‹ La Vie des saintsChapitre 104 sur 536 · SAINT BENOIT · texte numérisé non relu

SAINT BENOIT

avec les esprits infernaux, dont les tentations et les apparitions ne lui manquèrent pas plus qu’aux Pères du désert, il avait acquis le don de lire dans les âmes et de discerner' leurs plus secrètes pensées. Il n’en usait pas seulement pour diriger les jeunes religieux dans leurs études

et dans les travaux d’agriculture et de maçonnerie qu’iL partageait avec eux ; il les suivait par un regard intérieur dans leurs courses lointaines, découvrait leurs moindres manquements , et les réprimandait au retour. Il exigeait de tous l’obéissance, la sincérité, l’austère régularité, dont il donnait le premier l’exemple. )) Dans les campagnes d’alentour, il prêchait avec une rare éloquence, guérissait les malades, et répandait en aumônes les provisions que lui envoyaient les personnes riches.

Fig. 47. — Saint Benoit reproche à Totila d’avoir voulu le tromper et lui prédit sa mort. D’après une peinture à. fresque de Spinelli d’Arezzo. XIII0 siècle.

Chez les Romains et les barbares, la renommée de Benoît était si grande, qu’il prit envie à Totila, le nouveau roi des Ostrogoths, de voir (( le prophète ». Après avoir cherché à le tromper en lui envoyant un de ses officiers vêtu des ornements royaux, il vint en personne et se prosterna aux pieds de l’homme de Dieu. « Lève-toi, » lui dit par trois fois celui-ci; et comme le prince, accablé de terreur, ne bougeait de place, il le releva lui-même. (( Tu as fait beaucoup de mal, » ajouta-t-il, « tu en fais encore beaucoup et tous les jours. Il est temps de cesser tes iniquités. Tu entreras à Rome, tu passeras la mer, tu régneras neuf années, et la dixième tu mourras. » La prédiction s’accomplit tout entière. Cette entrevue eut lieu en 542, et quelques mois après Benoît en eut une autre des plus touchantes avec sa sœur Scolastique, comme il est rapporté dans la vie de cette sainte (voy. au 10 février). Il ne lui survécut que quarante jours. Saisi d’une fièvre violente, il se fit transporter dans l’oratoire consacré à saint Jean-Baptiste, au bord de la fosse qui devait le recevoir et où reposait sa sœur : là, soutenu sur les bras de ses disciples, debout et les bras tendus vers le ciel, il expira (21 mars 543).

Saint Benoît fut le grand législateur des moines d’Occident. Sa Réglé, supérieure à celle des Pacôrne et des Basile, suffirait à lui assurer une gloire durable. Fondée sur la prière, le travail et l’obéissance, elle ne s’adresse qu’aux cénobites , c’est-à-dire aux religieux en communauté. Prier, c’est implorer le secours de Dieu en toute chose; obéir, c’est se mettre en garde contre les révoltes de l’orgueil ; travailler, c’est proscrire l’oisiveté qui est l’ennernie de l’âme. Le monde latin adopta l’œuvre du saint comme un moyen de piété et de civilisation. Par leurs travaux et leurs exemples, les bénédictins donnèrent les meilleures leçons d’ordre, d’économie, d’instruction et de défrichement que pussent recevoir les races barbares qui venaient d’envahir l’Europe. Dans la suite, l’ordre, tout en s’étant divisé en plusieurs congrégations, entre autres celles de Cluny et de Cîteaux, ne cessa de produire, et en grand nombre, des hommes pieux et savants, qui se distinguèrent en tous pays par leur vertu et leur érudition.

23 mars. — SAINT TOKIBIO.

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