ARCHEVÊQUE DE BOURGES
Fils d’un gentilhomme du Nivernais nommé Bcrruyer, il fut pourvu de bonne heure d’une prébende à Paris et d’une autre à Soissons. Cette pluralité de biens l’effraya, et, quoique d’une constitution délicate, il leur préféra les rigueurs du cloître. De l’abbaye de Grandmont, située au milieu d’une sauvage forêt des environs de Limoges, il passa dans celle de Pontigny, fille de Cîteaux, et renommée pour son étroite discipline. Etant abbé de Châlis, près de Senlis, il fut appelé, malgré sa résistance, au siège de Bourges (23 novembre 1200).
Avant de travailler à la sanctification de son troupeau, il commença par redoubler ses abstinences, disant que « l’évêque devait être sans péché, puisqu’il avait à prier pour les fautes d’autrui ». Sa sollicitude pastorale s’étendit plus loin : non content de porter une robe de bure sous laquelle
il cachait un cilice, de s’interdire l’usage de la viande et toute fréquentation mondaine, d’avoir sa maison tou j ours ouverte aux pauvres et aux affligés, il refusa le droit de conférer aucun bénéfice et de recevoir sa part des amendes pécuniaires prononcées par les juges ecclésiastiques contre les coupables. Des personnes puissantes, jalouses des privilèges étendus dont jouissait le prélat dans la province, prirent occasion de sa douceur pour le desservir auprès du roi Plnlippe-Auguste ; mais Guillaume déjoua leur malice et osa même, au risque de perdre ses revenus, résister à certaines prétentions du monarque. Il triompha également des contradictions qu’il eut à essuyer de la part de son chapitre, à qui sa trop grande vertu, dit-on, donnait ombrage. Cassé de vieillesse et exténué par la fièvre, il avait formé le projet d’aller convertir les Albigeois : la veille de l’Epiphanie, il monta en chaire afin de dire adieu aux fidèles ; cet effort l’acheva, et il mourut, étendu sur la cendre, quelques jours plus tard (10 janvier 1209).
SAINT HYGIN,
PAPE ET MARTYR
Hygin, dont le père enseignait la philosophie à Athènes, succéda à Télesphore dans la chaire de saint Pierre (139). On cite son zèle et sa vigilance contre les hérétiques, notamment Cerdon et Valentin, regardés comme les précurseurs du manichéisme. Il établit des règlements touchant la discipline et réforma la hiérarchie du clergé. Sa mort est placée en 142. Bien qu’il soit inscrit au Martyrologe romain, il n’est pas certain qu’il ait souffert pour la foi.
SAINT THÉODOSE LE CÉN OBIARQUE.
Un grand amour de la retraite, puis une vie active et méritoire, ainsi peut-on résumer la légende de Théodose. Sa piété le fit employer sou-
11 janvieb. — SAINT THÉODOSE LE CÉNOBI ARQUE.
vent comme lecteur de l’Écriture pendant les offices : un jour qu’il lisait le commandement donné à Abraham de quitter son pays et sa famille, il le prit pour lui-même, et, sans hésiter, se rendit de la Cappadoce, où il était né, à Jérusalem. Après être resté là quelque temps sous la direction d’un saint vieillard appelé Longin, il se retira sur une montagne et y vécut seul durant trente ans, adonné aux jeûnes, aux veilles, à l’oraison, aux larmes et à la complète mortification de ses appétits. Peu à peu le renom de sa sainteté et le bruit de ses miracles attirèrent un grand nombre de gens, qui venaient chercher auprès de lui la paix et le salut de leur âme.
Sachant qu’on n’est pas seulement au monde pour soi, mais aussi pour le prochain, Théodose céda au vœu général de ses frères et fit bâtir, non loin de Bethléem, un monastère assez vaste pour contenir les religieux, les pèlerins et les malades. Dans l’enclos des bâtiments il y avait quatre églises, dont trois destinées aux Grecs, aux Arméniens, Arabes et Perses, et aux chrétiens du Nord. Afin de préserver les moines du danger de l’oisiveté, l’abbé les obligeait tous à des travaux utiles, sans être incompatibles avec l’esprit de recueillement. Il était l’ami de Babas et lui faisait de fréquentes visites. Aussi Salluste, patriarche de Jérusalem, qui appréciait leur mérite, désigna le premier pour supérieur de tous les anachorètes de la Palestine, et mit le second à la tête de tous les cénobites, d’où son surnom de Cénobiarque (en grec, chef des moines ).
Vers 514, l’hérésie d’Eutychès, qui niait la nature humaine du Christ, ayant trouvé un ardent appui dans l’empereur Anastase 1er, Théodose écrivit à ce prince qu’il aimait mieux mourir, lui et ses disciples, plutôt que de propager une erreur condamnée par quatre conciles. Puis, parcourant le pays, il se mit à prêcher la saine doctrine. L’empereur le bannit à perpétuité; mais, comme il mourut trois ans après, l’exilé revint en triomphe parmi ses religieux et ne quitta ce monde qu’en 529, à l’âge de cent cinq ans.
SAINT BENOIT BISCOP.
Compagnon de saint Wilfrid, il représenta, comme lui, l’unité romaine, et dut à son intelligence, à ses goûts d’artiste, à son érudition, une place d’honneur dans les annales de l’église anglo-saxonne.
Il naquit en 628, dans les rangs de la haute noblesse. Son véritable nom était Biscop Baducing. Habile aux exercices guerriers, quoique d’un naturel austère et méditatif, il remplit une charge féodale à la cour d’Oswy, roi de Northumbrie. A vingt-cinq ans, il conçut le dessein d’abandonner le monde, et partit pour Rome en compagnie de Wilfrid, dont il se sépara à Lyon. Ce pèlerinage lui procura de si intimes jouissances, qu’il le renouvela, par dévotion, jusqu’à six fois, marque toute particulière d’héroïsme si l’on se reporte à l’époque et aux fatigues sans nombre de cette longue route. Entre temps, il se voua tout à fait au service de Dieu en revêtant l’habit monastique (665) dans l’île de Lérins, qui venait d’adopter la règle de saint Benoît. C’est probablement alors qu’il reçut le nom de ce glorieux patron, sous lequel il est connu. Il était retourné à Rome, bien résolu à n’en plus sortir, lorsque le pape Vitalien le donna pour interprète au Grec Théodore, qui allait occuper le siège de Cantorbéry (669).
Après deux années de séjour auprès du nouveau primat en qualité d’abbé, Benoît gagna le cœur du jeune roi Egfrid, qui lui octroya, entre les embouchures du W ear et de la Tyne, un domaine assez vaste poui nourrir plus d’une centaine de familles. De là vint l’établissement de deux monastères célèbres, Wearmouth (674) et Yarrow (682), dédiés le premier à saint Pierre, le second à saint Paul, et rattachés à la grande société bénédictine. Comme ils étaient voisins, leur fondateur en fut le supérieur naturel ; et afin d’être plus volontiers à la disposition du roi, qui réclamait sans cesse ses conseils, il se donna pour coadjuteurs l’éminent abbé Ceolfrid et son neveu Easterwine. Non seulement il enseigna à ses religieux, absolument ignorants, les pratiques de piété en usage dans les maisons de France et d’Italie, mais il les astreignit à
13 janvier. — SAINT HILAIRE DE POITIERS.
défricher et à cultiver le sol, ainsi qu’à toutes sortes de travaux manuels. Il institua un collège où il professa publiquement, et il se trouva en même temps près de six cents moines qui suivaient ses leçons.
Ce qu’il faut signaler en lui, c’est un zèle extraordinaire pour ce qui pouvait relever la gloire et la beauté des églises et ajouter à la pompe des cérémonies religieuses. L’Angleterre, à cette époque reculée, était encore plongée dans la barbarie : il n’y avait presque point de temples ni de chapelles bâtis en pierre ; l’usage des vitres aux fenêtres y était inconnu, de même que celui des peintures sacrées, et l’on n’y trouvait les livres qu’en infime quantité. L’industrieux abbé dut pourvoir admirablement à tous ces besoins. Il amena avec lui d’outre-mer des maçons, des vitriers, des peintres habiles en leur art, et fit construire des basiliques de matériaux solides, garnir les croisées de vitraux historiés, et décorer autels et murailles de tableaux et d’images rapportés de Rome ou reproduits d’après les naïves représentations des Catacombes. Il enrichit aussi les bibliothèques d’un grand nombre d’ouvrages pieux.
Enfin, il ne manqua pas de procurer à son pays des reliques précieuses, don des papes, qui l’avaient toujours tenu en grande affection. L’un d’eux, saint Agathon, envoya auprès de lui le chantre Jean, abbé de Saint-Martin, afin de régler suivant l’usage romain tout ce qui concernait la célébration des offices. Benoît y devint lui-même si instruit , qu’il prit plaisir à composer sur ce sujet un petit traité, qui fit longtemps autorité dans la liturgie anglaise. Il mourut des suites d’une paralysie très douloureuse, le 12 janvier 690.