient pas alors d’un grand produit; il lit aussi tomber tout le boisé de la basse cote aussi loin que s’étendait le territoire prussien. Au point de vue financier, l’opération fut parfaite, le roi obtint de l’argent; mais au point de vue des conséquences ultérieures, il n’en fut pas de même: cette simple opération cause encore aujourd’hui des préjudices irréparables à l’État. Les vents delà mer soufflent par-dessus les monticules dénudés le sable qui remplit déjà à moitié le Frische Haff; les roseaux croissent en abondance dans le lac et menacent de le transformer en un immense marais; la route de la riche presqu’île appelée Paradis de la Prusse,
UTILITE UES PLANTES
entre Elbing, la nier et Kœnigsberg, est compromise, la pèche dans le Ilaff est menacée. C’est en vain que l’on a fait tous les efforts imaginables pour arriver à retapisser les monticules au moins avec l’avoine des sables, les osiers et les plantes traçantes. Le vent se joue de toutes les tentatives. Et voilà cependant les irréparables conséquences d’une opération qui rapporta au roi à peine 200,000 thalers. Aujourd’hui, on donnerait des millions pour avoir de nouveau la forêt qui a été détruite. » (W. Alexis.)
De nos jours, dans la plupart des provinces de la France, les habitants de la campagne convertissent le plus possible leurs bois en terres labourables. Ils obtiennent, par ce changement de culture, un rendement moyen beaucoup plus considérable; car les terres défrichées sont très-aptes à fournir d’abondantes récoltes en céréales et en plantes fourragères. Mais déjà, dans beaucoup de pays que nous pourrions citer, les conséquences fâcheuses du déboisement se font sentir, les collines se dénudent, les vallées se transforment en marécages que le drainage ne parvient pas à assainir.
Les bois de charpente et le bois de chauffage deviennent de plus en plus rares; on a recours aux charpentes en fer et au charbon de terre. Cette substitution n’a pu se faire que par l’intermédiaire d’anciennes forêts. En effet, le charbon de terre employé comme combustible pour la fonte du fer ou pour le chauffage ordinaire, est le charbon formé
par d’immenses forets ensevelies dans les profondeurs du sol, à un âge antérieur de la terre, et soumises à une combustion lente.
Partout où l’homme habite, il trouve dans les plantes de son pays les éléments de sa nourriture. La base de cette nourriture est ordinairement consl i l uée par des végétaux riches en fécule; dans la plupart des contrées, elle est fournie par les céréales, telles que le Blé, le Seigle, l’Orge, le Maïs, le
Fig. 109. — Fécule déposée dans le tissu cellulaire qui entoure l’embryon du l?lé (vue au microscope).
Ces produits entrent dans l’alimentation sous forme de pain, de gâteau, de pâtisserie, de vermicelle, de macaroni, de couscoussou, etc. Ils con-
1 Dans le langage ordinaire, le mot de fécule s’applique à certains produits fournis par des parties souterraines des plantes; le mol d amidon désigne les produits analogues fournis par les parties aériennes et particulièrement par les céréales.
tiennent, nuire la fécule, un principe azolé qui porte le nom de gluten.
La Pomme de terre est cultivée dans un grand nombre de contrées; elle doit ses propriétés nutritives à la grande quantité de fécule qu’elle contient. On sait que cette plante alimentaire est originaire
Fig. 170. — Fécule déposée dans le tissu cellulaire central de la Pomme de terre (vue au microscope).
de l’Amérique méridionale. Elle était connue en Angleterre dés 1580, mais elle n'a été appréciée en France qu’à la fin du siècle dernier, grâce aux efforts persévérants de Parmentier.
La farine tirée des racines du Manihol, ou Manioc est en usage au Brésil, à la Guyane, aux Indes orientales, sur la côte occidentale d’Afrique, à la Réunion, à la Nouvelle-Calédonie, à Tahiti, etc.
La partie renflée et souterraine de plusieurs
Ignames contient une énorme quantité de fécule qui nourrit un grand nombre de Chinois, de Japonais, de peuples de l’Archipel indien et d’habitants de la Guyane.
Les parties souterraines de plusieurs Colocases et Arum produisent de la fécule employée dans les Indes orientales, aux Antilles, et qui, selon l’espèce de plante qui la fournit s’appelle fécule de Chou caraïbe , fécule de Chou-taro , de Chouchoute.
Plusieurs Palmiers et Cijcas contiennent, accumulée dans la moelle, une forte proportion de fécule qui a reçu le nom de Sagou. On obtient ce Sagou en fendant l’arbre dans toute sa longueur, en en retirant la partie molle et centrale, l'entassant et la mêlant avec de Peau dans des sortes d’entonnoirs en bois; l’eau entraîne la partie la plus pure de la moelle, on filtre ensuite à travers un linge. Le Dattier à farine fournit le Sagou des Philippines ; l’Areng à sucre, qui se rencontre dans les îles de l’Archipel indien, donne le Sagou de Bornéo; le Metroxylon de Rumphius, qui croit dans l’Archipel indien, passe pour produire le meilleur Sagou ; le Cgcas à feuilles révolutées donne le Sagou du Japon ; le Cgcas à feuilles circinées produit le Sagou de la Nouvelle-Hollande ; le Cgcas sans épines donne le Sagou de Cochinchine, etc.
Certains Murant a , Balisiers et Curcuma , etc., cultivés aux Indes orientales et aux Antilles, ont des rhizomes féculents dont on extrait la fécule en les râpant dans Peau, filtrant ensuite et séchant au so-
loil. Cette fécule porte le nom à' Arrow-root1. Quand elle provient du Maranta à feuilles de Balisier, elle prend, dans le commerce, le nom d 'Arrow-root des Antilles ou fécule de la Jamaïque; quand elle provient du Curcuma à feuilles étroites, elie s’appelle Arrow-root de Travancor , du Bengale ou Indian arrow-root; si elle est produite par le Balisier écarlate, elle s’appelle fécule de Tolomane ou de tous les mois.
La fécule des Bananes, celle des fruits de l’Arbre à pain ( Artocarpus incisa), sont employées à la Martinique, à la Réunion, etc.
La fécule de Lia est trés-usitéeà Madagascar, à la Nouvelle-Calédonie, à Tahiti; celle de Patates [Batatas edulis) est recherchée aux Antilles, aux Indes orientales, en Cochinchine.
La racine de Bistorte ou maschu entre pour une forte proportion dans la nourriture végétale des Esquimaux.
Le Lichen d’Islande, la racine d’Angélique, quelques Algues, composent le régime végétal des Groënlandais.
Lu champignon du Ilétre, le Cyllaria de Darwin, compose presque seul la nourriture végétale des sauvages qui habitent la pointe méridionale de l'Amérique.
Les plantes qui entrent dans l'alimentation sous
1 Arrow-root signifie flèche-racine ; ce nom a été donné an produit des Balisiers pour rappeler que leurs parties souterraines passaient pour un remède contre les blessures des flèches empoisonnées.
le nom de légumes, de fruits, de boissons, etc., sont innombrables.
Nous faisons un usage journalier de Salades, de Haricots, de Pois, de Lentilles, de Choux, de Radis, de Cresson, d’Oseille, d’Épinards, de Chicorée, etc.
Parmi ces produits, quelques-uns contiennent assez de matière azotée pour posséder les propriélés alimentaires qui les rapprochent du pain et de la viande. Les Pois, par exemple, contiennent une telle quantité de caséine qu’ils peuvent servir à la confection de fromages; les Haricots, les Fèves, les Lentilles, renferment un principe azoté, nommé léguminc,qui se rapproche beaucoup de l’albumine.
Les Pêches, les Abricots, les Prunes, les Cerises, les Poires, les Pommes, les Fraises, les Framboises, les Mures, les Raisins, les Noix, les Noisettes, les Châtaignes, sont nos fruits les plus usuels ; les Amandes, les Figues, les Grenades, les Oranges, nous sont envoyés par nos départements du Midi.
Le Pin pinier fournit à tout le Midi ses pignons doux qui se mangent crus, ou qu’on emploie pour la fabrication des gâteaux pignonats.
Les Dattiers, les Ananas, fournissent leurs fruits aux peuples des pays chauds.
Le Bananier du Paradis ou Figuier d’Adam donne des fruits qu’on fait cuire au four ou sous la cendre.
Le Bananier des Sages ou Figuier-Banane donne aux peuples asiatiques ses bananes qui se mangent crues.
Le Cacaoyer, qui vit au milieu des forêts de
l’Amérique équatoriale, fournit ses graines à tous les peuples civilisés. On fait de ses fruits deux récoltes par an, l’une au mois de décembre, l’autre au mois de juin. Les graines sont retirées des fruits, mises dans de grands vases en bois et recouvertes de feuilles ; c’est alors qu’une fermentation s’établit dans la masse; on remue cette masse chaque matin; au bout de cinq à six jours, les graines ont acquis une couleur rougeâtre et sont exposées, pour sécher, à l'influence du soleil. Ces graines torréfiées, broyées, constituent le chocolat américain (le notre est en outre sucré et aromatisé). L’huile des graines, épurée, solidifiée, forme le beurre de Cacao.
L’Avocatier ou Laurier-Avocat, Abacate , est un arbre des parties tropicales et subtropicales de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique; il produit un fruit pyriformequi est connu sous le nom de poire d’Avocat et est l’un des plus estimés des pays chauds.
Le Manguier des Indes, qui est originaire des Indes orientales, mais qui, aujourd’hui, est cultivé à l’ile Maurice, aux Antilles, dans l’Amérique tropicale, fournit la Mangue ou Mango. La Mangue a ordinairement le volume d’un petit melon, et pèse environ 500 grammes. Sa chair est jaune, un peu filandreuse, mais les habitants des tropiques lui trouvent une saveur délicieuse. Les gens aisés la pèlent, la coupent par tranches, la mangent avec du vin, en font des compotes, des confitures, mais
les nègres la mangent crue et s’en régalent chaque année pendant deux mois.
Les Uvaires, les Anones, fournissent aux Américains des tropiques des fruits charnus connus sons les noms de Cœurs -de-bœuf, Coehimans, Corossols.
L’Anone écailleuse , bel arbre des tropiques , donne un fruit charnu, ovoïde, appelé vulgairement Pomme-cannelle.
L’Anacardier, qui est originaire des Moluques, a été transporté dans l’Amérique tropicale. 11 produit des fruits en forme de poires qu’on se garde bien de manger, car ils contiennent des graines fortement toxiques; mais le pédoncule du fruit se gonfle et devient un aliment agréable; il se mange cru, en compote ou à l'étuvée.
Le Sapotillier croit dans les forêts des montagnes de la Jamaïque, de Venezuela; il fournit des fruits qui ressemblent assez à des pommes, quant à la forme , mais qui ne deviennent comestibles que lorsqu'ils se ramollissent. Cette particularité, qui se rencontre chez nos Nèfles, a fait donner aux fruits du Sapotillier le nom de Nèfles d Amérique.
Le Juvia ( Bertholetia excelsa) atteint jusqu'à 25 mètres de haut; il fournit ces noix triangulaires vendues sur nos marchés sous le nom de Noix d’Amérique.
Le Duriang ( Dur'io zebethinus) fournit aux habitants de l’Archipel indien des fruits épineux a chair crémeuse.
Le Melonnier ou Papayer, qui se rencontre aussi
bien en Asie qu’en Afrique et eu Amérique, atteint jusqu à 10 mètres de hauteur avant de se ramifier; il possède un fruit jaune orangé qui se mange par tranches qu’on laisse préalablement séjourner pendant quelque temps dans l’eau.
Le Goyavier fournit des fruits qui ont la forme d’une orange et qui possèdent une pulpe astringente dans laquelle sont plongées de nombreuses graines. Les habitants des Antilles font, avec ce fruit, des marmelades qu’ils envoient en Europe, etc., etc.
Presque toutes nos boissons fermentées sont produites par des végétaux.
Le Vin est le jus du Raisin écrasé et soumis à la fermentation. Pour l’obtenir, on cueille les Raisins lorsqu’ils sont mûrs; on les dépose dans des cuves, et on les écrase; dés lors, la fermentation s’établit, la masse s'échauffe, des lmlles de gaz acide carbonique viennent crever à la surface, des débris montent au-dessus du liquide obtenu et forment une sorte de croûte, de chapeau. Bientôt la fermentation se ralentit, le chapeau s’affaisse et Pou soutire le liquide, qui est le Vin, pour l’enfermer dans des tonneaux. La masse solide de la cuve est ensuite comprimée au pressoir et fournit une nouvelle quantité de liquide. Lorsque le Vin est dans les tonneaux, il subit encore, dans les premiers temps, une fermentation sensible, puis cette fermentation diminue peu à peu, et un mélange très-complexe
auquel on a donné le nom de lie se dépose au fond du tonneau1.
Levin dépouillé de sa lie ne devient bien transparent, en général, qu’aprés avoir été collé , c’està-dire après avoir été agité avec une certaine quantité de blanc d’œuf ou de colle de poisson.
Le Yin rouge est produit par des Raisins noirs qu’on a laissés fermenter avec la pellicule. Le Yin blanc est produit par des Raisins blancs; il est aussi produit par des Raisins noirs, mais dans le cas seulement où il est soutiré aussitôt que le grain est écrasé, avant la fermentation, c’est-à-dire avant que la pellicule ait fourni sa matière colorante.
Si les Raisins sont très-riches en sucre, comme ceux des départements les plus méridionaux, ceux d’Espagne, d’Italie, etc., la fermentation ne transforme pas la totalité du sucre en autres produits, une partie reste en dissolution dans le liquide et fait donner au vin le nom de vin de liqueur , vin sucré.
Si le moût vineux est mis en bouteilles avant la fermentation complète, il développe une quantité d’acide carbonique qui, ne pouvant s’échapper, s’accumule dans la bouteille et transforme le vin
1 On a remarqué que le dépôt de lie ou tartre dure très-longtemps, qu’il est favorisé par le mouvement, par la chaleur, et l’on s’est appuyé sur ces données pour améliorer les vins de Bordeaux en les faisant voyager sur mer, jusqu’à ce qu’ils aient déposé la plus grande partie ou la totalité de leur lie.
en vin mousseux. Ajoutons que les fabricants de vin mousseux augmentent la quantité d’alcool et d’acide carbonique de chaque bouteille en y introduisant du sucre candi.
Le cidre est le jus fermenté de Pommes écrasées. Voici le procédé employé en Normandie pour l’obtenir : les Pommes cueillies à la (in de l’été ou au commencement de l’automne sont disposées en tas et y restent pendant un temps variable: elles sont ensuite pilées au moyen de meules ou de cylindres, puis soumises à la presse entre des lits de paille ou de crin. Le jus de la première pression constitue le (jros cidre , il n’est pas mélangé d’eau ; celui des autres forme le petit cidre et est ainsi nommé parce qu’il contient une certaine quantité d’eau qu’on avait ajoutée à la pulpe pressée déjà une fois.
Le liquide ainsi obtenu est placé dans de grands tonneaux et subit la fermentation alcoolique pendant deux à trois mois; on le laisse éclaircir avant de le livrer à la consommation.
Le Cidre doux est celui qui n’a pas fermenté.
Le Cidre sans aigreur bien caractérisée n’est laissé qu’un mois en fermentation ; il est soutiré ensuite de mois en mois.
Le Cidre aigre ou pure est du cidre resté longtemps en vidange, parce qu’il n’est pris au tonneau que selon les besoins de la consommation.
Le Cidre mousseux est du Cidre mis en bouteille après avoir fermenté un mois seulement.
Le Poire est le jus fermenté des Poires écrasées ; il se prépare avec le^ Poires par des procédés analogues à ceux qui servent à obtenir le cidre avec les Pommes.
La Bière est la boisson fermentée qui se fait ordinairement avec l'Orge et le Houblon. La fabrique de la Bière comprend plusieurs opérations : L’Orge est d’abord mouillée, puis étendue en couches minces sur un plancher et soumise à une température d’environ 15°; elle germe cl constitue le Malt.
Le Malt est placé sur une plate-forme percée de trous et soumise à une chaleur de 60 à 70° ; il s’établit un courant d’air chaud qui le dessèche et le transforme en Malt tour ail lé ou D récite.
La Brèche est réduite en farine, jetée dans de grandes cuves contenant de l’eau à 50, 60, 80" et y laisse ses principes solubles. Après quelque temps, le liquide est saturé, mêlé dans une proportion de un quart avec trois quarts de Houblon et chauffé dans de grandes chaudières. On obtient ainsi le Moût de bière.
Le liquide du Moût de bière est amené dans des cuves dites rafraîchissoirs , où il se refroidit jusqu’à 15° environ, puis il est porté dans une cuve dite à fermentation ou guilloire , dans laquelle on délaye de la levure de bière ; une nouvelle fermentation s’établit et devient très-forte.
Lorsque cette fermentation s’apaise, le liquide est soutiré et mis dans des tonneaux de petite capacité. Bientôt la fermentation reparaît, le liquide
soulève une grande quantité d’une écume épaisse qui s’échappe par la bonde et retombe dans des baquets placés sous les petits tonneaux. Cette écume lavée, réduite en pâte, constitue la levure de bière. Enfin toute agitation disparaît dans la masse, le liquide devient clair, il est soutiré et enfermé dans des tonneaux sous le ncmde bière. On colle ordinairement la bière avant de la livrer à la consommation.
On fait usage, dans un grand nombre de villages de la France, d’une liqueur nommée piquette, composée avec le fruit du Prunellier et de l’eau.
En Angleterre, on fait du vin de groseilles qui est composé avec le suc de groseilles rouges; du vin de Sureau, composé avec les fruits de Sureau ; du vin d’Oranges, composé avec le suc des Oranges ; du vin de Sycomore, composé avec la sève du Sycomore.
En Norwége, on consomme du vin de bouleau, obtenu avec la sève fermentée du bouleau.
En Russie, le Kwas a pour base le Seigle germé.
b Erable à sucre ou Jucawty fournit à l’Américain du Nord le vin d’Érable qui n’est autre que la sève de la plante. Pour obtenir cette sève, on fore dans le tronc de l’arbre (en février et mars) un trou de G'YlO à 0m,15 de profondeur, on y adapte un tuyau et la sève s’en écoule goutte à goutte dans un vase. Le liquide est soumis ensuite à la fermentation et peut être 1m un mois après.
Le suc fermenté de Canne à sucre est consommé aux Antilles sous les noms de Guarapo dulce , et de
Guarapo forte , selon qu’il est sucré ou fortement alcoolisé.
La sève fermentée de l’Agave d’Amérique est Lue au Mexique et au Pérou sous le nom de vin de Pulqne ou vin de Maguey.
Le Mais écrasé, fermenté, uni à Peau, constitue, dans les Cordillères, la boisson appelée Cliicha ; si le Maïs est cuit, fermenté et additionné de sucre, la boisson dont il est la base porte le nom de Masato.
Le Riz cuit et fermenté, uni à l’eau, forme, dans les mêmes pays, le liquide consommé sous le nom de Guaruzo.
Le Manioc râpé, uni aux Palates douces, forme la boisson appelée Cachinj , usitée chez les peuplades de la Guyane; le liquide obtenu par la fermentation de Patates et de Cassaves constitue leur Paya ou Payaouara.
Les Gousses d’Algarobe et les tiges du Schinus molle sont mâchées par des femmes des tribus sauvages de l’Amérique méridionale, puis unies à l’eau, fermentées, et servent de boisson.
La sève du Dattier est consommée sous le nom de Laubi aux environs de Tripoli.
La sève de plusieurs Palmiers sert de boisson dans quelques parties de la Chine sous le nom de C/n/, et dans l’indoustan sous le nom de Sinday.
Les graines de Sorgho fermentées constituent, en Chine, la boisson appelée Kao-lyany.
UTILITE UES PLANTES
Tout l’Orient boit, sons le nom de Hachisch, une décoction de Chanvre.
Les peuples de la Polynésie consomment, sous le nom de Ivava, les racines mâchées, exprimées cl fermentées du Macropiper melhysticum ou Poivre Kawa , etc., etc.
En Colombie, les habitants font des incisions au tronc du Galactodendron, ou arbre à la Vache, et il en découle un liquide doux comme du lait qui est consommé à l’instant même.
Le Sucre peut être produit par un très-grand nombre de végétaux; l’un de ceux qui en fournissent en plus grande abondance est la Canne à sucre. C’est une plante originaire de l’Asie centrale et méridionale, mais qui est cultivée aujourd’hui dans presque tous les pays chauds et qui réussit trèsbien dans nos colonies des Antilles et à la Réunion ; elle a pour rameaux des chaumes qui s’élèvent jusqu’à 4 mètres de hauteur. De chaque chaume on lait deux portions : l’une constituée par le sommet et qui est utilisée comme bouture, l’autre, la base, qui est plus riche en matière sucrée. Les bases des chaumes sont écrasées entre des cylindres qui tournent à la manière de laminoirs ; le liquide s’écoule dans une cuve ou réservoir et constitue le vesou ; les cannes vides deviennent la bayasse. Le Vesou est cuit jusqu’à consistance de sirop; pendant sa cuisson, on y ajoute de l’eau de chaux pour le clarifier; on l’écume continuellement, et ainsi
modifié, on le fait couler dans un vase où il se refroidit et cristallise en partie. La portion cristallisée constitue le sucre brut , la partie non cristallisée est la mélasse. Le sucre brut est ensuite purifié, modelé dans des moules coniques en argile, et transformé par des procédés ingénieux en un sucre blanc, solide, qui est le sucre raffiné.
La Betterave fournit aujourd’hui une grande quantité du sucre consommé en France, les procédés de fabrication, perfectionnés de jour en jour, permettront bientôt de faire donner par celte plante une forte proportion du sucre qu’elle renferme.
La sève de l’Érable à sucre, celle de beaucoup de Palmiers, les tiges de Maïs, de Kiz, de Sorghos, les fruits de Citrouille, les parties souterraines de la Patate, de la Carotte, du Navet, etc., etc., pourraient, avec de bons procédés de fabrication, fournir une assez forte proportion de sucre cristallisa ble.
Une infinité de fruits tels que les Raisins, les Figues, les Abricots, les Prunes, etc., se couvrent de petites efflorescences blanches, mamelonnées, qui constituent un véritable sucre, mais ce sucre diffère, à la vue, de celui de la Canne et de la Betterave, en ce qu’il ne cristallise pas; il a reçu le nom de glucose ou glgcose. Pendant le blocus continental, le sucre de Raisin remplaçait le sucre de Cannes (on ne faisait pas encore du sucre de Betteraves). Un décret en ordonnait l’emploi exclusif dans tous les établissements publics; il était ob-
UTILITE UES PLANTES
tenu en assez grande quantité pour être vendu, à Paris, au prix de 2 francs et quelques centimes le kilogramme.
Toutes les parties des végétaux qui contiennent du sucre peuvent, après fermentation, donner de l’alcool. L’Alcool qui s’obtient parla distillation du vin a été appelé esprit-de-vin; lorsque, après une nouvelle distdlation, il marque environ 75° à l'alcoomètre, il devient Y eau-de-vie double1-, si, distillé une troisième fois, il marque 85°, 1 , il est appelé trois-six. En distillant les liquides fermentés énoncés plus haut ou des fruits sucrés, on obtient un grand nombre de produits alcooliques.
Un fabrique dans toute l’Europe septentrionale de Y eau-de-vie de grains avec les fruits fermentés de céréales ou avec de la bière, et de l'eau-de-vie de Pommes de terre avec la pulpe de Pommes de terre.
L’Eau-de-vie de marc est obtenue au moyen de la distillation du marc de Raisin.
Le Genièvre est de l’eau-de-vie obtenue avec les fruits du Genévrier.
Le Goldwasser fabriqué en Prusse est obtenu avec les fruits du Genévrier 41m à des aromates.
Le Whiskei fabriqué en Ecosse, en Irlande, en Angleterre, est obtenu par la distillation d’Orgc, de Seigle, de Pommes de terre et de Prunelles.
Le Kirchenwasser est obtenu, dans quelques dé-
1 Le nom d’eau-de-vie a été, à l'origine, donné à l’alcool, parce qu’011 croyait que ce liquide ranimait la \ie chez les vieillards.
portements de l’Est, en Suisse, en Allemagne, au moyen de la distillation de Cerises écrasées et fermentées avec leur noyau.
Le Maraschino de /ara est obtenu par un procédé analogue ; il y enlre parfois des Prunes, des Pêches, etc.
Le Truster des bords du Rhin est obtenu par la distillation du marc de Raisin mêlé à des fruits de Graminées.
Le Slivovitza d’Autriche est le produit de la distillation de Prunes fermentées.
Le Rakia de la Dalmatie s’obtient en distillant du marc de Raisin uni à divers aromates.
Le Rhum des Antilles est produit par la distillation de la Mélasse et de l’écume du sirop de Cannes.
Le Tafia des Antilles et de la Guyane est fourni par la distillation du moût de la Canne à sucre.
VAgua ardiente des Mexicains s’obtient avec le vin de Pulque.
Le Watky du Kamtchatka est de l’eau-de-vie de riz.
Le Rack des Américains est de l’eau-de-vie obtenue par la distillation de la sève des Cacaoyers.
VAraki d’Égypte provient de la distillation de la sève de Dattiers, etc., etc.
A l’Exposition de 1868, la Martinique avait envoyé de l’Alcool de Cannes, de bagasses, de fécule de Manioc, de Pommes d’acajou, de Patates, de Papayes, d’Oranges amères, de jus de Cannes, de Coîossols, de Mangues, de Tamarins, de Figues-ba-
UTILITE UES PLANTES
nanes , de l'ommes-cannelles , de fruits de Cactus, etc.
L’Eau-de-vie aromatisée par certains produits végétaux constitue un grand nombre de boissons.
Le Curaçao est de l’eau-de-vie unie à des zestes d’Oranges amères et additionnée ou non d’un peu de Girofle et de Cannelle; il n’est pas rare d’introduire dans la liqueur de la teinture de bois de Fernambouc, qui la colore en rouge.
Le Cassis est de l’eau-de-vie à 20° unie à du sucre et aux fruits écrasés du Groseillier noir.
L’Absinthe suisse devrait toujours être un composé d’alcoolat d’ Absinthe ou Génepé, uni à de l’eau sucrée et à de l’eau de fleurs d’Oranger battue avec un blanc d’œuf, le tout coloré artificiellement en vert; mais il arrive trop souvent que la liqueur consommée sous le nom d’Absiuthene contient rien de cette dernière plante; c’est de l’alcool contenant en dissolution de l’essence d’Anis et coloré avec des Epinards.
Le Hitler des Hollandais est un mélange d’Orangette, de Gentiane, de Cannelle, de Roseau, d’Aunée et de Coriandre; le composé est réduit en poudre et macéré dans du Genièvre sucré.
L’Anisetle de Bordeaux est un composé de graines d’Anis étoilé avec une petite quantité de graines de Coriandre et de Fenouil ; le mélange est pilé, uni à de l’alcool et à de l’eau, puis distillé.
Le Vespétro se tait avec des graines d’Angélique
et de Coriandre, auxquelles on ajoute une pet i te quantité de graines d’Anis et de Fenouil, le (ont uni à de l’eau-de-vie et sucré, etc., etc.1.
Le Vinaigre est encore un produit végétal; il est le résultat d’une fermentation dite acétique, caractérisée par la présence d’un petit végétal, le Mycoderme du vinaigre. Toutes les substances qui contiennent de l’alcool peuvent donner naissance au Vinaigre.
La plupart des condiments, des épices, des stimulants, sont empruntés aux végétaux.
Le Poivre dont nous nous servons est le fruit réduit en poudre d’un arbuste des Indes nommé Poivrier noir ou Poivrier aromatique. Les petits fruits sont cueillis à leur maturité et. séchés au soleil ; leur surface devient noire, se ride; ils constituent le Poivre noir: si la surface est détachée par suite d’un séjour dans l’eau , ils deviennent le Poivre blanc.
La Muscade est la graine du Muscadier, arbre des Moluques cultivé aujourd'hui dans nos colonies de l’Inde, de la Cochinchine, à la Réunion, à la Guyane, à la Martinique, à la Guadeloupe. Cette graine est entourée par une production jaune ou arille qui a reçu le nom de Macis.
La Cannelle est l’écorce du Canncllier de Ceylan, arbre qui atteint 10 mètres de haut et qui est cul-
1 Préparations empruntées à l'Officine de Dorvoult.
livé dans nos colonies des Antilles, dans celles des Indes orientales, à la Réunion, etc.
Les Girofles sont les boutons de fleurs du Giroflier, arbrisseau des Moluques cultivé à la Guyane, à la Réunion, à la Martinique, à la Guadeloupe.
Les Câpres sont les boutons du Câprier épineux.
La Vanille est le fruit du Vanillier, dont il a été plusieurs fois question dans le cours de ce volume.
L’Anis étoilé est le fruit de la Badiane anisée, arbuste qu’on cultive en Chine, en Cochinchine, au Japon.
Les Piments sont fournis par plusieurs plantes. L’une d’elles, le Piment annuel ou Capsique annuel, peut croître dans tous nos jardins; son fruit rouge lui a fait donner le nom de Corail des jardins; on l'a appelé aussi Piment enragé, car ses graines ont une saveur excessivement brûlante. Mêlé aux aliments, ce condiment exerce une action très-vive sur l’estomac cl les intestins.
Le Piment des Anglais est le fruit du Mvrte-piment, qui est cultivé à la Jamaïque. Ce Piment atteint la grosseur d’un pois;, il a une odeur de cannelle et de girofle.
Le Piment royal est constitué par les fruits d’un petit arbuste, le Myrica gale, qui croit dans les terrains sablonneux.
Ce qu’on trouve dans le commerce sous le nom de Gingembre consiste en rondelles du rhizome de la plante appelée Gingembre officinal, cultivée aux Antilles.
Les Cardamomes sont des fruits de plantes qui croissent aux Indes orientales, dans l’Archipel indien, et qui ont quelque ressemblance avec Jes Balisiers. Les graines ont une saveur piquante et aromatique. Le Petit Cardamome de Malabar et le Cardamome long de Ceylan sont produits par des plantes appartenant au genre Elettarie.
Les graines de PAgalophylle aromatique de Madagascar sont connues sous le nom de Noix de Ravensara ; elles sont très-aromatiques.
Les feuilles du Laurier commun sont, à cause de leur odeur aromatique, mêlées aux ragoûts.
Le Thym, l’Estragon, l’Ail, etc., sont employés aussi pour aromatiser certains aliments.
11 est à remarquer que, dans toutes les contrées, l’Homme s’est ingénié à trouver dans les végétaux une substance qui lui procure une jouissance plus ou moins vive, soit en l’excitant, soit en lui donnant un repos délicieux et momentané.
En première ligne sont toutes les boissons alcooliques qui, absorbées dans une mesure variable pour chacun, peuvent amener la gaieté, la tristesse ou l’ivresse ignoble.
Le Café est tonique, excitant ; il stimule les fonctions intellectuelles et est devenu en Europe d’un usage tel, que les habitants en consomment annuellement plus de 300 millions de kilogrammes.
Le Thé, qui croit en Chine et au Japon, est un arbuste qui se rapproche assez de nos Camellias.
Les Chinois en détachent les feuilles, les placent dans des bassines au-dessus d’un fourneau, les remuent sans cesse, puis les étendent sur des claies.
Fig. 172. — Rameau de Thé.
les roulent, les vannent et les enferment avec soin dans des caisses pour l’exportation. Le Thé vert est dû à une dessiccation rapide; le Thé noir, à une dessiccation lente ; celui-ci est plus faible que ce-
lui-là. Les feuilles infusées du Thé constituent une boisson stimulante qui favorise la digestion, active la circulation et donne aux fonctions intellectuelles une nouvelle énergie.
Ce que le Thé est aux Européens, aux Chinois et aux Japonais, le Malte l est aux habitants du Brésil et du Paraguay. On désigne plus spécialement sous le nom de Matte une infusion faite avec 1rs feuilles et les sommités entières ou réduites en poudre du Houx du Paraguay; elle procure à ceux qui la consomment un bien-être analogue à celui que produit l’usage du Thé.
Cette infusion se pratique de deux manières : l’une consiste à déposer les feuilles ou la poudre dans une théière et à y jeter de l'eau bouillante comme si l’on faisait du thé ; l'autre, qui est en usage dans le sud du Hrésil et au Paraguay, consiste à jeter de l’eau bouillante dans une pelile calebasse où le Matte a ôté préalablement déposé avec du sucre. L’infusion, dans ce cas, est aspirée au moyen d’un roseau ou d’un tube en métal. Afin d’empêcher la poudre de parvenir à la bouche du buveur, le chalumeau est muni, à son extrémité inférieure, d’une boule percée de trous comme un crible, et nommée bombilla. Le Matte joue un grand rôle dans presque toute 1 Amérique méridionale; les membres de la famille se réunissent pour le boire; on l’offre au voyageur sympathique comme gage d’une cordiale hospitalité.
Les feuilles de Coca sont les feuilles d’un arbris-
seau qui croit au Pérou et qui a reçu le nom d'Erythroxyle du Pérou. Elles sont pour le Péruvien ce que le Café, le Thé, l’Eau-de-vie, sont à l’Européen. On les dispose en hottes et on les saupoudre de chaux vive ou de cendres provenant de l’Ansérine Quinoa; elles constituent dés lors un masticatoire estimé. Avec un peu de Coca dans la bouche, le Péruvien ne connaît plus la fatigue; il accomplit des marches forcées; il se livre aux rudes travaux des mines sans lassitude, sans soif, sans faim. Mais, lorsqu’à la feuille de Coca sont jointes des feuilles de Tabac et surtout les capsules de la Pomme épineuse rouge (la Tonga), l’excitation devient une ivresse dangereuse pendant laquelle l’imagination voit des fantômes étranges. Malheur à celui qui s’adonne souvent à cette ivresse! sa fin est prochaine.
La fausse Oronge ou Amanite mouchetée, qui est, ajuste litre, regardée chez nous comme l’un des Champignons les plus vénéneux, est, dit Langsdorf, très-recherchée par les chasseurs du Kamtchatka. Les habitants de quelques régions septentrionales de l’Asie coupent leChampignon en minces morceaux qu’ils font sécher, pour les manger plus tard, ou ils les mélangent avec le suc de l’Airelle fangeuse, ou encore ils les font infuser avec des feuilles d’Epilobeet préparent une boisson qui leur sert de vin. L’effet produit par leChampignon varie avec la dose prise et le tempérament de chacun ; celui-ci est triste, abattu, cet autre est loquace et
gai, un autre encore paraît avoir perdu toutes ses facultés intellectuelles, tandis que le voisin émet les idées les plus ingénieuses; le plus souvent, il survient une surexcitation étrange, une nouvelle énergie musculaire, et il n’est pas rare de voir les chasseurs s’élancer les uns sur les autres les armes à la main, inconscients du danger, loquaces, racontant leurs affaires personnelles, etc., jusqu’à ce qu’ils tombent brusquement, en proie à un lourd sommeil.
L'Opium est le suc épaissi du fruit du Pavot somnifère blanc. Pour l’obtenir, on incise circulairement les fruits ou têtes de Pavot un peu après la chute des pétales ; il en découle goutte à goutte un suc d’abord blanc qui se concrète sur les lèvres de la plaie. Le lendemain, le suc est récolté, pétri et façonné en masses qu’on entoure ordinairement de feuilles de Pavot. Selon la manière dont il est préparé, empaqueté, et les localités qui l’ont produit, l’Opium est dit deSmyrne, de Constantinople, d’Égypte, de Perse ou de l’Inde. L’Opium de ce dernier pays est expédié en totalité par les Anglais en Chine, où il est fumé. La pipe qui sert à cet usage a un tuyau de 0m,40 à 0m,50 de long et une tète creuse, qui contient un petit godet de métal percé d’un trou à sa partie inférieure. C’est ce godet qui reçoit les 0gr,10 à 0gr,15 d'Opium qu’on allume et qui constituent la charge de la pipe. Bien qu’un édit condamne à mort tout Chinois vendant ou fumant de l’opium, il ne manque
pas do fumoirs publics, salles basses, d’aspect repoussant, où 1rs hommes de la classe pauvre viennent s’engouffrer.
« Qu’on se figure (à Pékin) une salle sombre, noire et humide, ordinairement située au rez-dechaussée, avec les volets et les portes hermétiquement fermés, ne recevant d’autre lumière que celle des petites lampes à opium ; le long des murs, noircis comme ceux d’une taverne du dernier ordre, sont suspendues quelques sentences de Confucius.
« Des lits de camp, recouverts de nattes et portant des rouleaux de paille, servent à recevoir les fumeurs, qui ont besoin de la position horizontale pour se livrer à l’aise à leur funeste plaisir.
« En entrant, on est presque suffoqué par la fumée acre et irritante de l’Opium. Dans les boutiques que j’ai visitées, il y avait ordinairement de quinze à vingt fumeurs couchés sur un lit de camp, la tète appuyée sur un rouleau de paille, leur pipe à opium à la bouche, ayant à la portée de leurs mains une tasse de thé; les uns paraissaient étrangers aux choses du monde; leurs yeux étaient ternes, leur regard atone; les autres, au contraire, étaient d’une loquacité extraordinaire, et semblaient sous l'influence d’une stimulation extrême.
« Le fumeur d’Opium a, en général, la figure d’une pâleur mate et maladive ; ses yeux sont caves, entourés d’un cercle bleuâtre; la pupille est dilatée, le regard a une expression particulière d’i-
diotie hilarante, si je puis m’exprimer ainsi, quelque chose de vague et de gai à la fois, tout à fait indéfinissable ; la parole est embarrassée, souvent tremblotante. Ordinairement le fumeur est silencieux; quand il est sous l’excitation de sa pipe, il devient loquace, sa figure s’anime, ses yeux prennent de l’éclat et de la vivacité ; mais cette transformation n’est que passagère et ne tarde pas à faire place à l’expression d’idiotie habituelle. La figure est maigre ainsi que le corps, les membres sont grêles et sans vigueur, la marche est lente , les mouvements incertains, la tête ordinairement baissée, la démarche ressemble à celle des hommes ivres; souvent elle s’accompagne de claudication qui indique un commencement de paralysie des membres inférieurs.
« La passion de l’Opium est cent fois plus irrésistible que la passion des alcooliques. Une fois qu’on est engagé dans cette voie, il n'y a plus de salut, car la volonté, la résistance morale sont bientôt complètement énervées; l’idiotisme survient peu à peu : voilà pour le moral ; quant au physique, l’Opium fumé détermine une constante anorexie, d’où un dépérissement général, lent et inévitable. Il n'y a pas de mort plus effroyable que celle d’un fumeur d’Opium. » (Liberman.)
Les gens de la classe élevée sont, autant que ceux de la classe pauvre, adonnés à l’Opium ; ils recherchent cette excitation nerveuse pendant laquelle ils se livrent avec frénésie au jeu et à tous les excès ; puis,
sans souci d’un réveil terrible, ils s’adonnent au sommeil voluptueux qui suit l’accès et qui leur apporte les songes les plus bizarres.
Le Chanvre indien, qui croit sans culture dans l’Asie méridionale, est en usage dans tout l’Orient sous le nom de hachisch ou hashish. Dans quelques contrées, on ne désigne par ce mot que les sommités fleuries de la plante.
Ces sommités sont fumées par les Arabes sous le nom de Kif.
Les feuilles les plus larges et les fruits sont fumés aux Indes Orientales sous le nom d ebhang. La résine récoltée sur la plante, unie à des débris de feuilles est la base d’une boisson appelée churrus ou cherris , usitée dans les mêmes contrées. Les tiges et les feuilles prises avant la récolte de la résine constituent le yunjah fumé en pipes ou en cigares.
Au Caire, on consomme, sous le nom d eChatsraky, une infusion faite avec de l’alcool et l’écorce du Chanvre détachée avant la floraison.
Les inflorescences torréfiées légèrement et unies au miel constituent l’ Esrar des Turcs et le Madjoun des Arabes.
L 'Extrait <jr as, qui s’obtient en faisant bouillir le hachisch avec du beurre frais et évaporant jusqu’à consistance sirupeuse, est uni à des pâtes et mangé par les Arabes sous le nom de dawanesc. L’odeur cl le goût désagréables de l’électuaire sont masqués par de l’essence de rose ou de jasmin et par une
addition de Cannelle, de Gingembre ou de Girolle, peut-être même par des Cantharides, toutes substances qui ont aussi pour but d’augmenter les propriétés excitantes de l’extrait.
Les récits de tous les voyageurs qui ont parcouru l’Orient sont d’accord lorsqu’ils traitent des effets du hachisch, effets variables selon la dose consommée et selon le tempérament de chacun. C’est sur l’intelligence que le hachisch a une action des plus surprenantes. « On remarque, dit-on, un état de bien-être, de béatitude. C’est un sentiment de bien-être physique et moral, de contentement, de joie intime, indéfinissable, que l’on ne peut analyser, dont on ne peut saisir la cause et qu’il est impossible d’exprimer. Mentionnons celte tendance très-marquée à exagérer toutes les impressions physiques ou intellectuelles. Mais un des phénomènes les plus curieux est celle excitation de l’intelligence, cette dissociation des idées ; nous perdons petit cà petit le pouvoir de diriger nos pensées à notre guise, il nous devient impossible de les coordonner entre elles, elles se pressent en foule dans notre cerveau, elles s'y accumulent, elles tourbillonnent, elles deviennent de plus en plus nombreuses, plus vives, plus saisissantes ; elles s’accouplent de la façon la plus bizarre, la plus fantasque. Parfois la volonté reprend le dessus et vous avez un moment lucide ; mais cet intervalle de lucidité ne dure pas, et il en résulte une succession non interrompue d’idées fausses et d’idées
vraies, de rêves et de réalités. Par un mot, par un geste, nos pensées peuvent être dirigées successivement sur une foule de sujets différents avec une extrême rapidité, et malgré cela avec une grande lucidité. Selon Lallemand, la propriété la plus constante et la plus remarquable du hachisch est d’exalter les idées dominantes de celui qui en a pris, de lui faire voir d’une manière claire ses plans les plus compliqués se débrouiller sans difficulté, ses projets les plus chers se réaliser sans obstacle; de lui procurer l’intuition précise de ce qu’il recherche ; enfin de lui faire savourer par la pensée la possession anticipée e! sans mélange de tout ce qui est suivant ses goûts, ses vœux, ses passions habituelles, ou plutôt suivant ses désirs et la direction de ses pensées au moment où le hachisch agit sur lui.
« Quant aux illusions et aux hallucinations, elles sont très-nombreuses et très-variées ; le hachisché a des hallucinations de la vue, de l’ouïe, du goût, du loucher, de l’odorat, bisons, cependant, que les deux premières paraissent un peu plus fréquentes que les autres.
« L’action du hachisch sur l’organisme vivant, selon M. de Luca, varie suivant le tempérament et la sensibilité des individus : les femmes et les enfants sont très-sensibles à cette action; l’homme et les adultes, à doses égales, la ressentent moins. Tout le monde est d’accord pour attribuer aux personnes qui sont sous l’influence du hachisch la fa-
culté de voir les objets plus loin qu’ils ne le sont, de sentir la voix faible et comme venant de loin, de se croire soulevées du sol, de dédaigner les choses qui les environnent, de se complaire de ses propres faits, de se rappeler les choses oubliées, d’avoir les idées claires et netlcs, de prendre une attitude de dignité et de supériorité, et d’éprouver un contentement tout particulier.
« Tous les auteurs sont d’accord sur ce point, que l’usage longtemps continué du hachisch abrutit l'espèce humaine, et peut conduire à l’idiotisme et à la folie, ainsi que le prouvent bon nombre de cas observés chez les Orientaux. Cette plante semble avoir une action particulière sur le foie : tous les mangeurs de hachisch ont une teinte ictérique trèsremarquable ; les yeux deviennent fixes, perdent leur expression; la physionomie est hébétée. » (Bouchardat.)
Les peuples de l’Asie équatoriale ont continuellement dans la bouche une bouillie qui est formée par la noix d’Arec concassée unie à de la chaux vive et à des feuilles de Poivre-Bétel. La noix d’Arec est la graine d’un beau Palmier originaire des îles Philippines et de la Sonde, mais qui a été propagé-dans les Indes Orientales. A la longue, le masticatoire teint les dents en rouge et les lèvres en brun. Il s’échange à la rencontre de deux amis et est regardé comme un témoignage de respect ou d’affection.
Les Arabes de l’Asie occidentale cultivent avec soin l’arbuste à Kat (Celastre comestible) ; ils en
font bouillir les jeunes feuilles des bourgeons, et l’infusion a la propriété de leur donner une excitation qui fait fuir le sommeil ou livre à leur imagination enchantée d’agréables pensées.
L’Européen, lui aussi, a voulu puiser des jouissances dans l’usage d’une plante qu’il a fait venir de l’Amérique méridionale et qu’il a cultivée partout où il a pu. Le tabac fut, dit-on, introduit en France sons le règne de Charles IX, par Xicot, ambassadeur de France à Lisbonne, qui en rapporta à Catherine de Médicis. Les Européens n’ont fait qu’imiter les sauvages de l’Amérique, en fumant et en mastiquant ou chiquant le tabac; ils ont inventé de le prendre en poudre par le nez. Ce n’est qu’après avoir subi de longues préparations que le tabac est livré à la consommation, préparations qui, à Manille, durent trois ans. Les feuilles qui constitueront le tabac destiné à être fumé en cigarettes ou dans des pipes sont desséchées, puis longtemps emmagasinées, arrosées de vinaigre, d’eau salée, soumises à la fermentation, etc., etc., puis hachées en petites lanières et séchées sur des plaques de métal, à la vapeur. Le tabac à priser est soumis à une nouvelle fermentation, desséché, puis broyé, tamisé, mis en masse. Ce n’est qu’après un certain temps qu'il prend une teinte noire et une odeur caractéristique. Les feuilles destinées à former des cigares subissent moins de manipulations que les autres; aussi conservent-elles de la nicotine en plus forte proportion.
Le fumeur habitué éprouve clans l’usage du Tabac un sentiment agréable de vague difficile à décrire et qu’il recherche comme un besoin. Mais les effets ne sont pas constamment les mêmes chez le môme individu, ni chez des individus différents. Tel qui, ordinairement, savoure avec délices la fumée de Tabac, peut, à certains moments, s’en trouver incommodé; tel autre, à la plus petite aspiration, est atteint de maux de télé, de nausées, de vomissements; tel autre encore, qui a fumé des années sans inconvénients apparents, s’aperçoit que son intelligence s’engourdit, que son énergie disparaît, qu’il ne sait plue vouloir, que sa mémoire se perd ; ses manières deviennent brusques, sa vue se trouble, il lui semble que des nuages, des mouches, passent devant ses yeux, puis surviennent des étouffements momentanés, des spasmes bronchiques, des névralgies intestinales, etc. Il n’est pas de médecin qui n’ait été appelé à constater ces phénomènes, qui surviennent chez les hommes sédentaires ou de cabinet, plutôt que chez ceux qui ont de rudes occupations manuelles, chez les grands fumeurs de cigares plutôt que chez ceux qui fument la pipe.
Toutes ces plantes, Café, Thé, Houx du Paraguay, Erythroxyle du Pérou, Amanite mouchetée, Pavot somnifère, Chanvre indien, Tabac, et beaucoup d’autres qui sont d’un usage analogue, mais que le peu d’espace m’empêche de mentionner, doivent
leur action spéciale à la présence de corps particuliers (pie les chimistes sont parvenus à isoler et à connaître.
11 en est quelques-unes chez lesquelles on trouve un principe si actif, qu’elles agissent presque toujours immédiatement comme poisons.
Chaque année, on a à déplorer la mort de personnes empoisonnées par les Champignons.
Le Sumac vénéneux, plus connu sous le nom d’Ilerbeà la gale ou à la puce, produit un suc blanc qui est un poison violent ; une feuille frottée sur le dos de la main fait naître immédiatement des ampoules; le suc introduit dans le sang empoisonne à la manière des stupéfiants.
L’Œnanlhe safranée, qui se plaît dans les prairies humides ou au bord des fossés, possède un suc blanc, âcre, vénéneux, dont la terrible propriété s’étend à toutes les parties de la plante: aussi, quand il est arrivé que, par suite de la ressemblance de cette plante avec des Ombellifères comestibles, on en a mangé les racines, les feuilles ou les fruits, le tube digestif s’est enflammé et les victimes ont présenté tous les symptômes d’un empoisonnement violent.
L'Ipo vénéneux ou Antiar, grand arbre qui croit à Java, fournit, au moyen d’entailles faites à son tronc, un suc visqueux, blanc ou jaunâtre, qui est la base d'un pcison, YUpas antiar , dont les Indiens se servent pour empoisonner leurs flèches.
Le Vomiquier ticuté, grande liane océanienne,
contient dans son écorce un poison terrible, VUpas tient é, qui s’extrait par décoction et dont les Javanais se servent pour rendre mortelles les blessures faites par leurs javelots.
C’est, dit-on, l'extrait aqueux du Vomiquier vénéneux de la Guyane et des pays environnants qui est la base du Curare ou Ourary. Ce poison, qui tue avec une incroyable promptitude lorsqu’il entre dans une plaie, est manié avec grande habileté par les Indiens de l’Amérique méridionale; il conserve si longtemps ses propriétés toxiques, que des flèches empoisonnées depuis plus de vingt ans avec du Curare, et gardées au Collège de France, ont fait mourir instantanément des Lapins, des Chiens piqués légèrement.
Plusieurs autres Vomiquiers et le Cocculus toxifère de l’Amérique passent aussi pour fournir du Curare.
Le Mancenillier vénéneux, qui croit aux Antilles, le Sablier élastique, du Mexique, fournissent aussi un suc vénéneux, etc. Chacun de ces poisons agit à sa manière sur l’économie ; l’Upas antiar porte sur le cerveau et la moelle épinière ; l’Upas tieuté n’agit pas sur le cerveau, c’est un violent excitant de la moelle épinière; le Curare n’agit que sur le système nerveux moteur, etc.
Combien de plantes seraient des poisons violents si l’usage n’en était modéré ou habilement dirigé! Chacune ayant son action spéciale sur nos organes,
on a mis à profil leurs propriétés pour les faire servir dans les cas de maladie.
« Les propriétés hypnotiques de l’Opium l’ont fait conseiller dans l’insomnie, et c’est en effet le plus sur moyen de procurer le sommeil... La douleur est ordinairement soulagée par l’Opium, quelle qu’en soit d’ailleurs la cause, non que le mal luimême soit toujours calmé, mais bien parce que le cerveau devient inapte à recevoir la sensation douloureuse. Appliqué localement, il engourdit la sensibilité du nerf de la partie; ici l’action est toute directe. » (Bouchardat.)
La Belladone, la Jusquiame noire, la Pomme épineuse, empoisonnent à haute dose, mais prises modérément, elles déterminent quelques vertiges, relâchent les muscles, dilatent la pupille, accélèrent le pouls, etc. Aussi ces plantes entrent dans des préparations qui ont pour but de combattre les contractions spasmodiques de muscles ou d’organes musculeux, dans celles qui doivent faire dilater la pupille, etc.
La Fève de Saint-Ignace, la Noix vomique, deux graines fournies par des Yomiquiers ou Strychnos, sont des poisons violents, ce qu’elles doivent à la grande quantité de strychnine qu’elles contiennent. Or la strychnine agit d’une manière spéciale sur la moelle épinière; entre autres effets, elle détermine des contractions spasmodiques, brusques, parfois d’une grande violence, suivies d’immobilité ; on la donne avec des précautions infinies dans les para-
lysies qui sont sous la dépendance de la moelle épinière.
La Digitale pourprée contient un principe, la digitaline, qui, même à petite dose, constitue un poison. L’un de ses effets est de ralentir subitement et considérablement les mouvements du cœur; on a employé la Digitale dans certaines affections de cet organe et dans un grand nombre de maladies où prédominent la chaleur et la fréquence du pouls.
En expérimentant beaucoup, en raisonnant sagement, on a pu trouver un grand nombre de plantes dont l’action tempérante ou excitante a pu modifier assez considérablement telle ou telle partie de l’organisme malade pour le ramener à l’état de santé.
On sait très-bien que les Quinquinas doivent à la quinine contenue dans leur écorce d’être employés avec succès dans le traitement des fièvres intermittentes.
Le Cochléaria et le Cresson de fontaine sont d’excellents antiscorbuliques.
L’Absinthe excite l’appétit, rend la digestion plus facile; on la donne en poudre, en tisane, en sirop, aux malades atteints de dyspepsie.
Le Camphre est un produit volatil fourni par le Cannellier-Camphrier ( Laurier-Camphrier), arbre de l’Asie centrale et du Japon, et par le Camphrier de Bornéo. On l’obtient à l’état brut en chauffant modérément les branches et les différentes parties du végétal au-dessous de chapiteaux garnis intérieurement de paille de riz, le camphre s’évapore et
UTILITE DK S PLANTES.
sc sublime dans la paille. On le raffine plus tard en le faisant chauffer dans des matras placés dans un bain de sable ; le camphre s’évapore de nouveau et vient se fixer sur la partie supérieure du malras, formant une masse qu’on enlève en cassant le vase. Le camphre empoisonne à haute dose, en manifestant une action sédative intense; on l’emploie à doses modérées au début de certaines inflammations, contre des ulcères, certaines éruptions de la peau, etc.
L’Assa-fœtida, qui découle par incisions de la Férule Assa-fœtida delà Perse; le Sagapénum, qui s'obtient de meme de la Férule persique, la gomme ammoniaque, qui est fournie par la Dorème aromatique d’Arménie, sont des gommes-résines qui agissent sur le système nerveux et sur l’appareil digestif. Aussi, on les emploie contre les maladies nerveuses des organes respiratoires et contre l’atonie du tube digestif.
L’ipécacuanha le plus usité est une racine de la Céphélide Ipécacuardia, petite plante du Brésil; il contient un principe, l’éméline, qui en fait un vomitif énergique; mais il renferme aussi d’autres substances, et il agit comme émétique, comme tonique ou comme irritant, selon la dose ingérée.
Le Baume de Tolu se retire par incisions du tronc du Myrosperme baumier, arbre du Pérou. C’est un stimulant de la muqueuse des bronches ; aussi remploie-t-on dans les catarrhes chroniques, à la lin des bronchites, etc.
Le Jalap est la racine d’un Liseron du Mexique qui a reçu le nom d’Exogone officinal. Son action excitante sur la muqueuse intestinale le fait employer comme purgatif.
Il est des substances qui, introduites dans le corps de l’homme, semblent ne pas avoir d’action prononcée sur l’économie, mais qui agissent sur certains vers vivant en parasites dans notre intestin; ces substances sont des vermifuges.
Parmi les vermifuges, les uns sont dirigés plus particulièrement contre tel ou tel animal; ainsi le Cousso, qui consiste en fleurs ou inflorescences du Coussotier ( Brayeria anthelminthica) , arbre d’Abyssinie, lue à coup sur ce grand ver rubanné connu sous le nom de Ténia ou Ver solitaire; l’écorce de Musenna, fournie par un petit arbre d’Abyssinie, l’Albizzie antlielminthique, fait mieux encore que le Cousso, puisqu’elle permet au corps du ver mort d’être désorganisé et qu’elle agit d’une manière moins désagréable pour le malade; l’écorce de la racine de Grenadier est aussi un ténifuge estimé; le Scmen-contra , qui consiste en inflorescences d’Armoises du Levant, de Barbarie ou indigènes, doit à la santonine qu’il contient la propriétéde détruire, non le Ténia, mais certains vers intestinaux cylindriques, tels que les Ascarides ; l’Absinthe produit les mêmes effets, etc.
Les exemples qui précèdent, empruntés à la liste des médicaments les plus usités, montrent quel secours etficace la thérapeutique peut trouver dans
les plantes; mais si l’on songe qu’il n’est pas un végétal qui ne soit doué de quelque propriété nutritive ou médicamenteuse, si l’on reconnaît qu’un médecin instruit peut, à son gré, augmenter ou diminuer l’action d’un médicament, selon l’action qu’il veut produire; qu’il peut, avec un môme médicament à plusieurs propriélés, faire agir celles-ci et neutraliser celles-là ; qu’il peut, dans T intérieur du corps, donner naissance à tel ou tel composé dont l’action est prévue, on comprendra à quel degré de perfection peut arriver la médecine et les services qu’elle peut rendre au début des maladies.
Envisageons d’autres produits des plantes.
Les vêtements les plus indispensables nous sont fournis par les végétaux. Le Lin, le Chanvre, possèdent dans leur écorce de longues libres qui, lissées, constituent la toile. Pour détacher les libres de la plante, on assujettit, au fond de ruisseaux ou de petites rivières à eau peu courante, des paquets de la plante arrachée; c'est ce qu’on appelle soumettre au rouissage ; il s’établit une fermentation qui a pour but de rendre indépendantes les libres de l’écorce, en désagrégeant le tissu ou la matière qui les réunit. Lorsqu’on juge le rouissage accompli, on retire les paquets, on les fait sécher, on les brise en plusieurs endroits, puis on les passe dans un instrument appelé, selon les pays, espadon ou tillotoire ; cet instrument détache les parties inutiles, et il reste les libres isolées, qu’on fait passer entre les
dents de fer d’un autre instrument appelé serait . On obtient ainsi la filasse qui, filée au rouet ou à la mécanique, constitue le fil , et ce fil tissé devient de la toile. C’est avec le grand Lin à tiges grêles que se fabriquent les belles dentelles et la batiste la plus fine; le Chanvre n’entre que dans la confection de toiles plus ou moins grossières qui, à défaut de finesse, présentent une force de résistance considérable.
Le Coton est produit, nous l’avons dit plus haut, par les poils qui naissent à la surface de la graine du Cotonnier. On cultive plus spécialement deux Cotonniers : l’un herbacé, qui atteint au maximum 2 mètres de haut, l'autre arborescent, qui peut s’élever jusqu’à 6 à 7 mètres; ils sont originaires d’Amérique, mais ils ont été propagés dans la plupart des pays chauds. 11 est peu de substances végétales qui jouent dans le monde un aussi grand rôle que le Coton ; sa récolte, son apprêtage, son tissage, sa teinture, son exportation, sa vente, etc., occupent des millions d’hommes : des agriculteurs, des manœuvres, des tisseurs, des chimistes, des teinturiers, des mécaniciens, des ingénieurs, des marins, des manufacturiers, des commerçants. C’est par la production, l’échange, le commerce de semblables produits, bien plus que par la possession de mines d'or, que les nations acquièrent une véritable richesse. L’histoire des temps modernes nous a montré les tristes résultats de la conquête des trésors du Nouveau-Monde par quelques nations
UTILITÉ I»LS PLANTES
européennes. Aujourd'hui même, ces nations ne sont pas encore sorties de la léthargie où les a placées la possession immédiate de l’or; l’histoire nous montre aussi ce que peuvent le commerce et l’industrie bien entendus ; ils produisent l’activité, multiplient les relations, appellent à leur secours les sciences et les arts, favorisent le développement intellectuel, amènent le bien-être moral et font la fortune publique.
Pour se faire une idée du nombre prodigieux des végétaux qui fournissent des matières textiles, il faudrait pouvoir se rappeler la quantité de produits qui composaient la classe XL1II à l’Exposition universelle de 1807. Examinons-en quelques-uns.
Le Bananier textile, ou Chanvre de Manille, contientdans ses feuilles de longs filaments qui mesurent jusqu’à 4 mètres de longueur et qui présentent une forte résistance; ils sont employés sous le nom (VAvuca àManille, à la Martinique, à la Guadeloupe, etc., pour faire de belles toiles.
L’Agave fét ide, qu’on rencontre en grande abondance dans les Indes orientales, aux Antilles, à la Réunion, et qui sert dans certains endroits à faire des haies de défense, fournit, au moyen de ses feuilles, des fibres très-fortes. On les emploie sous le nom de Pitte , pour faire des toiles grossières, des cordages; et comme ces cordages ont la propriété de llotter sur l’eau, on les préfère pour la pêche de la baleine.
Aux Indes orientales et dans plusieurs pays tro-
picaux, les fibres des feuilles de l’Ananas servent à faire des étoffes de luxe, des bourses, des sacs, des hamacs, etc.
Aux Antilles, les fibres des feuilles du Bromelia Karatas, plante très commune, sont employées pour faire des cordages, des hamacs.
Le Lin de la Nouvelle-Zélande ( Phormium tenax ), qui est aujourd’hui cultivé dans toules nos colonies, contient, dans ses feuilles, des fibres qui servent à faire des loiles, des cordages, des corbeilles, etc.
L’Ortie de Chine, ou China-grass, originaire de Chine, mais qui se rencontre en Coehinchine, aux Antilles, etc., contient dans sa tige des fibres avec lesquelles on fabrique de belles étoffes en Chine, au Japon, en Coehinchine, aux Philippines, etc.
L’Asclepias ou Calolrope géant, des Indes orientales, possède des graines munies d’aigrettes. C'est avec les poils de ces aigrettes que les Indiens font des étoffes légères, des fleurs artificielles, etc.
Un grand nombre de représentants des familles vé" gêlales appelées Malvacées, Tiliacées, etc., fournissent des fibres textiles ; les fibres de l’écorce du Corchorus olitorius , connues sous le nom de Jute, sont l’objet d’un immense commerce dans les Indes orientales ; elles servent à faire des toiles pour vêtements, pour voiles, des sacs, des cordes, etc. Tout le monde sait que nos cordes à puits sont faites avec les fibres de l’écorce du Tilleul. Le Triumfeltalappula ou Maliotcousin, très-commun dans toutes nos colonies, contient dans son écorce des fibres d’une grande ré-
sistancequi servent à faire des filets, des cordages. Plusieurs Hibiscus désignés dansl’lndesous le nom de Gambos donnent de la même manière des fibres q ni sont, pour les Indiens, ce que le Chanvre est pour nous.
Les Palmiers fournissent en abondance des matières textiles ; le Dattier sans tige, le Dattier sylvestre, le Palmier noir, divers Sagouiers, le Caryota brûlant, etc., etc., ont, dans les nervures de leurs feuilles, des fibres utilisées pour la fabrication de tissus, de chapeaux, de nattes, de paniers; l’Areng à sucre contient, dans la gaine des feuilles, des fibres très-lisses, très-fortes, connues sous le nom de crin végétal, qui ont l’usage du crin de cheval; les fibres des pétioles de Leopoldina piaçaba sont fortes, rudes, groupées, et servent à faire ces balais à macadam que nous voyons dans les mains des balayeurs publics.
Les feuilles de Pins, de Sapins, sont utilisées depuis quelques années pour faire des couvertures recommandées dans les hôpitaux à cause de l’odeur salutaire qu elles répandent.
Les nervures des feuilles de la Carludovica palmée sont employées dans la confection des chapeaux dits de Panama.
Toutes les matières textiles qui viennent d'être énumérées, et bien d’autres encore, peuvent être employées pour la fabrication du papier. Dans l'antiquité, le papier dont on se servait pour recevoir
l’écriture était fourni par une plante de marais, le Soucliet Papyrus, qui croît naturellement en Égypte, dans le sud de l’Italie, en Sicile, etc. On prenait la base de la plante que le séjour dans l’eau avait blanchie, on la partagait en lamelles que l’on étirait, battait, pressait, séchait; on polissait ensuite avec la pierre-ponce et l’on imbibait les lamelles d’huile de cèdre pour les préserver des ravages des insecte5.
Aujourd’hui, en Europe, le papier se fait avec des chiffons de Lin, de Chanvre, de Coton. Celui qui a pour base le Lin et le Chanvre est plus résistant ; celui qui est fait avec du Coton est mou, mais il est plus blanc et plus apte à recevoir les empreintes. A la Guadeloupe, on utilise pour la fabrication du papier les fibres qui entourent la graine du Concombre operculé ou Torchon ; aux Indes orientales, on emploie les fibres des feuilles du Bambou ; à la Guyane, on se sert du Caladium géant, plus connu sous le nom deMoucoumoucou, les libres des feuilles donnent un papier opaque qui sera un jour très-recherché; les Vaquois produisent des fibres végétales avec lesquelles on fait un excellente pâte à papier; c’est avec les feuilles d’un Palmier, le Coryplie Taillera que se font les livres tamouls; le Mûrier à papier fournit la plus grande partie du papier dont se servent les Chinois et les Japonais ; le papier de riz, si soyeux et si mince, est fourni par la moelle de l’Aralia porte-papier.
Et s’il nous plaît de teindre les étoiles de nosvè-
tements, nous pouvons de nouveau nous adresser aux plantes.
La couleur violette sera donnée par le suc du Bananier Féhi.
L’indigo et les bleus nous seront fournis par les feuilles de l’Indigotier à teinture, plante qui croit dans plusieurs contrées de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique; par les feuilles du Polygonum tinctorial, plante originaire de Chine, mais qu’on cultive dans le midi de la France; par les feuilles du Pastel, plante crucifère qui croit spontanément dans plusieurs de nos départements l.
Le vert de vessie nous sera donné par les baies mûres du Nerprun purgatif, plante commune dans les bois, les baies, les lieux incultes.
Les jaunes de toutes nuances seront obtenus avec l’écorce du Chêne Quercitron, qui est envoyée de New-York, de Philadelphie ou de Baltimore; ils seront obtenus aussi par le bois de Mûrier des teinturiers, qu’on appelle ordinairement Bois jaune, et qui se trouve dans le commerce sous les noms de Bois de Cuba, Bois de Tampico ; par le bois de Fustct ou bois jaune de Hongrie donné parle Rhus cotinus des Antilles; par les fruits non mûrs de plu-
1 Avant la teinture en bleu par l’indigo, le Pastel était, en France, l’objet d’un grand commerce ; il était particulièrement cultivé aux environs de Tonlouse et livré au commerce sous forme de pelotes ovales ou coques appelées cocaignes. Le pays devait à son industrie le nom de pays de Coca igné on Cocagne, et comme cette industrie le rendit très-prospère, sa dénomination lut ensuite consacrée pour désigner un riche pays.
sieurs Nerpruns, plus connus sous les noms de Graines d’Avignon, Graines d’Espagne, etc.; parles feuilles de la Gaude ou Réséda jaunâtre, herbe qui croît dans nos terrains incultes ; par les stigmates du Safran, plante bulbifère cultivée dans plusieurs parties de la France; par les rhizomes du Curcuma, qui sont très-riches en couleur jaune orangé .
Les différents rouges pourront être donnés par les racines de la Garance, plante cultivée en Hollande et dans plusieurs parties de la France ; par le bois de Campêcbe, qui est fourni par un grand arbre ( Hemat oxyton Campechianum), originaire de la baie de Campêche, mais qu’on trouve dans une grande partie de l’Amérique du Sud et aux Antilles; par les bois de Brésil produits par plusieurs Cæsalpinia et qui sont connus dans le commerce sous les noms de bois de Fernambouc, de Sainte- Marthe, de Nicaragua, bois de Safran, etc., etc; ces bois peuvent produire les teintes rose, rouge, amarante et cramoisie; par le bois de Santal rouge, grand arbre des Indes orientales ; par les fleurs du Carthame des teint uriers, plante qui ressemble un peu aux Chardons et qui nous est expédiée d’Égypte, de l'Inde et de l’Espagne; c’est la matière colorante de cette plante qui entre dans la préparation du fard appelé rouge végétal ; par le Rocou ou Roucou, matière qui entoure les graines du Roucouyer, grand arbre de la Guyane ; par l’Orseille des teinturiers, etc., etc.
UTILITÉ DES I'LAMES. 561
Le brou de noix donne aux étoffes la couleur dite racine.
Les glands et la cupule du Chêne Yelani, de l'Asie Mineure, sont employés sous le nom d’avelanides pour la teinture en noir.
Les Noix de galles, productions du Chêne déterminées par la piqûre d’un Cynipset par la présence de son œuf, servent aussi à teindre en noir ; elles sont la base de l’encre noire.
C'est de la Houille que s’extraient aujourd’hui les matières colorantes les plus diverses et les plus belles.
A-t-on besoin de vêtements et de chaussures imperméables, de vases légers et solides, de cordons élastiques, de tubes conducteurs de gaz et de liquides, de vernis préservatifs, etc., etc., c’est un produit végétal, le caoutchouc, qui répondra à une foule de besoins. Cette substance fut d’abord connue sous le nom de gomme élastique, et son usage était très-restreint ; mais chaque jour amène de nouvelles applications. Les principales plantes qui fournissent le caoutchouc sont la Siphonic élastique de la Guyane, le Castilloa élastique du Mexique, le Cecropia pelté de la Jamaïque, le Figuier élastique des Indes orientales, etc. Pour l'obtenir, on donne un coup de pic dans le tronc de l’arbre, le suc s’écoule par l'ouverture et est reçu dans un vase approprié.
La Gutta-percha , qui joue déjà un grand rôle dans 1 industrie, les sciences et les arts, est fournie
par le tronc de Ylsonandra cjulta , plante des Indes orientales et de la Malaisie.
De quelque côté que se dirigent les regards, on aperçoit des applications de produits végétaux.
Ici, ce sont les huiles employées dans notre médication, notre alimentation, dans les arts ou dans l’industrie ; là ce sont des substances tannantes, ou des essences, des parfums, des bois pour les char pentes, les constructions, les meubles, etc.
Les huiles de Crolon et de Ricin sont des purgatifs; l’huile d’Œillette sert dans l’alimentation, l’éclairage et dans la peinture, pour délayer les couleurs blanches ; l’huile de Chènevis est employée dans la peinture et dans la fabrication du savon vert ; l’huile de Lin est employée dans la peinture commune, dans les vernis gras; elle entre avec le noir de fumée dans la fabrication des encres d’imprimerie et de lithographie; elle sert à recouvrir les taffetas gommés, les cuirs vernis, les toiles cirées, etc. ; l’huile de noix récente est employée dans l’alimentation; plus tard elle entre dans les peintures fines, les vernis, le savon vert, l'éclairage ; les huiles de Pin et de Sapin entrent dans la composition de vernis et de couleurs.
L’huile d’Olives entre dans l’alimentation, sert dans les travaux d’horlogerie et dans la fabrication des savons durs; l’huile d'Amandes est employée en médecine et en parfumerie ; les huiles de Colza, de Moutarde noire, de Moutarde
I l I LITE DES PLANTES.
blanche et de Navette, sont utilisées pour l'éclairage, pour la fabrication de savons mous et la préparation des cuirs; l’huile de Prunes, celle de Camelines sont employées pour l’éclairage; l’huile de lien est recherchée par les horlogers et les parfumeurs ; l’huile d'Arachide ou Pistache de terre est utilisée dans l’alimentation, dans l’éclairage et dans la fabrication des savons durs; l’huile de Sésame est utilisée dans tout l’Orient comme aliment et entre dans une foule de préparations médicamenteuses.
Parfois les huiles fournies par les végétaux sont tellement concrètes qu’elles ont l’aspect du beurre; aussi les a-t-on qualifiées de beurres végétaux. Le beurre de Palme est fourni par l’intérieur des fruits de l’Élaïs de Guinée, Palmier qui vil sur les côtes de Guinée et à la Guyane. Ce produit a la consistance du beurre de vache. On en consomme en Europe de grandes quantités pour faire des savons durs, pour la composition du corps gras avec lequel on graisse les essieux de wagon, pour faire des bougies, etc. ; le beurre de Cacao est extrait de l’intérieur de la graine du Cacaoyer; le beurre de Palme est une partie de la chair du fruit de l’Élaïs de Guinée ; le beurre de Muscade est fourni par la graine du Muscadier aromatique; le Muscadier porte-suif de la Guyane et du Brésil donne du suif qui sert à la fabrication de chandelles, etc.
L ne grande quantité de végétaux de notre pays
fournissent de la cire presque analogue à la cire des abeilles, mais cette cire n’est pas recueillie ; on n’utilise que celle qui est fournie par quelques végétaux étrangers. La cire deCarnauba est retirée d’un beau Palmier du Brésil, le Garnauba; on l’obtient en battant les feuilles après les avoir brisées et fait sécher ; il en tombe une poussière blanche qui, fondue au feu, donne une cire jaune utilisée pour faire des cierges, des bougies; le Ceroxyle des Andes ou Palmier de Quindiu fournit une assez grande quantité de cire qui se dépose sur son tronc, dans les espaces interfoliaires et qu’on utilise pour l’éclairage; le Galé cirier du Nord des États- Unis fournit une cire jaunâtre ou verte qui se dépose sur ses fruits ; elle est consommée en bougies et répand, en brûlant, une odeur agréable.
Le Tannin peut se rencontrer dans tous les organes des végétaux; c’est avec son aide que les peaux d’animaux se transforment en cuirs. En France, le tannage s’exécute au moyen de l’écorce réduite en poussière du Chêne-Rouvre, cette poussière est connue sous le nom de tan; en Russie, on emploie plus particulièrement l’écorce du Bouleau ; c’est, dit-on, à un principe développé dans cette écorce que les cuirs de Russie doivent leur odeur particulière ; l’Aulne, le Sumac, les Acacias et un grand nombre de plantes légumineuses, etc., sont très-riches en substances tannantes. Tous ces produits appelés Cachous, Gambirs, Kinos, etc., ne
doivent leurs propriétés astringentes qu’à la grande quantité de tannin qu’ils contiennent.
Dans l’exposé qui précède, nous avons suivi un certain ordre qui nous a fait citer des produits différents appartenant à des plantes différentes; il ne faudrait pas croire qu’une plante ne soit capable de fournir qu’un seul produit; il en est quelquesunes qui constituent de véritables richesses pour les habitants des pays où elles se trouvent. De ce nombre sont le Bambou, le Cocotier, le Carnauba, le Rondier, etc.
Certains Bambous des Indes orientales et de la Chine fournissent à l’alimentation des jeunes bourgeons qui se mangent à la manière des asperges et constituent d’excellentes conserves; les rameaux servent à faire des charpentes, des échafaudages, des tuyaux, des mats, des perches pour porter des fardeaux, des claies, des armes, des meubles; les rameaux coupés de distance en distance forment, selon leur diamètre, des mesures de capacité, des seaux à puiser l’eau, des vases à fond solide, des pipes; les feuilles, les rameaux partagés en lanières servent à faire des vêtements, des chapeaux, des paniers, des câbles, des cordes, des matelas; les parties souterraines durcies sont sculptées et transformées en divinités grotesques.
Le Cocotier commun de l’Asie méridionale, de Ceylan, etc., s’élève à une hauteur de 20 à 25 mètres ; son bois est employé dans les charpentes ;
l’intérieur de sa tige fournit un sucséveux qui sert de boisson ; ses jeunes bourgeons sont mangés sous le nom de Choux palmistes; les libres de ses feuilles sont employées pour faire des vêtements, des nattes, des paniers, des chapeaux; les pétioles des feuilles sont revêtus à la base d’une sorte de toile naturelle qui sert à faire des tamis; le brou de la Noix est formé de filaments qui entrent dans la confection des cordages ; la coque est utilisée pour faire des vases, des cuillers ; la graine renferme une boisson rafraîchissante qui donne de l’alcool par fermentation ; plus tard, le liquide laiteux se solidifie et donne, par expression, une huile bonne à manger, bonne à brûler et qui entre dans la composition des savons.
Le Carnauba ou Corypha porte-cire, si commun dans plusieurs provinces du Brésil, est employé en mille occasions diverses. Sa lige donne un bois solide et léger qui sert à faire des poutres, des solives; on l’emploie aussi pour faire des lattes, des clôtures, des rigoles de toiture; comme ce bois peut acquérir un beau brillant par le polissage, on l’utilise pour faire des meubles ; la partie compacte du tronc est employée pour faire des instruments de musique, des tuyaux, des pompes de longue durée; les fibres libres de l’intérieur sont noires, trèsdures, très-résistantes, et constituent une toile trèssolide ; les jeunes bourgeons se mangent sous le nom de choux palmistes; ils servent à faire du sucre, du vin, et peuvent, au moyen de lavages suc-
UTILITE DES PLAINTES
cessifs, fournir une sorte de Sagou; la substance molle de la base des feuilles est employée en guise de liège ; les feuilles fournissent une cire qui sert à faire des bougies ; ces feuilles séchées entrent dans la fabrication de chapeaux, de nattes, de paniers, de corbeilles, de balais, de cordes, de filets de pèche; brûlées, les feuilles donnent une potasse trèsemployée dans la fabrication des savons; le fruit, de la grosseur d’une noisette, contient un liquide oléagineux et une pulpe comestible; la graine grillée est un succédané du Café ; la racine a les propriétés dépuratives de la Salsepareille.
La plupart des Palmiers fournissent ainsi aux peuplades des contrées tropicales tout ce dont elles ont besoin ; celui d’entre eux qui est le plus vénéré est le Rondier ; un poème tamoul énumère huit cent et une de ses propriétés.
Beaucoup de nos plantes rivalisent avec les plantes exotiques par leur forme élégante et l’excellence de leurs produits; mais elles ont, aux yeux de beaucoup de personnes, un tort immense, celui d’être communes et de vivre au milieu de nous.
La liste des produits végétaux utilisés est si longue, qu’elle semble interminable; mais combien est grand le nombre de plantes dont les applications sont négligées! combien sont inconnues !
Lorsque le nations devenues plus sages ne meltront plus tout leur amour-propre dans de vaincs parades; lorsqu’elles tourneront vers l’agriculture, les arts et l'industrie cette dévorante activité
développée pour la guerre, d’immenses richesses nouvelles apparaîtront, les barrières qui nuisent au commerce tomberont d’elles-mèmes, des échanges multipliés s’opéreront et répandront partout le Iravail rémunéré et le bien-être.
TABLE DES GRAVURES
Frontispice. Caryocar entouré par la Liane meurtrière.