SAINTE FÉLICITÉ
En 162, vivait à Rome dans la retraite et la prière une matrone illustre, entourée de sept fils, qu’elle formait aux vertus chrétiennes. On ne connaît pas sa famille; son prénom était Félicité. Par son exemple et ses bonnes œuvres, elle attirait chaque jour de nouveaux prosélytes. Les prêtres païens en prirent ombrage et la dénoncèrent au préfet Publius. Celui-ci l’invita d’abord à rendre raison de l’accusation portée contre elle, et il essaya de la gagner par des paroles flatteuses, en insistant d’autre part sur le danger de la résistance. « Ni tes caresses ni tes menaces n’ont de prise sur moi, » dit Félicité. (( J’espère avec l’aide de Dieu triompher des épreuves auxquelles tu prétends soumettre ma fidélité. — Malheureuse ! » repartit Publius, (( s’ib t’est si agréable de mourir, laisse du moins vivre tes enfants. — Si mes enfants ne sacrifient pas aux idoles, c’est alors qu’ils vivront véritablement; mais s’ils le faisaient, la mort éternelle serait leur partage. »
Le lendemain, le préfet, siégeant sur son tribunal au forum de Mars,
10 juillet. — SAINTE FÉLICITÉ.
la fit venir de nouveau, mais cette fois avec ses fils. Il lui renouvela sa proposition en ajoutant : « Aie pitié de tes enfants, qui sont à la fleur de l’âge. » Félicité se contenta de répondre : « Ta prétendue compassion est une impiété et je serais la plus barbare des mères si j’y cédais. Regardez le ciel, mes enfants ; tenez vos yeux en haut ; c’est là que le Christ vous attend parmi ses élus. Persistez dans son amour et combattez pour vos âmes. )) Publius la fit souffleter pour avoir donné un pareil avis, appela successivement les sept frères, et n’obtint
Fig. 142. — Les Sept frères martyrs, fils de sainte Félicité. D’après une peinture à fresque des Catacombes.
d’aucun d’eux un acte de renonciation ou de faiblesse. On les renvoya devant des juges subalternes, chargés d’appliquer la peine. Ils ne furent pas plus heureux que le préfet, et condamnèrent les accusés à différents supplices : Janvier, l’aîné des fils, fut assommé avec des fouets garnis de plomb ; Félix et Philippe eurent la tête fracassée à coups de massue; Sylvain fut précipité d’un lieu élevé ; Alexandre, Vital et Martial périrent par le glaive; Félicité mourut de la même manière. Le martyre de ses enfants eut lieu le 10 juillet, et le sien fut différé jusqu’au 23 novembre, jour où l’on célèbre isolément sa fête. On a découvert, en 1856, le lieu de leur sépulture dans l’une des Catacombes de Rome.
SAINT PIE Ier.
Né à Aquilée, il vint de lionne heure à Rome, et fut admis au nombre des diacres. Sa piété lui fit donner le nom de Pie ( Pius .) A la mort du pape Hygin, il fut élu pour lui succéder, le 9 avril 142, et, avec l’aide des lumières de Justin, le philosophe chrétien, il combattit l’hérésie de Valentin et refusa de communiquer avec Marcion, qui tentait d’introduire dans l’Eglise la doctrine fataliste des deux principes. Sur les instances de Praxède, fille du sénateur Pudens, il consentit à établir une fontaine baptismale dans son palais du Viminal, rendu si vénérable par le séjour qu’y avait fait saint Pierre. Il acheva son pontificat en 157, et on l’inhuma dans la crypte vaticane.