JUIN. — SAINTE CLOTILDE
Dans un mouvement de colère, il éclata en reproches, disant : « Mon fils est mort parce qu’il a été donné à ton Dieu ; il vivrait encore s’il eût été mis sous la protection des miens. )) Devenue mère d’un second fils, Clotilde obtint la même faveur que pour le premier, et cette fois l’enfant, atteint d’une grave maladie, fut sauvé par les prières de Clotilde. Ce miracle frappa vivement le barbare ; il ne voulut pas se rendre toutefois avant d’être convaincu de la vérité. L’occasion se présenta en 496 , pendant la bataille qu’il livrait aux Allemands, à Tolbiac, près de Cologne. Ses soldats pliaient, écrasés par le nombre ; Clovis, se voyant perdu, invoqua le Dieu de Clotilde et promit d’embrasser la religion qu’elle professait, s’il remportait la victoire. A peine a-t-il achevé qu’il voit le courage renaître parmi les siens. Le roi des Allemands est tué, et ses guerriers, mis en désordre et craignant d’être massacrés, font leur Flg' 110- — cl0Vls et ses guemers Francs reçoivent Ie
baptême. D’après une peinture à fresque de J. Blanc , à SOlinnSSlOn. Au retour de la l'église de Sainte-Geneviève, à Paris. XIXe siècle.
guerre, Clovis appela auprès de
lui saint Remi, évêque de Reims, qui. de concert avec Clotilde, prêcha aux Francs la foi chrétienne. La magnificence du culte catholique, la beauté des églises, la sainteté des prêtres pénétrèrent de respect les soldats barbares. La plupart d’entre eux, trois mille au moins, consentirent à recevoir le baptême avec leur chef, et l’évêque put dire, le jour de Noël 496, dans la cathédrale de Reims, en répandant l’eau lustrale sur la tête de son disciple : (( Corwbe le front, fier Sicambre; brûle ce que tu as adoré et adore ce que ta as brûlé. » Par un hasard singulier,
Clovis se trouvait être le seul roi d’Occident qui fût orthodoxe. Aussi sa conversion fut-elle pour le clergé des Gaules et tous les catholiques un jour de triomphe, et saint Avit, évêque de Vienne, lui écrivit : « Ta foi est notre victoire. »
Avant de mourir (511), Clovis partagea ses États entre ses quatre fils, qui vécurent d’abord en bonne union; mais Clodomir ayant été tué dans une bataille, ses frères se partagèrent son royaume au détriment des enfants qu’il laissait. Clotilde ayant pris le parti de ses petits-fils, Clotaire et Childebert résolurent de s’en défaire. Ils lui envoyèrent une épée et des ciseaux en lui disant de choisir. Elle comprit que c’était la mort ou le silence d’un monastère, et il lui échappa qu’elle aimait mieux les voir privés de vie que de leurs droits légitimes. Ce fut l’arrêt desjeunes princes : leurs oncles en mirent deux à mort ; le troisième échappa, devint moine et fut canonisé plus tard sous le nom de saint Cloud. Ce tragique événement plongea Clotilde dans une profonde douleur. Elle se retira à Tours, auprès du tombeau de saint Martin, tout occupée de prières et d’œuvres de pénitence, et c’est là que, devenue infirme et fort âgée, elle mourut le 3 juin 545.