‹ La Vie des saintsChapitre 205 sur 536 · SAINT AUGUSTIN DE CANTORBÉRY · texte numérisé non relu

SAINT AUGUSTIN DE CANTORBÉRY

A la suite de la conquête de la Grande-Bretagne par les Anglo-Saxons, le christianisme avait peu à peu disparu des parties méridionales et orientales, refoulé dans les régions celtiques du nord et de l’ouest. A la différence des envahisseurs du continent , ceux-ci furent rebelles à la religion du peuple qu’ils avaient subjugué : les vainqueurs demeurèrent païens et les vaincus le redevinrent. Les Anglo-Saxons avaient des institutions politiques intelligentes et libres, une rare vitalité sociale, cer-

, . Fig. 100. — L’Imposition des mains pour l’ordination. D’après

tailles YertllS natives et^ une peinture des Catacombes.

dit un historien, « des penchants nobles inconnus au monde romain », mais gâtés par une religion qui tolérait tous les vices et peut-être même les sacrifices humains, par une avidité qui cherchait des gains honteux dans ce commerce des esclaves dont Rome, six siècles après Jésus-Christ, était encore le grand entrepôt. Souvent le pape Grégoire Ier, alors abbé du monastère qu’il avait fondé dans sa propre maison, s’était arrêté devant ces jeunes

hommes du Nord; souvent il en avait racheté quelques-uns pour en faire des chrétiens. Il avait eu le projet, auquel s’opposaient les Romains, d’aller évangéliser l’Angleterre. Devenu pape, il n’oublia pas le rêve de sa jeunesse; il chercha l’homme dont il voulait faire l’apôtre des Anglo-Saxons, et il le trouva en la personne d’Augustin, prieur de son monastère de Saint-André au mont Coelius (596).

Jusqu’à ce moment, on ne sait rien de la vie d’Augustin. Il partit accompagné de quarante moines, muni de lettres de recommandation pour les évêques gaulois et pour Brunehaut, à laquelle Grégoire demandait de fournir des interprètes à sa mission. La traversée des Gaules se fit sans trop de peine, et en 597 ces nouveaux et pacifiques conquérants débarquèrent sur la côte anglaise, à l’île de Thanet, entre les villes modernes de Sandwich et de Ramsgate. Augustin envoya ses interprètes vers le roi Ethelbert, qui régnait dans le Kent et qui venait d’acquérir une sorte de primauté sur les autres rois de l’heptarchie, avec le titre de brefwalda ou chef temporaire de la confédération saxonne. La femme d’Ethelbert, Berthe, fille de Caribert et petite-fille de Clovis, était chrétienne ; aussi le roi se montra-t-il tout d’abord favorable aux missionnaires. Après leur avoir dit : (( Nous ne vous empêcherons pas de prêcher votre religion, et vous convertirez qui vous voudrez, » il leur permit de venir à Cantorbéry, ville royale, où Augustin et ses compagnons firent une entrée solennelle, la croix en tête, en chantant des litanies.

Les moines se mirent à l’oeuvre, et bientôt les néophytes se présentèrent en si grand nombre, qu’ils durent faire un choix, n’acceptant que les plus dignes. Séduit par leur vie austère et par la beauté de la foi qu’ils annonçaient, troublé par les miracles qu’il avait vu accomplir sous sesyeux, Ethelbert ne tardapasàdemanderle baptême, donnantainsi l’exemple à son peuple, et il le reçut des mains d’Augustin, le jour de la Pentecôte 597. ‘Aux fêtes de Noël de la même année, ce sacrement fut administré à plus de dix mille Anglo-Saxons, à l’embouchure de la Medway dans la Tamise, en face de File de Sheppey. Leroi abandonna son propre palais à Augustin, qui était allé se faire sacrer archevêque des Anglais par le métropolitain d’Arles, Virgile. A côté de la rési-

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