SAINTE OPPORTUNE
Le pays d’Auge, en Normandie, appelé jadis l’Hiémois, avait, pour le gouverner, des seigneurs francs, qui prétendaient sortir de la race mérovingienne. Un de ceux-ci eut, à la fin du septième siècle , deux enfants qui entrèrent en religion : le fils, Chrodegang, d’abord moine, devint évêque de Séez vers 745; la fille, Opportune, se retira dans un petit monastère de vierges, fondé à Montreuil sous la règle de saint Benoît. Tout près de là, dans le diocèse de Séez, une de ses proches parentes, Lantilde, dirigeait une abbaye du même ordre au village d’Almenèche. Opportune s’avança avec tant d’ardeur dans les voies de la sainteté, qu’elle fut choisie pour abbesse de sa maison, malgré sa vive résistance. Vêtue d’habits grossiers, elle ne quittait point le cilice, et son jeûne était continuel. Au reste, ses austérités ne lui rendaient ni l’esprit chagrin ni l’humeur maussade. La mort violente de son frère la plongea dans une grande affliction. Chrodegang avait quitté son évêché pour faire un pèlerinage à Rome ; son absence dura sept ans, et, à son retour, il fut assassiné par un clerc indigne, qui avait usurpé sa place. L’abbesse, qui lui était tendrement attachée, fit transporter son corps à Montreuil, et mourut peu de temps après (22 avril 770).