‹ La Vie des saintsChapitre 165 sur 536 · LES ELUS · texte numérisé non relu

LES ELUS

Fragment du tableau du Jugement demie e de Fra Angelieo. (Quinzième siècle. Académie des Beaux A ils, à Florence.

SAINTE MONIQUE

mort, le saint pontife endura le chevalet, les ongles de fer et le feu ; puis il fut percé par tout le corps de coups de poinçon, qui lui arrachèrent la vie (3 mai 119).

SAINT AUFROI.

Ansfred ou Aufroi était puissant seigneur de Brabant, héritier de quinze comtés, renommé dès sa jeunesse par son courage et son intelligence. En 962, il accompagna Otlion Ier à Rome, et eut, sous ses successeurs, une part considérable au gouvernement de l’empire ainsi qu’à toutes les guerres de cette époque. Il avait usé de ses grandes richesses, pour fonder, de concert avec sa femme Hilsonde, l’abbaye de Thorn, au diocèse de Liège (992), laquelle fut transformée plus tard en chapitre de filles nobles. Devenu veuf, il allait se faire moine lorsque Othon III lui imposa l’évêché d’Utrecht (995). Alors, déposant son épée sur l’autel de Notre-Dame, à Aix-la-Chapelle : (( Jusqu’à présent, » dit-il, (( j’ai employé mon honneur et mon autorité contre les ennemis des pauvres du Christ; désormais, je confie à la vierge Marie, ma patronne, la garde et le salut de mon âme. » Aufroi gouverna son église avec cette fermeté dont il avait donné mainte preuve dans le monde et lui fit don de cinq villages qu’il possédait. Au déclin de ses jours, il perdit la vue, et se retira dans le monastère du mont Sainte-Marie (Heiligenberg), qu’il avait bâti près d’Utrecht ; il y nourrissait tous les jours de sa main soixante-douze pauvres. Ce fut là qu’il mourut, le 3 mai 1008 ou 1009.

SAINTE MONIQUE

La plus renommée des mères chrétiennes naquit en 332, àThagaste, ville dont on voit les ruines près de Boue. Elle donna l’exemple pré-

coce cl’une vertu pleine de grâces, et si quelques défauts tendirent à l’obscurcir, elle eut la force de s’en corriger bien vite. Bien qu’issue d’une famille chrétienne et même fervente, elle fut, à vingt-deux ans, mariée à Patrice, un des chefs municipaux de la ville, demeuré païen, et en outre violent et de mœurs relâchées. Formée à la modestie et à la sagesse, elle obéit avec respect à l’époux qui lui fut choisi, et s’efforça, par sa douceur et sa patience, de le conquérir à Dieu. Les pratiques de la piété, les œuvres de miséricorde occupaient les moments qu’elle ne consacrait pas au soin de sa maison et à l’éducation de ses enfants. Patrice la laissa veuve en 371, après avoir reçu le baptême.

Monique avait eu de lui deux fils, Augustin et Navigius, et une fille, Perpétue. Les deux derniers menèrent une vie obscure et pieuse, et moururent en odeur de sainteté. Quant au premier, « celui, disait-elle, qu’elle avait conçu dans son cœur pour le faire naître à la vie éternelle, » on sait combien il répondit mal aux leçons de sa mère, dans quels désordres il tomba, et qu’il se laissa même séduire à l’hérésie des manichéens.

Afin d’obtenir du ciel la conversion de ce fils égaré, Monique redoubla, jusqu’au degré héroïque, de ferveur et de charité; elle versait tant de larmes qu’à l’église la place qu’elle occupait en était toute baignée. Un savant évêque, de passage à Thagaste, fut appelé par elle à son secours ; il lui conseilla d’attendre l’heure marquée par le Seigneur : « Car il est impossible, )) ajouta-t-il, « que le fils de tant de larmes périsse ! )>

Cependant l’enfant prodigue, presque désabusé, s’était embarqué pour l’Italie à l’insu de sa mère. Elle alla le rejoindre à Milan, où elle trouva un allié puissant dans saint Ambroise, évêque de cette ville. Le jour de sa conversion fut pour elle un triomphe (25 avril 387), mérité par dixsept années de lutte ; Augustin ne cessa de lui en rapporter tout l’honneur, en remerciant Dieu de lui avoir donné pour mère une de ses servantes.

Après avoir voué sa vie au salut de son fils, Monique n’avait plus qu’à songer au sien. Elle avait hâte de retourner en Afrique, lorsqu’elle tomba malade au port d’Ostie. Dans ses suprêmes entretiens avec

SAINTE MONIQUE

son fils elle s’élevait parfois jusqu’au dernier degré du ravissement, somme à cette heure de nuit, où, étant ensemble à la fenêtre, ils eurent vers Dieu un tel élan, si hardi et si enthousiaste, qu’ils touchèrent en quelque sorte aux délices de l’éternelle vérité. Dans les premiers jours

Fig. 81. — Sainte Monique et saint Augustiu. D’après le tableau d’Ary Sclieffer. XIXe siècle.

le novembre 387, elle s’endormit dans la paix du Seigneur. Le corps de ainte Monique, inhumé d’abord à Ostie, fut transporté, en 1430, à lome, dans l’église de Saint- Augustin. En commémoration de ses prenières épreuves, l’Eglise a marqué au 4 mai sa fête, qui pourrait être ippelée « la fête des larmes d’une mère chrétienne ».

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