SAINT PIE Y
liaient à apprendre un métier lorsque les dominicains d’un couvent des
environs se chargèrent de lui. A quinze ans, il obtint d’être reçu parmi eux. Dès qu’il eut été élevé au sacerdoce, il fut occupé à instruire ses
Fig. 82. — Le pape Pie V et. la bataille de Lapante. D’après une gravure italienne du temps.
frères dans les sciences divines ou à les former à la vertu, et, comme prieur dans plusieurs maisons de l’ordre, il rétablit partout la bonne administration et la régularité.
La réforme, débordant de la Suisse, envahissait chaque jour le Milanais à l’abri des relations de commerce. Pour arrêter cet échange contagieux, il fallait un gardien zélé de la foi et ferme dans l’action; l’on choisit notre saint, qui fut dépêché à Corne en qualité d’inquisiteur. Aussitôt il visita les villes et les villages, sans se laisser intimider par aucun péril, et sévit avec la calme rudesse de son caractère. Une rigueur si inusitée ameuta contre lui citadins, prêtres et nobles. Il se rendit à Rome : non seulement il y vit sa conduite applaudie, mais on le nomma commissaire général du saint-office (1551). Paul IV, qui avait apprécié ses grandes qualités, lui conféra la pourpre en 1557 et la charge d’inquisiteur général de la chrétienté. Il fut aussi évêque, d’abord à Sutri, puis à Mondovi, et dans l’un et l’autre diocèse il restaura la pureté de la foi ; le vice ou la tiédeur ne purent se dérober à ses recherches, et tous furent soumis à la même règle.
Après la mort de Pie IV, il fut élu pape (7 janvier 1566), sur la désignation de saint Charles Borromée, et prit le nom de Pie V. Il porta sur le trône pontifical son activité dévorante et une rigueur de discipline qui rappelait les premiers temps de l’ère chrétienne. En répétant sa maxime favorite : « Quiconque aspire à gouverner autrui doit commencer par soi-même, » il restreignit les dépenses de sa maison, convertit les largesses habituelles en aumônes et s’imposa le régime du cloître; puis il régla sa famille et engagea les cardinaux à en user de même. Dans Rome, il bannit le luxe, corrigea les mœurs, retrancha la débauche des cabarets, interdit les combats d’animaux. Outre plusieurs règlements salutaires qu’il imposa au clergé, il obligea les évêques à la résidence, supprima Y achat pécuniaire des indulgences, abolit l’ordre des Humiliés qui portait scandale, défendit d’inféoder sous aucun prétexte les terres de l’Eglise, resserra la clôture des religieuses, publia un bréviaire et un missel nouveaux, et mit de tous côtés en vigueur les principes du concile de Trente. L’ardente piété de Pie V se manifesta également au dehors. Préoccupé du progrès de l’hérésie, il travailla de