‹ La Vie des saintsChapitre 279 sur 536 · SAINTS SAVIN ET CYPRIEN · texte numérisé non relu

SAINTS SAVIN ET CYPRIEN

Vers la fin du cinquième siècle, deux frères, natifs de cette partie de la Gaule lyonnaise qu’on a depuis appelée la Bresse, quittèrent leur famille , qui y tenait une position honorable, pour se livrer à l’apostolat. Après s’être arrêtés en divers endroits, ils arrivèrent dans le Poitou, que les Visigoths, en l’occupant, avaient infesté des erreurs d’Arius. Ils ne tardèrent pas à être inquiétés par les hérétiques. Ils furent poursuivis et obligés de se séparer pour échapper plus facilement à travers les bois, dont le pays était couvert. Savin s’était réfugié dans une petite de nommée le Gué de Sceaux, entre la ville actuelle de Saint-Savin et Antigny. Il y exerçait son ministère charitable, lorsque sa retraite fut découverte. Pressé de renoncer à sa foi en la Trinité et en la divinité de Jésus-Christ, il résista et eut la tête tranchée. Cyprien, qui avait pu gagner Antigny, subit bientôt le même sort avec le même courage, malgré son extrême jeunesse. Plus tard, leurs restes furent recueillis et

12 juillet. — SAINT JEAN GUALBERT.

ensevelis dans le meme tombeau, aux Trois Cyprès ; ce tombeau ligure depuis le onzième siècle dans la crypte de l’église de Saint-Savin, la-

Fl

fl (If

Fig. 143. — Saint Savin et saint Cyprien, amenés devant le proconsul Maxime.

D’après une fresque de l’église de Saint-Savin (Vienne). XIe siècle.

quelle est ornée des fresques les plus anciennes de France. Le nom des deux frères ne tarda pas à devenir célèbre dans la contrée, et étendit au loin la renommée de leurs miracles.

SAINT JEAN GUALBERT.

Parmi les congrégations religieuses qui sortirent, comme autant de rejetons, du tronc vigoureux de l’ordre de Saint-Benoît, celle de Yallombreuse était une des plus célèbres en Italie pour la sévérité de la règle qu’on y suivait, et la sainteté de son fondateur, Jean Gualbert. Il était né à Florence, vers l’an 1000, d’une famille noble et riche, qui lui fit embrasser le métier des armes. Il s’y était acquis déjà de la répu-

tation, lorsque son frère Hugues fut tué dans une querelle : jurant de ne prendre de repos qu’après le châtiment du meurtrier, il se mit à sa recherche. Allant un jour à Florence et commençant à désespérer de jamais mettre la main sur lui, il l’aperçut tout à coup qui venait à sa rencontre, dans un chemin si étroit que toute fuite était impossible. Il tire l’épée et se précipite sur son ennemi, mais celui-ci tombe à genoux et demande grâce au nom de la passion de Jésus-Christ, dont on célébrait la mémoire ce jour-là. Gualbert se souvient de Jésus priant pour ses bourreaux, son cœur s’attendrit, il oublie ses serments de vengeance, et pardonne. Il continue sa route jusqu’à l’abbaye de San-Miniato, qui appartenait à l’ordre de Saint-Benoît, entre dans l’église, et semet àprier avec une ferveur toute nouvelle. Il reconnaît la main de la Providence dans ce qui vient de se passer ; sa vocation se révèle à lui, un dégoût du monde le prend soudain, et il va se jeter aux pieds de l’abbé, confessant ses fautes, lui demandant une place parmi ses religieux.

Devenu moine, il édifia bientôt le monastère par ses vertus, et l’abbé étant mort, il fut, à l’unanimité, choisi pour son successeur. Mais il préférait l’obscurité et l’obéissance aux honneurs, et quelque temps après il se retira dans la solitude de Vallombreuse. Il y avait déjà deux ermites; d’autres religieux arrivèrent en grand nombre, et Jean fut encore une fois élu abbé. Il en profita pour réformer dans le sens d’une extrême sévérité la règle, qui était la sienne : il eut soin de la faire observer et selon l’esprit et selon la lettre. Cette tâche accomplie, il combattit de toutes ses forces le grand crime de son temps, la simonie : il réussit à faire déposer Pierre, évêque de Florence, qu’il convainquit d’avoir acheté son siège. Ce fut une grande victoire, car les évêques, qui étaient puissants, se soutenaient les uns les autres dans l’indignité dont beaucoup d’entre eux étaient coupables. Sa charité envers les pauvres était extrême, et il leur eût volontiers donné, dans les cas de nécessité, toutes les provisions de ses monastères : ce qui arriva en plusieurs occasions.

Notre saint mourut le 12 juillet 1073, au couvent de Passignano. Il fut canonisé en 1183.

13 juillet. — SAINT EUGÈNE.

Page 1