SAINT GERMAIN D’AUXERRE
Cet évêque, l’un des plus remarquables de son temps par la sainteté et l’activité apostolique de sa vie, naquit vers 380, dans la ville qui lui a donné son nom. Sa famille, noble et fortunée, lui fit donne r une excellente instruction, et l’envoya même la compléter à Rome, ainsi qu’il était d’usage pour les jeunes gens destinés aux professions libérales. Il y étudia la jurisprudence, et acquit une réputation d’orateur.
Son mérite le fit nommer gouverneur d’Auxerre par l’empereur Honorius. On connaît peu de chose de cette période de sa vie profane, si ce n’est qu’il avait l’habitude de se livrer passionnément aux plaisirs de la chasse. Chaque fois qu’il avait tué un animal de sa main, il en faisait attacher la tête à un grand arbre qui se trouvait au milieu de la ville. Il paraît que cela rappelait un usage païen, aussi l’évêque Amateur, après lui avoir fait mainte représentation, ordonna d’abattre l’arbre en son absence. A son retour, Germain se met dans une violente colère, menace l’évêque, mais Amateur sourit : il venait d’avoir la révélation que ce chasseur passionné deviendrait un chasseur d’âmes et le remplacerait lui-même sur le siège épiscopal. Sur un signe de l’évêque, Germain est saisi, tonsuré, revêtu de l’habit ecclésiastique, et sa destinée lui est révélée. Il s’y soumet sans protestation, s’y prépare, et, à la mort d’Amateur, il est, en effet, élu par le peuple, le 7 juillet 418.
Notre saint commence alors d’être un nouvel homme : il brille par son angélique pureté, les pauvres sont sa famille, son existence de-
vient clés plus austères, il est le modèle de toutes les vertus épiscopales.
31 juillet. — SAINT GERMAIN D’AUXERRE.
Vers 429, la Grande-Bretagne était désolée par les doctrines de Pélage, et la vraie foi menaçait de tomber sous l’hérésie du farouche Breton. Cet état de choses toucha le pape Célestin Ier, qui envoya Germain au secours des orthodoxes. Il partit avec saint Loup, évêque de Troyes, que les évêques des Gaules lui avaient adjoint, et l’on rapporte qu’en passant par Nanterre, il consacra au Seigneur sainte Geneviève, alors enfant. Accueilli avec enthousiasme en Angleterre, il provoqua aussitôt les pélagiens à une conférence qui se tint à Verulam, et il les confon-
Fig. 170. — Église de Saint-Germain l'Auxerrois, à Paris, au XVII'- siècle.
dit et les réduisit au silence par la solidité de ses arguments. L’orgueil des chefs de l’hérésie contraint à courber la tête, il entreprit la conversion des fidèles égarés, les ramena à la foi, et couronna son apostolat en conférant le baptême à un grand nombre d’idolâtres. Comme il allait partir, les Bretons furent tout à coup attaqués par les Pietés : il resta au milieu d’eux jusqu’à ce que sa présence et ses conseils eussent décidé de la victoire.
A son retour, on le voit courir à Arles intercéder auprès du préfet des Gaules, Auxiliaire, pour son peuple, qu’il avait trouvé accablé d’impôts. En 440, il retourne en Angleterre avec Sévère, évêque de Trêves, et y complète son œuvre de pacification en fondant des écoles et des sémi-
naires, qui devaient être autant de remparts de la foi. A peine a-t-il remis le pied sur le sol des Gaules que les Armoricains, sur le point d’être châtiés pour une révolte, le supplient d’aller demander leur grâce à l’empereur. Son entrée à Ravenne fut un triomphe, et Valentinien III accorda aux rebelles un pardon qu’une seconde révolte rendit, il est vrai, inutile. Ce fut le dernier acte d’une vie si remplie. Il mourait quelques jours plus tard, le 31 juillet 448. Selon la prière qu’il en avait faite, son corps fut ramené à Auxerre; Valentinien se chargea des frais du convoi, que le clergé alla recevoir jusqu’au pied des Alpes.
Plusieurs églises en France ont été mises sous l’invocation de cet illustre prélat, entre autres celle de Paris, construite du douzième au quatorzième siècle.
SAINT IGNACE DE LOYOLA
Le célèbre fondateur de la Compagnie de Jésus naquit en 1491, dans une étable, où sa mère s’était fait porter, en mémoire de l’enfantement de la sainte Vierge. Il était le onzième enfant de Bertrand Jagnez, seigneur de Loyola, en Biscaye, et reçut au baptême le nom d ' Inigo (Ignace). Après avoir été page du roi Ferdinand d’Aragon, il entra dans l’armée, et y mena la vie dissipée des cavaliers de ce temps. Chargé de défendre Pampelune contre les Français (1521), il eut la jambe droite fracassée d’un éclat de pierre et la gauche endommagée par un boulet de canon. Ramené au château de Loyola, il y fut pansé de ses blessures ; mais un os laissé en saillie sous le genou l’eût empêché de porter la botte avec grâce; il se détermina à le faire scier, et comme la jambe était raccourcie d’autant, il voulut qu’on tentât de l’allonger au moyen d’une machine de fer ; mais les efforts n’aboutirent pas, et Ignace resta boiteux. Obligé de garder le lit, il demanda quelques romans pour se désennuyer; il ne s’en trouva pas au château, et on lui apporta la Légende des saints et une Vie de Jésus-Christ. Cette lecture l’attacha plus qu’il ne s’y était attendu : il admira le courage et la patience des martyrs, les austérités des solitaires. La grâce agissant, il n’aspira qu’à les imiter.
31 juillet. — SAINT IGNACE DE LOYOLA.
Dès qu’il fut en état cle sortir, Ignace se rendit à l’abbaye de Montserrat, pèlerinage fameux par une image miraculeuse de la Vierge, y fit une confession générale le 15 août 1522, et suspendit son épée à un
pilier proche de l’autel. Désormais il n’était plus que le chevalier de Marie. A Manrèse, petite ville voisine, il alla loger à l’hôpital et commença ses mortifications par jeûner au pain et à l’eau, hormis le dimanche^ où il mangeait un peu d’herbes cuites qu’il entremêlait de cendre; trois fois par jour, il se donnait la discipline avec une chaîne de fer, et se meurtrissait la poitrine avec une pierre ; il assistait à tous les offices,
et mendiait son pain de porte en porte. Ne trouvant pas cette retraite assez pénitente, il se cacha dans une caverne ; mais ses austérités excessives faillirent lui coûter la vie : on le reporta demi-mort à l’hôpital. Le repos calma la vivacité de son zèle, et, suivant ses historiens, il fut favorisé de grâces extraordinaires, telles que des ravissements et des
Fig. 372. — Collège de Montaigu (Université de Paris). 5VII0 siècle.
extases dans la prière, ainsi que des connaissances surnaturelles sur les mystères de la foi.
Après être resté dix mois à Manrèse, il s’embarqua à Barcelone dans l’intention de visiter les saints lieux, prit terre à Gaète, reçut à Borne la bénédiction du pape, et arriva, le 4 septembre 1523, à Jérusalem. Il se mit à prêcher ; mais les franciscains, gardiens du saint sépulcre, dans la crainte que cet excès de zèle n’irritât les Turcs, le firent arrêter et transporter à Venise, d’où il regagna Barcelone. (( Pendant son voyage, dit Cantù, il avait pris la résolution de fonder un ordre nouveau pour convertir les infidèles. On ne pouvait entraîner la multitude uniquement par la ferveur et la pauvreté, depuis les progrès de la civilisation. B fallait donc demander à l’étude des moyens de succès. Sans
SAINT IGNACE DE LOYOLA
hésiter, âgé de trente-quatre ans, Ignace s’applique à la grammaire et à la philosophie ; il écrit mal et d’une façon décousue, mais il prêche
Fig. 173. — Vœu des premiers compagnons de saint Ignace dans l’église de Montmartre. D’après un tableau de l’école de Simon Youet. XVIIe siècle.
toujours avec tant d’ardeur que l’inquisition, alors très ombrageuse, lui ordonne de se taire, et le jette ensuite dans une prison. ))
Rendu à la liberté, Ignace part seul, à pied, chassant devant lui un âne chargé de ses livres et de ses écrits, et entre à Paris au mois de février 1528. Il recommence ses études au collège de Montaigu, depuis
les humanités jusqu’à la philosophie. Cependant ses exhortations avaient porté leurs fruits ; des étudiants, des maîtres memes, s’attachèrent à lui, d’abord Pierre Le Fèvre, pauvre prêtre savoyard; le Portugais Simon Rodriguez ; quatre Espagnols, François-Xavier, professeur au collège de Beauvais, Jacques Lainez, Alphonse Salmeron, Nicolas Bobadilla; ensuite, un autre Savoyard, Claude Leguay, et deux Français, Jean Codure et Pasquier Brouet. Les voyant bien résolus de se consacrer à Dieu et de répondre à ses vues, Ignace les conduisit à l’église de Montmartre, où tous ensemble entendirent la messe dans la chapelle souterraine (15 août 1534) ; puis ils s’engagèrent, par un vœu solennel, à passer en Palestine, et, dans le cas d’impossibilité, à offrir au saint-siège leurs services.
Deux ans plus tard, ils se trouvèrent de nouveau réunis à Venise, reçurent du pape l’autorisation de se faire admettre au sacerdoce, et se dispersèrent dans différentes universités d’Italie, afin d’attirer quelques étudiants dans leur société ; toutefois, comme ils ne savaient que répondre quand on leur demandait ce qu’ils étaient, Ignace leur dit que, puisqu’ils étaient associés pour combattre le vice et l’hérésie sous la bannière du Sauveur, ils n’avaient d’autre nom à prendre que celui de Compagnie de Jésus. Le passage de la Terre sainte étant fermé à cause de la guerre avec les Turcs, il appela ses compagnons à Rome pour délibérer avec eux sur les règlements de l’ordre nouveau (1538). On convint d’élire un général, qui serait perpétuel et jouirait d’une autorité entière ; et qu’outre les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, ils s’engageraient, par un quatrième vœu, devenu plus tard absolu, à aller partout où le pape les enverrait pour le salut des âmes. Le projet d’Ignace souleva d’abord une assez vive opposition parmi les cardinaux ; mais Paul III, en face des dangers que courait la chaire de saint Pierre, ne crut pas devoir rejeter le secours que lui apportaient des auxiliaires dévoués. Outre une église consacrée sous le vocable de Gesh (d’où leur vint le nom de Jésuites ), il leur donna diverses missions en Italie, et approuva l’institut par une bulle du 27 septembre 1540.
Le fondateur fut élu général, et mit la dernière main à ses Constitutions,
SAINT IGNACE DE LOYOLA
auxquelles il ajouta les Déclarations, qui forment tout un code monas-
tique. Quant à ses Exercices spirituels , c’est moins un livre de doctrine qu’un guide pour les méditations de l’âme. Épuisé de fatigues, usé par
la maladie, il expira, le 31 juillet 1556, à Rome. Grégoire XV le plaça au rang des saints en 1622.
L’institut des Jésuites est le plus fortement constitué des ordres religieux modernes, et celui qui a produit le plus d’hommes remarquables. « Il avait été créé, » a écrit le cardinal de Bausset, <( pour embrasser, dans le vaste emploi de ses attributs et de ses fonctions, toutes les classes, toutes les conditions, tous les éléments qui entrent dans l’harmonie et la conservation des pouvoirs politiques et religieux. Son but était de défendre l’Eglise catholique contre les luthériens et les calvinistes, et son objet politique de protéger l’ordre social contre le torrent des opinions anarchiques, qui marchent toujours de front avec les innovations religieuses. Ce corps était si parfaitement constitué qu’il n’a eu ni enfance ni vieillesse. On le voit, dès les premiers jours de sa naissance, former des établissements dans tous les Etats catholiques, combattre avec intrépidité toutes les erreurs, fonder des missions dans le Levant et dans les déserts de l’Amérique, se montrer dans les mers delà Chine, du Japon et des Indes. )) A la mort de saint Ignace, la Compagnie avait déjà douze provinces, qui comptaient au moins cent collèges, sans les maisons professes. En 1880, le nombre des provinces s’élevait à vingt-deux, et celui des membres à près de dix mille.
1er AOUT.