‹ La Vie des saintsChapitre 285 sur 536 · SAINT HENRI · texte numérisé non relu

SAINT HENRI

La mort prématurée de l’empereur Othon III menaçait de détruire l’édifice si péniblement élevé par Henri Ier et ses successeurs. Des compétitions s’élevaient de toutes parts, les luttes et les guerres intestines recommençaient; l’Italie voulait se donner un roi ; l’Allemagne était menacée de morcellements sans fin ; trois prétendants se disputaient la couronne impériale. Par son adresse, Henri II réussit à se faire élire, établissant ainsi la paix, du moins pour un moment. Il était fils de Henri le Querelleur, duc de Bavière. Né le 6 mai 972, il fut couronné roi de Germanie à Mayence, par l’archevêque Villegis, à qui appartenait le droit du sacre, le 6 juin 1002.

Cependant ses compétiteurs relevèrent la tête. Il dut mettre Hermann, duc de Souabe, au ban de l’empire ; les autres lui prêtèrent serment, et pour affermir son autorité, il renouvela à Aix-la-Chapelle la cérémonie de son sacre, dont la validité avait été contestée. Il épousa peu de temps après Cunégonde, fille de Sigefroi, comte de Luxembourg, et la fit couronner à Paderborn, où ils reçurent les hommages de leurs vassaux. Pendant ce temps-là, Ardouin, marquis d’Ivrée, se révoltait de l’autre côté des Alpes, prenant le titre de roi d’Italie. Il fallait d’abord arrêter Boleslas, roi de Pologne, qui avait envahi la Bohême. Cette difficile besogne achevée, Henri passa en Italie, où Ardouin s’enfuit à son approche (1008). De retour en Allemagne, il court au secours des Bohèmes, règle en Lorraine une importante question d’investiture, chasse de ses Etats le duc de Bavière qui lui résistait, et reprend la campagne contre les Polonais. Ayant de nouveau passé les Alpes, il fit encore fuir devant lui le marquis d’Ivrée (1013), qui se réfugia dans

15 juillet. — SAINT HENRI.

ses montagnes. Ce fut pendant ce dernier séjour en Italie qu’il se fit sacrer, par Benoît VIII, empereur d’Allemagne, en promettant au pape, premier exemple d’un semblable serment, « de lui garder à lui et à ses successeurs la fidélité en toutes choses )).

Las de tant de guerres (il guerroya encore jusqu’à la fin de sa vie), Henri avait eu plus d’une fois le vif désir de se retirer dans un cloître. Il revint d’Italie par la France, se fit agréger à la communauté de Cluny et voulut se faire moine à l’abbaye de Saint-Vanne de Verdun. L’abbé

Fig. 147. — Autel d'or, donné à l’ancienne cathédrale de Bâle, vers 1049, par l’empereur Henri II.

y consentit, mais lui ordonna aussitôt, au nom de l’obéissance religieuse, de redevenir empereur, et Henri s’y résigna. Sans aucune autre ambition que le bien de ses sujets, il était très pieux : nul n’observait plus strictement le jeûne, les fêtes, tous les devoirs religieux ; il ne commençait aucune entreprise sans avoir prié devant la sainte lance. Un mobile de dévotion entrait dans chacune de ses expéditions : s’il va en France, c’est pour visiter le tombeau de saint Servais ; en Italie, il veut voir les reliques de saint Ambroise. Il gouverne moins avec l’assentiment des grands que par l’appui des évêques et des abbés, dont les synodes ne furent jamais si nombreux que sous son règne. Il tient en

grand honneur et respecte les anciens canons, « dictés, disait-il, non par la bouche des hommes, mais par l’esprit de Dieu ». Il pousse le zèle jusqu’à réformer les couvents, déplaçant les supérieurs et chassant les moines infidèles à leurs voeux. Sa générosité envers l’Eglise fut très grande. Comme il avait gardé pendant tout son mariage avec la vertueuse Cunégonde une continence parfaite, il "résolut, selon son expression, de faire de Jésus-Chrit son héritier : c’est dans ce but qu’il fonda l’évêché de Bamberg, auquel il laissa tous ses biens.

Cette figure d’empereur chrétien éclaire ce sombre siècle. (( Quel temps! » dit un chroniqueur. « On maudit la vie, on ne désire que la mort , les villes sont dépeuplées, les villages en cendre, les bois, les vergers dévastés. Les nobles sont réduits à la mendicité, et l’herbe pousse dans la maison de Dieu. » Henri n’y pouvait rien, mais la tristesse qu’il concevait de ce navrant état de choses ne fut certainement pas étrangère à ses projets de claustration monacale. Il y avait parfois des jours de joie cependant. C’en fut un très grand lorsque le pape Benoît VIII vint en personne rendre visite à l’empereur en son évêché de Bamberg. Il y eut comme un moment solennel de répit, et la nature elle-même sembla vouloir se mettre à l’unisson. « Le paysan, écrit un autre chroniqueur, est joyeux sur son sillon et le clerc au cloître. Chacun peut, en sûreté, jouir des dons que le ciel lui a faits, et, sous la puissance impériale, la pauvreté elle-même paraît riche. »

Ce prince, condamné à de perpétuelles guerres, ne pensait qu’à la paix. Cette préoccupation lui fit demander une entrevue au roi de France Robert le Pieux. Ils se rencontrèrent sur les bords du Chiers, affluent de la Meuse, à Mouzon, et ils échangèrent leurs idées sur cette paix dont le monde avait si grand besoin. Ils rêvaient de rassembler, avec le concours de Benoît VIII, un grand concile à Paris pour accomplir cette tache, aussi noble que chimérique. C’était en 1023. La fin de l’empereur approchait. Il mourut le 14 juillet de l’année suivante, au château de Grona, en Saxe, et fut inhumé dans l’église de Bamberg, au milieu d’un grand concours de peuple, ayant consolidé l’empire et travaillé de toutes ses forces à en faire une véritable monarchie chrétienne. Eugène III le canonisa en 1152.

16 juillet. — SAINT EUSTATHE.

Sa femme Cunégonde,(\\\\ donna sur le trône l’exemple des plus belles vertus, mourut en 1040 et fut aussi enterrée à Bamberg. Canonisée en 1200, elle est honorée le 3 mars.

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