‹ La vie des plantesChapitre 5 sur 22 · LES PLAINTES SE N 0 E IUU S S EN T · texte numérisé non relu

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la nourriture, il reste à connaître la voie d’absorption.

Toutes les surfaces vivantes des végétaux peuvent absorber plus ou moins. Certaines plantes, telles que les Lichens, qui sont étalés sur des pierres insolubles, qui sont privés de racines, puisent toute leur nourriture dans l’air atmosphérique ; la voie d'absorption est donc tonie la surface du végétal. D’autres plantes, celles qui sont le plus connues, absorbent non-seulement par leurs surfaces aérien-

nes, mais aussi parleurs racines. C’est bien à tort, cependant, qu’on a cru l’extrémité des racines ter-

minée par une pclite bouche nommée spongiole ; non-seulement il n’existe pas de bouche, mais l’absorption n’a même pas lieu en cet endroit. En effet, cette portion de la racine est revêtue d’une sorte de coiffe ( piléorhize *), qui ne permet pas à l’aliment de s’introduire; ce n’est qu'un peu plus haut que l’absorption peut s’effectuer, c’est là seulement que la racine s’allonge, c’est là que le tissu est toujours nouveau, toujours vivant, c’est, par là et aussi par des poils qui se montrent temporairement sur les jeunes racines, que les gaz, les liquides et les substances dissoutes sont absorbés.

En résumé, les racines jouent le principal rôle dans l’absorption des aliments.

11 suit des notions précédentes qu’une plante à laquelle on aurait retranché brusquement la partie inférieure des racines, serait le plus souvent incapable de se nourrir. Aussi, voit-on les jeunes Laitues s’étioler, lorsque des larves d’insectes ont attaqué celte portion de leur individu ou que des animaux insectivores l’ont déchirée sur leur passage. Si un jardinier malhabile arrache brusquement une jeune plante, de manière à casser la partie inférieure des racines, il replantera en vain la blessée; privée d’organes d’absorption, la malheureuse plante est vouée à une mort certaine.

Quelle est la disposition des racines?

Les racines, ou organes d’absorption dans le sol,

1 De 7tï).oç, chapeau et pli racine.

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sont plus ou moins nombreuses, plus ou moins longues, affectent des dispositions différentes, selon la plante qu’on examine. Ayons devant les yeux des Radis, des Carottes, des Navels, formant un groupe; une Oscille, des Melons, des Giroflées, des Choux-fleurs, formant un autre groupe; nous remarquerons que, dans le groupe nu 1 , chaque plante

Fig. 53. — Navet. Racine jiivolanle.

a une grosse racine s’enfonçant verticalement dans le sol et formant pivot, que sur ce pivot sont d’au-

très petites racines placées avec beaucoup de régularité, mais à peine développées, souvent môme

atrophiées; dans le groupe n° 2, le pivot est fort court, les racines qui en naissent sont, au contraire, bien développées, longues, rayonnent sous

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le sol presque à sa surface, se multiplient à leur tour et forment faisceau; l’ensemble des dernières ramifications ressemble même à une perruque et a mérité le nom de chevelu. On dit des premières plantes qu’elles ont une racine pivotante , et des secondes, qu’elles ont une racine fasciculée. Celles-ci ont de nombreux organes d’absorption peu volumineux, celles-là n’ont, pour ainsi dire, qu’un organe unique.

Cette distinction dans la disposition des racines explique bien des faits et peut servir de guide dans de nombreuses opérations de culture.

Voulez-vous arroser une plante à racine pivotante, comme la Betterave, versez l’eau à son pied même; votre plante a-t-elle une racine fasciculée, comme le Melon, répandez l’eau en différents endroits, à quelque distance cl tout autour du pied.

Avez-vous à planter des arbres au bord d’un champ, pour ombrager une route, il sera bon de n’employer que des arbres à racines pivotantes ; si vous plantiez des arbres à racines fasciculées, les divisions de ces racines, en rayonnant dans le champ, y prendraient la nourriture des plantes qui y sont cultivées.

L’expérience a démontré que lorsqu’on cultive la même plante pendant plusieurs années dans un même champ, les récoltes s’affaiblissent. L’une des causes de cet affaiblissement tient à l’épuisement du sol au niveau occupé par la partie inférieure

des racines. A-l-on cultivé des céréales, comme le Blé, le Seigle, c’est la nourriture de la partie superficielle du sol qui a été enlevée par les racines fasciculées de ces plantes; a-t-on cultivé de la Luzerne, c’est la nourriture d’une partie profonde qui a été épuisée par les racines pivotantes de celle herbe fourragère. Voilà pourquoi, en agriculture, il est souvent déraisonnable de faire succéder des Céréales aux Céréales, des Betteraves aux Betteraves ; qu’il est logique, au contraire, de faire alterner des plantes à racines pivotantes avec des plantes à racines fasciculées. C’est en partie sur ces faits que repose le système des assolements, système qui consiste à cultiver dans une certaine période de temps, et successivement, un certain nombre de plantes, système qui a fait faire un grand pas à l’agriculture, en supprimant les jachères et le transport des terres.

S’agit-il de déraciner un arbre pour le transplanter ?- L’opération sera le plus souvent inutilement tentée, si on l’exécute sur un arbre à racine pivotante, car la partie inférieure de la racine trop fragile et située trop profondément est nécessairement cassée. L’opération aura plus de chances de réussite si l’arbre a une racine fasciculée ; car si quelques-unes des racines sont détruites, d’autres n’auront subi aucune mutilation. 11 y aurait donc avantage à savoir transformer la racine pivotante d’une plante en racine fasciculée. La nature, qui raconte toujours ses secrets à ceux qui savent l’in-

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terroger, va nous enseigner les moyens qu’elle emploie. Lorsque l’exlrémilé d’une racine pivotante rencontre un obstacle infranchissable, lorsqu’elle se dessèche peu à peu, sous 1 influence d’une cause quelconque, la plante à laquelle elle appartient n’en continue pas moins sa végétation ; elle se soumet à cette grande loi du monde organique, loi qui veut que lorsqu’un organe skitrophie ou se détruit, l’organe voisin ne fasse qu’y gagner ; elle développe les racines nées sur la partie supérieure du pivot et devient ainsi une plante à racine fasciculée. huilons la nature, détruisons l’extrémité des racines pivotantes à un moment convenable, plaçons sous le sol un pavé qui gêne leur développement vertical, nous faciliterons l’accroissement des racines secondaires, tertiaires, etc., de la partie supérieure du pivot; en un mot, d’une plante à racine pivotante, nous ferons une plante à racine fasciculée.

Les transplantations, qui ne se faisaient autrefois que lorsque les plantes étaient jeunes, s’exécutent aujourd’hui môme avec de vieux arbres. Pour les faire avec succès, on détache du sol, autour de l’arbre à transplanter, la masse de terre dans laquelle se trouvent les racines, on soulève à la fois L arbre et la terre qui le nourrit, on transporte le (ont, et l’on dépose la niasse de terre dans un trou préparé d’avance. L’arbre continue de croître, car ses racines sont inlacles et elles puisent leur nourriture dans un sol qui leur convient.

Il n’est plus entièrement juste de dire avec Virgile :

Jam qux seminibits jadis se suslulit arbos Tarda venit, seris factura nepolibus umbram.

L’arbre qu’on a semé, croissant pour un autre âge,

A nos derniers neveux réserve son ombrage.

Et le reproche que les jeunes gens du bon la Fontaine adressaient au vieillard planteur, aurait plus tort que jamais. 11 ne faut plus attendre de longues années pour le développement des allées ombragées, quelques jours suffisent. Là, où hier était un quartier populeux, se voit aujourd’hui un square aux arbres majestueux, aux arbustes touffus, aux Heurs de mille couleurs.

L’eau qui est puisée par les racines dans le sol contient des proportions fort variables d’acide carbonique, de sels ammoniacaux, des sels de soude, de potasse, etc., etc. Celte eau s’élève sous le nom de sève dans l’intérieur delà plante avec une intensité qui est plus considérable à deux époques de l’année : au printemps et à la tin de l’été; de là les dénominations de sève du printemps et de sève d’août.

On pourrait, en pratiquant, au moyen d’une tarière, des trous dans l’intérieur d’un tronc d’arbre vivant, s’assurer de l’existence de la sève ; on verrait ce liquide s’écouler par l’ouverture pratiquée. Mais il suffit de passer au printemps dans les taillis, pour remarquer que de toutes les sections récentes

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île tiges ou de branches la sève s’écli

a ppc en

très-

grande abondance. C’est à la sève de la Vigne qu’a ètè donné le nom de pleurs, lorsque ce liquide sort, au mois de mars, des rameaux nouvellement taillés. La force avec laquelle s’élève le liquide dans l’intérieur des végétaux est si grande que, d’après Halles, la sève d’un cep de Vigne a pu soulever une colonne de mercure jusqu’à un mètre de haut, ce qui équivaut à une pression capable d’élever une colonne d’eau de même diamètre à près de 14 mètres de hauteur. Si un seul cep de \ igné produit une force si considérable, combien doit être grande celle que développent au même moment tous les vignobles réunis de la Bourgogne et de la Champagne ! Les grands volants de nos machines à vapeur, les chocs impétueux des colonnes de cavalerie,

I ig. 5 o. — Expérience de Halles, pour mesurer la force d’ascension de la sève.

les tempêtes épouvantables des régions équatoriales

fia

ne sont rien, en comparaison de l’immense force déployée par tous les végétaux réunis pour l’ascension de leur sève.

Quelle est l’origine de celte force déployée?

On sait aujourd’hui qu’aucune action chimique ne s’accomplit sans chaleur, que la chaleur peut se transformer en mouvement, comme le mouvement peut se transformer en chaleur ; on sait aussi que la chaleur peut se traduire en électricité qui, à son tour, peut produire les combinaisons chimiques ou les détruire.

Or, la plante est le siège d’innombrables actions chimiques; ici, c’est de l’acide carbonique qui se forme; là, c'est de l’amidon, du sucre, ou encore un acide, un alcali, un sel, etc., etc., il se produit donc une immense quantité de chaleur. Toute cette chaleur ne se révèle pas au thermomètre, la majeure partie se transforme en une force dont la sève profile, pour s’élever dans les parties les plus périphériques du végétal et dans les feuilles. C’est surtout dans ces derniers organes que le liquide emprunté au sol subit l’influence de l’air atmosphérique; c’est là qu’il se débarrasse, sous forme de vapeurs, de la trop grande quantité d’eau contenue. Après une foule d’élaborations diverses, la sève va concourir à l’accroissement du végétal ; tantôt elle traverse les parois des cellules et eu alimente l’activité ; tantôt elle se rend à la base des bourgeons, ou dans les racines, les rameaux, les feuilles, etc., et s’y emmagasine pour constituer des greniers d’a-

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bondancequi serviront à la végétation future ; tantôt elle circule entre le bois et l’écorce, dépose des couches de bois sur le bois et des couches d’écorce contre l’écorce.

Une preuve que la sève change vite de composition, une fois entrée dans le végétal, c’est que si on la recueille à une certaine hauteur, on la trouve toute modifiée. Elle est beaucoup plus dense. Celle du Bouleau, par exemple, contient déjà, à un mètre de hauteur, une notable proportion de sucre, celle du Bananier a une saveur astringente et rougit le tournesol. M. Boussingault, qui a analysé la sève de celte dernière plante, y a trouvé de l’acide gallique, de l’acide acétique, du chlorure de sodium, des sels de chaux, de potasse et de la silice.

La transformation de la sève en tissu végétal se fait parfois avec une promptitude inouïe; les l’ois, les Haricots, peuvent acquérir en un mois tout leur développement ; les Ferdinand a s’élèvent rapidement aune grande hauteur. Mais rien n’égale la rapidité de la végétation dans les régions tropicales ; quelques jours suflisent pour le complet développement de plantes géantes. L’œil peut suivre l'allongement du Bambou, comme il suit le mouvement d’une aiguille d’horloge sur un cadran de grand diamètre; j’ai vu, l’année dernière, dans la serre Jacquemont, au Jardin desPlantes de Paris, un rameau de Bambou s’allonger de 0"‘,59 en un jour.

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