SAINT VINCENT FERRIER
Vincent naquit à Valence d’Espagne, le 23 janvier 1355. Guillaume Ferrier, son père, et Constance Miguel, sa mère, malgré leur médiocre état de fortune, ne négligèrent rien pour développer les rares facultés que le ciel avait mises en lui. A douze ans il étudiait la philosophie, et lorsqu’à dix-neuf il prit l’habit de Saint-Dominique ses professeurs enthousiasmés l’avaient déclaré leur égal. Chargé d’expliquer l’Ecriture
5 avril. — SAINT VINCENT FERRIER.
à la cathédrale de Valence, il se livra en même temps à la prédication et y acquit une grande renommée ; le légat Pierre de Lune l’emmena avec lui à Paris et, devenu antipape sous le nom de Benoit XIII (1394), il le choisit pour confesseur et pour maître du sacré palais. Mais, à la cour d’Avignon, Vincent recherchait autre chose que les dignités ; il eût voulu ramener l’unité dans l’Eglise et mettre un terme au schisme, qui durait depuis près d’un siècle. S’apercevant que
Fig. 57. — Le Château des papes, à Avignon.
ses conseils n’avaient aucune chance d’être suivis, il reprit le cours de ses prédications.
Allant de ville en ville, de province en province, Vincent parcourut successivement l’Espagne, la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre et l’Irlande. Il parlait avec une égale facilité la langue particulière à chacun de ces divers pays. La mort, le péché , l’enfer étaient ses thèmes habituels. Sa voix, dominant l’auditoire, remuait profondément les âmes et y semait la terreur ; souvent il fut forcé de s’interrompre, à cause des cris et des gémissements. « Après avoir célébré le saint sacrifice, » écrivait-il de Genève à son général, (( je prêche deux ou trois fois par jour, n’ayant pour préparer mes sermons d’autre temps que celui pendant lequel je suis en chemin. J’ai employé trois mois â parcourir les villages et les villes du Dauphiné, pour y) annoncer la parole de Dieu. Dans les vallées du Piémont, mes peines n’ont point
YIE DES SAINTS.
été perdues. Je suis saisi de frayeur en songeant au jugement terrible dont sont menacés les prélats qui vivent à leur aise en de riches palais, tandis qu’une multitude d’âmes, rachetées par le sang de Jésus-Christ, périssent misérablement, faute de secours. »
Les missions de Vincent, qui convertirent des juifs, des Maures, des hérétiques et des milliers de pécheurs, présentent une longue suite de miracles. En Catalogne, il rendit l’usage de ses membres à un estropié, Jean Soler, que son mérite éminent fit nommer évêque. A Salamanque, il ressuscita un mort à la vue de tout le peuple. Il avait aussi le don de prophétie, et à un si haut degré qu’il n’y avait guère , à la fin de sa vie, d’affaire importante au monde qu’il ne prévît ou dont il n’eût la connaissance intime. Sa vie était austère, sa charité sans bornes, sa pureté comme sa résignation au-dessus de toutes les épreuves. Il garda un jeûne continuel, sauf les dimanches; il couchait sur la paille, et se déchirait le corps avec une rude discipline.
La confiance qu’il inspirait était universelle ; peuples et souverains recoururent plus d’une fois à ses lumières. En 1412, il fut délégué aux états chargés d’élire un roi d’Aragon, et fit agréer le prince Ferdinand de Castille. Consulté en 1415 par le concile de Constance sur le moyen de mettre fin au schisme, il fut d’avis de déposer les trois pontifes qui se disputaient la tiare, et, cet acte accompli, malgré son amitié pour Benoît XIII, il se déclara pour Martin V. En 1417, Jean V, duc de Bretagne, l’invita à établir une mission à Vannes, et ce fut là qu’il mourut, en présence de la duchesse, le 5 avril 1419.