SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE
DOCTEUR DE L’ÉGLISE
L’Eglise a fait le plus magnifique éloge des vertus et de la science de eet illustre évêque en le mettant au nombre des saints et en lui donnant le titre de Théologien, qu’il partage seul avec saint Jean l’Evangéliste.
Né, en 327, à Arianze, bourgade du territoire de Nazianze, en Cappadoce, il était Taîné des trois enfants de saint Grégoire l’Ancien, qui fut évêque, et de sainte Nonne. Consacré à Dieu dès sa naissance, il fit des Livres sacrés sa première lecture. L’ardeur de l’étude l’embrasait : très jeune encore, il partit avec saint Césaire, son frère cadet, à la conquête de la science. Après quelque séjour à Césarée et à Alexandrie, il s’embarqua pour Athènes et faillit périr au milieu d’une affreuse tempête. Le ciel lui accorda une faveur précieuse en lui donnant pour ami « le plus sage des hommes », saint Basile.
« Je partageais sa demeure, ses études, ses méditations, » dit-il. a Tout était commun entre nous. Il semblait qu’une seule âme animât nos deux corps. Mais ce qui acheva en nous cette union si intime, c’est le service de Dieu et l’amour de toutes les vertus. Bien loin de nous laisser aller à la contagion du mauvais exemple, nous avions le bonheur de porter au bien tous ceux avec qui nous étions liés. » Il n’en fut pas de même de Julien, leur compagnon d’études; car ils pressentirent tous
Fig. 85. — Symbole de la Trinité.
D’après une miniature du XVIe siècle.
deux dans le futur empereur un ennemi redoutable du christianisme.
En 356, Grégoire quitta Athènes, passa par Constantinople, où il retrouva Césaire , et revint avec lui en Cappadoce. Alors seulement il se jugea digne de recevoir le baptême (358), et, renonçant au siècle, il alla goûter auprès de Basile les austères jouissances de la solitude. A vrai dire, c’est Tunique passion qu’il ait connue ; elle le domina toute sa vie. « Rien, )) dit-il, (( ne me paraissait préférable à l’état d’un homme qui, détaché du monde et de la chair, séparé autant que possible des choses humaines, s’entretient avec Dieu et sa pensée, et, nourrissant en lui-même des images pures de tout mélange terrestre, travaille à faire de son âme le parfait miroir des choses divines. »
Bientôt son père le rappela, l’ordonna prêtre (360), se déchargea sur lui des fonctions épiscopales, dont son grand âge le rendait presque incapable. Il instruisait le peuple, il le défendait contre les vexations des magistrats romains ; il composait, pour épancher ses tristesses et consoler ses amis, des poésies religieuses, remplies de beautés neuves et touchantes. Dans l’espace de quelques années, il perdit tous ses parents, et s’enferma dans un monastère de Tlsaurie. Il y vivait dans une retraite profonde lorsqu’il fut frappé du coup le plus sensible qui pût l’atteindre, la mort de saint Basile (379).
L’Eglise de Constantinople était devenue depuis quarante ans la proie de l’arianisme ; Théodose s’efforça de la relever. Sur les instances des catholiques, Grégoire se rendit dans la nouvelle capitale (380). Son extérieur pauvre et chétif, son corps exténué par les austérités et les maladies, l’exposèrent tout d’abord aux railleries des hérétiques. Comme ces derniers étaient en possession de tous les temples, il fut obligé de prêcher dans une maison particulière, à laquelle il' donna le nom d ' Anastasie (résurrection), parce qu’il y ressuscita en quelque sorte la foi de Nicée. Tous ceux qui venaient l’entendre, et de ce nombre fut saint Jérôme, ne pouvaient s’empêcher d’admirer son profond savoir, ainsi que la manière claire et élégante dont il exposait les vérités les plus abstraites ; mais s’il opéra beaucoup de conversions parmi ses auditeurs, l’audace des ariens s’en accrut d’autant, et plusieurs fois sa vie fut en danger. L’archevêque Mélèee étant venu à
mourir sur ces entrefaites, le concile, alors assemblé, élut Grégoire à sa place (381). De nouvelles réclamations s’élevèrent ; son élection fut contestée vivement par les évêques d’Egypte et de Macédoine. Rien ne lui eût été plus aisé que de confondre les opposants, s’il avait voulu se défendre. Il saisit au contraire avec empressement cette occasion de se soustraire à tant de cabales, et, après avoir déclaré que, pour calmer la tempête, il subirait volontiers le sort de Jouas, il abdiqua en plein concile. Puis, dans l’église de Sainte- Sophie et devant une foule immense, il prononça son discours d’adieu, la plus touchante de ses homélies.
Enfin, Grégoire rentra dans sa chère solitude natale. « Je vis au milieu des rochers et des bêtes sauvages, » écrivait-il. ce Je n’ai jamais de feu; je ne me sers point de chaussures, et une simple tunique fait tout mon vêtement. Je couche sur la paille, avec un sac pour couverture, et le plancher est toujours arrosé de mes larmes. » Il mourut à Arianze, en 389. Rome possède au Vatican ses reliques, qui y ont été transportées de Constantinople. L Eglise entière a hérité de ses ouvrages, dans lesquels elle trouve des jugements sans appel en matière de dogme et des modèles incomparables pour l’éloquence de la chaire. Il est l’un des quatre grands docteurs de l’Eglise d’Orient.