SAINTE LÉA
A la fin du quatrième siècle, le palais de sainte Marcelle, à Home, devint le centre de la première communauté monastique de femmes. La noble veuve attira auprès d’elle ses parentes et ses amies, également d’illustre naissance, qui vinrent échanger les plaisirs du monde contre les œuvres d’abnégation et de charité. De ce nombre fut Léa. Après avoir perdu son mari, elle mena la conduite la plus austère, forma une maison de refuge pour les catéchumènes, et, tout en marchant dans les voies de la perfection intérieure, s’appliqua à l’étude des Ecritures sous la direction de saint Jérôme.
Voici en quels termes il parla d’elle à sainte Marcelle pour la consoler de sa mort prématurée : (( Comment louerais-je dignement la vie de notre bonne Léa? Elle s’était donnée si entièrement au Seigneur qu’elle devint le modèle du monastère et la mère des vierges. Avec quelle ardeur elle brisait par la pénitence ses membres délicats, passant les nuits en prière et instruisant plus ses compagnes par ses exemples que par ses paroles! Quelle humilité a jamais égalé la sienne? Après avoir eu tant de serviteurs, elle s’était faite la servante de tous, afin d’être davantage celle du Christ. Elle portait une méchante robe, préférait les aliments les plus vils, négligeait sa coiffure, sans excès pourtant, de peur qu’en sollicitant ainsi l’estime des hommes elle n’en reçût sa récompense dès ce monde. »
SAINT TORIBIO.
Toribio ouTuribe, fils de don Mongrovejo, naquit le IG novembre 1538, aux environs de Valladolid. Après avoir achevé ses études à Salamanque, il fut appelé au poste d’inquisiteur de Grenade. En 1580,
Philippe II le nomma, malgré sa résistance, archevêque de Lima, au Pérou; comme il ne portait que la simple tonsure, il fut admis aux ordres majeurs, et reçut la consécration épiscopale, à Séville. Le 24 mai 1581, il fit son entrée solennelle dans Lima.
Cet immense diocèse, qui a été divisé depuis, avait 600 lieues de tour et n’offrait, pour ainsi dire, aucune facilité de communication. Les cruautés des Espagnols après la conquête, leur avarice, leurs débauches, l’oppression et l’abrutissement de la race indigène y présentaient le tableau le plus déplorable, et certains membres du clergé, loin de s’élever contre les scandales, contribuaient par leur conduite à les augmenter. Toribio entreprit de corriger un pareil état de choses. Il vint à bout, par des mesures fermes et prudentes, d’arrêter le cours des désordres publics dans sa ville épiscopale ; puis ce fut le tour de son diocèse. Il serait impossible d’énumérer les peines et les
Fig. 48. — Pbüippe II, roi d’Espagne. D'après un dessin dangers de tout genre qu’il eut de Cesare Vecellio. XVIe siècle.
a essuyer a travers cl immenses régions à peine connues. Il allait partout; ni les déserts, ni les hautes montagnes des Andes, ni les bêtes féroces, rien ne pouvait abattre son courage. Protecteur déclaré des Indiens, il les enseignait dans leur langue, qu’il possédait fort bien. Quand, à la suite des austérités auxquelles il ne cessait de se livrer, il allait dans la campagne visiter quelque village, on le voyait toujours suivi d’une troupe de ces pauvres gens, et c’était
24 mars. — SAINT GABRIEL.
sur eux qu’il se plaisait surtout à exercer ses libéralités. Elles n’avaient point cle bornes : tout y passait, les deniers du prélat, qu’il ne sut jamais compter, l’argenterie du palais, les meubles de sa chambre, et jusqu’à la chemise qu’il venait de vêtir. Ses voyages ressemblaient plus à des missions qu’à des visites épiscopales : le premier dura sept ans, et environ cinq ans chacun des deux autres. L’archevêque renouvela ainsi la face de son diocèse. Il fonda de tous côtés des églises, des séminaires, des hôpitaux; il remplaça les prêtres incapables ou déréglés ; il rétablit les synodes et les conciles provinciaux.
Cette conduite lui suscita des persécutions de la part de quelques hommes puissants, des vice-rois du Pérou notamment, qui ne rougissaient pas de tout sacrifier à leurs passions et intérêts. Le blâme de Philippe II vint même l’atteindre au milieu de ses travaux apostoliques. A tout cela il n’opposa que la douceur et la patience, et n’en resta pas moins fidèle à ses devoirs de bon pasteur, et l’ami des indigènes , comme le magnanime Las Cases , évêque de Chiapa. Epuisé parle jeûne et par des fatigues excessives, il tomba malade durant sa troisième visite et mourut le 23 mars 1G0G, dans la bourgade de Sana. Son corps fut rapporté à Lima, l’année suivante. Toribio fut canonisé en 1726.