CHAPITRE III
LES PLANTES SE NOURRISSENT
Il faut manger pour vivre ..
Molière.
Une plante qui n’est pas nourrie meurt; c’est un fait que nous montre trop souvent la négligence des jardiniers. Lorsqu’une plante n’est pas arrosée suffisamment, elle prend un aspect triste, ses belles couleurs changent, ses feuilles s’abaissent et jaunissent; elle est dans un état évident de maladie. L’arrose-t-on convenablement, ses feuilles se relèvent peu à peu et reverdissent ; elle reprend sa franche allure. Mais si la sécheresse a été portée trop loin, ses tissus sont devenus incapables de reprendre leurs fonctions, et la plante meurt d’inanition au milieu de l’abondance.
N’en est- il pas de môme pour l’homme? Ne voyons-nous pas tous les jours les pâles et tristes enfants des rues reprendre, avec la nourriture,
leurs couleurs vermeilles et la gaieté? Mais lorsque la faim est poussée trop loin, des désordres affreux éclatent ; les idées se troublent, la ligure se ride et devient terreuse, les yeux prennent l’aspect vitré, le corps exhale une odeur fétide, la température s’abaisse considérablement et les aliments apportés trop tard ne peuvent sauver de la mort le famélique affaibli.
Les plantes doivent donc se nourrir. En quoi consiste leur nourriture?
Puisqu’un arrosage bien fait suffit souvent seul pour ranimer un végétal qui souffre de la disette, il devient évident que l’eau joue un grand rôle dans la nutrition.
Les animaux (à l’exception de quelques-uns placés ou plus bas degré de la série zoologique), ont une bouche qui est l’ouverture de leur canal digestif; c’est, dans la bouche qu’est introduit l’aliment solide ou liquide. Là, ainsi que dans les différentes parties de la cavité digestive, cet aliment subit des modifications qui lui permettent de passer dans le sang de l’animal, afin de concourir plus tard à la réparation des pertes que subit 1 individu et à son accroissement. Chez les plantes, il n’existe pas de bouche, et c’est à travers leurs parois, leur substance, que la matière nutritive doit pénétrer. Or, pour qu’une matière traverse un t issu sans le déchirer, elle ne peut être de nature solide, il faut qu’elle soit gazeuse ou liquide; si elle était solide, elle ne serait absorbée qu’après avoir élé préalable-
LES PLANTES SE NOURRISSENT
ment dissoute. On comprend très-bien qu’un morceau de sucre ne puisse, sans la déchirer, passer à travers une membrane, mais s’il est dissous, la ma tière sucrée traverse la membrane avec le liquide.
La nourriture des plantes ne peut donc être solide ; elle est gazeuse ou liquide, ou consiste en substances dissoutes.
L’eau est le dissolvant le plus commun et le mieux approprie aux besoins delà plante; elle est indispensable à la végétation.
Toutes les plantes ont pour éléments l’oxygène, l’hydrogène, le carbone, l’azote et un certain nombre d’autres corps souvent en proportions fort variables; toutes réclament donc, pour vivre, de l’oxygène, de l’hydrogène, du carbone, de l’azote, etc., et elles prennent, selon les lois de la diffusion, ces substances libres ou combinées à l’air qui les entoure et au sol qui les porte, pour en faire mille combinaisons diverses.
De même que les animaux, les plantes préfèrent telle nourriture à telle autre; chacune prend celle qui convient le mieux au développement de ses tissus ou à son entretien. C’est ce qui explique pourquoi tel arbre croit magnifiquement dans un terrain et est rabougri dans un autre de composition différente. D’après les observations faites par le prince de Salm-Ilorshmar sur l’Avoine, « sans terre siliceuse, cette plante ne peut acquérir assez de résistance pour se soutenir, c’est à peine si elle forme une tige couchée, lisse et pâle; sans terre
calcaire, elle meurt déjà à l’apparition de la seconde léuille ; sans sonde et sans potasse, elle n’atteint guère que la hauteur de O"1, 09 ; sans terre alumineuse, elle reste faible et couchée; sans phosphore, elle devient bien droite, régulièrement constituée, mais elle demeure néanmoins faible et ne porte pas de fruits ; sans fer, elle reste très-pâle, faible et irrégulière; avec du fer, elle prend, au plus haut degré, la teinte vert foncé et elle devient luxuriante de vigueur, roule et rude ; sans manganèse, elle n’atteint pas tout son développement et produit peu de Heurs. » (Karl Millier.) Ce qui a été fait pour l’Avoine a été fait également pour un grand nombre de plantes. En multipliant encore les expériences, on parviendrait à donner à un sol les plantes qui lui conviennent le mieux, ou à faire, pour chaque plante, un terrain artificiel qui permettrait d’espérer les plus belles récoltes. Nous verrons plus loin que les végétaux, à l’état sauvage, ne croissent que dans les endroits dont la composition est en rapport avec la leur, mais il ne faut pas croire qu’il suffirait de connaître l’analogie de composition du sol et de la plante, pour affirmer que, même en suivant les indications théoriques, on obtiendrait un végétal vigoureux ; les conditions de végétation ne dépendent pas seulement du sol, elles dépendent aussi de l’exposition, de la latitude et de mille circonstances que les gens pratiques seuls peuvent apprécier.
Étant connue la forme sous laquelle est absorbée