‹ La Vie des saintsChapitre 102 sur 536 · SAINT CUTHBERT · texte numérisé non relu

SAINT CUTHBERT

L’Irlande et l’Ecosse ont revendiqué Cuthbert comme un des leurs, et l’imagination s’est donné pleine carrière sur sa famille et son enfance. Selon toutes probabilités il naquit d’humbles parents, dans l’ancienne Northumbrie , apprit à lire chez des moines établis près de Dunbar, et commença par garder les troupeaux dans la vallée de Lauderdale, aux confins de l’Ecosse et de l’Angleterre.

Vers l’âge de quinze ans, une piété précoce le conduisit à l’abbaye de Melrose (651). Son noviciat terminé, il déploya la plus rare aptitude pour les missions, qui constituaient la principale occupation des moin es de ce temps. Les chemins étaient difficiles, les montagnes et les forêts opposaient des barrières presque infranchissables, les habitants clairsemés conservaient un attachement farouche pour leurs vieilles superstitions; il fallait vaincre la faim, le froid, les intempéries des saisons. Rien ne rebuta Cuthbert, et son active sollicitude embrassa toute la région comprise entre les deux mers. Comme il prêchait avec l’éloquence du coeur, on l’écoutait en confiance. Au reste, il se préparait à ses pérégrinations par des pénitences et des austérités extraordinaires : on montre encore çà et là les baignoires de pierre où il passait la nuit à prier, couché dans une eau glacée, selon un usage pratiqué par les saints d’Irlande.

Il venait d’être élu prieur de Melrose (664) lorsque saint Wilfrid parvint à imposer aux communautés de son diocèse la substitution du rit romain à leurs usages nationaux. La plupart des religieux préférèrent retourner à Iona, leur maison mère ; ceux qui se soumirent à la réforme établie par le saint partirent pour Lindisfarne où de Sainte, située dans

20 mars. — SAINT CUTHBERT.

la mer du Nord, près de l’embouchure de la Tweed. Pendant les douze années qu’il y passa, Cuthbert montra la même ferveur pour l’oraison et la pénitence, le même zèle pour les prédications. Tant de labeurs et d’austérités ne purent satisfaire le penchant de son âme à s’absorber dans la contemplation des choses divines. Un îlot désert nommé Farne, à deux lieues du monastère, lui parut une retraite digne de lui : il y creusa dans la roche vive une cellule, d’oii il ne voyait que le ciel. (( Là, )) dit Bède, son historien, « il commandait aux éléments et aux animaux, avec ce souverain empire sur la nature créée, que le péché seul nous a fait perdre. » Toutefois il ne voulut pas se soustraire aux soins de la charité, et continua de recevoir de fréquentes visites, de ses confrères d’abord, puis de tous ceux qui venaient lui demander des consolations, et il en arrivait des provinces les plus éloignées.

Nommé, en 684, à l’évêché d’Hexham,

Cuthbert ne céda que sur les instances du roi de Northumbrie, Egfrid, qui vint le solliciter en personne, et à la condition de rester à Lindisfarne en qualité d’évêque régionnaire. Son court épiscopat ne fut d’ailleurs qu’une mission de tous les instants. Deux mois avant de mourir, il se fit transporter dans sa chère solitude, et passa à une vie meilleure en recommandant la paix, la soumission et l’humilité (20 mars 687). Ses reliques sont conservées depuis la fin du dixième siècle dans la cathédrale de Durham.

Aucun saint n’a joui chez les Anglais d’une aussi réelle popularité que Cuthbert, et son tombeau fut honoré pendant longtemps d’un grand nombre de miracles.

Fig. 4G. — Saint Cuthbert.

D’après une sculpture de la cathédrale de Durham.

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