‹ La Vie des saintsChapitre 118 sur 536 · SAINT ISIDORE DE SÉVILLE · texte numérisé non relu

SAINT ISIDORE DE SÉVILLE

DOCTEUR DE l’ÉCxLISE.

Isidore, le plus grand savant de son siècle, naquit vers 570, à Car-

thagène (Espagne), dans une famille bénie qui donna plusieurs saints à l’Eglise. Resté orphelin, il fut élevé à Séville par son frère aîné, le grand évêque Léandre. On raconte que, dégoûté de l’étude par les corrections qu’on ne lui ménageait pas, il s’enfuit dans la campagne et s’assit, mourant de soif et de fatigue, près d’un puits. Comme il regardait avec curiosité les sillons qui en creusaient la margelle, une femme lui expliqua que les gouttes d’eau, en tombant sans cesse sur le même endroit avaient entamé la pierre. D’où il conclut qu’à force d’application il en serait un jour ainsi de la dureté de son intelligence, et il retourna au logis. Sous les meilleurs maîtres, il apprit le latin, le grec, l’hébreu, et tout ce qu’on enseignait alors des lettres divines et humaines. Bien qu’il vécût d’ordinaire dans une cellule afin de ne point trop se répandre au dehors, il n’est pas certain qu’il ait prononcé des vœux monastiques. Ordonné prêtre, il devint le coopérateur actif de Léandre dans le retour des Goths ariens à l’unité catholique et lui succéda, en G01, sur le siège de Séville.

4 avril. — SAINT ISIDORE DE SÉVILLE.

Pendant son glorieux épiscopat, Isidore fut l’oracle de l’Espagne et l’âme des conciles qu’on y assembla pour le rétablissement de la discipline. On peut le regarder comme l’auteur principal de tout ce qui s’y fit d’important touchant le maintien de la foi et des mœurs ; aussi fut-il déclaré, en 610, primat du pays entier. Il acheva de détruire l’arianisme en étouffant, au concile de Séville (619), la nouvelle hérésie des acéphales, et présida le célèbre concile de Tolède (633), 5 dans lequel on régla d’une façon définitive les matières de foi, d’ordre et de gouvernement. Ecrivain fécond, infatigable, et d’une érudition immense, il condensa dans ses ouvrages toute la science de l’antiquité et de son temps, les sept arts libéraux, la tradition philologique, la médecine, le droit, l’histoire naturelle, la géographie, et jusqu’aux arts mécaniques. Son livre des Origines est une véritable encyclopédie des connaissances humaines, qui devint le manuel des écoles du moyen âge. (( Situ veux vivre tranquille, » dit-il, <( ne désire rien du siècle. Que tes biens servent à soulager le malheureux ; la vertu doit se reconnaître à ses œuvres. Le malheureux que tu dois soulager, ne le choisis pas, de crainte de passer à côté de celui qui mérite de recevoir. » Il fut, en outre, le créateur de la liturgie espagnole, dite mozarabe, qui survécut à la ruine des Visigoths. « Dieu le suscita », dit son panégyriste et ami, saint Braulio, <( pour opposer une digue au torrent d’ignorance et de férocité qui suivait partout les invasions des barbares. »

Dans les derniers mois de sa vie, Isidore redoubla ses aumônes et distribua tout ce qu’il possédait aux pauvres. Lorsqu’il fut près de sa fin, il se fit conduire à l’église par deux évêques, dont l’un le couvrit d’un cilice et l’autre de cendres ; puis il reçut l’eucharistie, se recommanda aux prières de l’assistance, l’exhorta à la charité, et mourut en rentrant chez lui (4 avril 636). Enterré d’abord dans la cathédrale de Séville, il fut transporté en 1063 dans celle de Léon, et ces deux cités se sont placées sous son patronage.

SAINT GÉRARD

D’aborcl moine à Corbie, puis pèlerin à Rome sous Léon IX qui l’ordonna prêtre, Gérard, né en 1015, était originaire de Picardie. Guéri d’une grave maladie par l’intercession de saint Adélard, il fit en 1073 le voyage de Jérusalem. A son retour, il fut nommé abbé de Saint- Vincent de Laon, qu’il tenta en vain de réformer ; puis, à Soissons, abbé de Saint-Médard, où il ne fut pas plus heureux. Ce double échec le détermina à partir pour l’Aquitaine en compagnie de quelques religieux qui n’avaient pas voulu le quitter.

Grâce à la bienveillance du duc Guillaume VIII, il obtint entre la Dordogne et la Gironde, la terre de la Grande-Sauve, alors couverte d’une épaisse forêt, et y fonda une abbaye (1080), à laquelle il donna la règle bénédictine. Beaucoup de chevaliers du nord et du midi pourvurent à ses nécessités par des donations abondantes, ou prirent l’habit de moine. Le pieux duc agrandit encore les privilèges de la communauté, en la déclarant franche d’impôt et de la juridiction temporelle. La renommée du nouvel institut parvint jusqu’au roi Philippe Ier, qui ajouta le don d’une église à ces largesses. Bientôt l’abbaye compta parmi ses dépendances soixante-dix monastères ou prieurés, tant en France qu’en Espagne et en Angleterre. Son fondateur mourut en 1095.

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