SAINT EXÜPÈRE OU SPIRE
quelle époque doit-on rapporter l’apostolat d’Exupère dans le Ressin, il est difficile, en l’absence des Actes primitifs de l’indiquer précisément. D’après la légende admise dans le diocèse, la fondation de l’église de Bayeux remonterait au premier siècle, tandis qu’elle ne dépasserait pas la fin du quatrième, selon la chronologie suivie par les Bollandistes et les bénédictins, c’est-à-dire la période où les évêcliés d’Evreux, de Lisieux et de Coutances furent établis avec Rouen pour métropole. Quoi qu’il en soit, Exupère, Romain ou Gaulois de naissance, fut le premier qui prêcha l’Evangile dans cette partie de la Neustrie, appelée le Bessin, et couverte alors de forêts, sanctuaires naturels de la religion des druides. Il convertit un grand nombre d’habitants, notamment le riche Regnobert, qui donna sa maison pour bâtir un oratoire dédié à la sainte Vierge.
Lorsqu’il mourut, chargé d’ans et de mérites, vers 405 probable-
ment, le premier évêque de Bayeux fut inhumé, suivant la coutume, hors de la ville et à l’extrémité du mont Phaunus, oh sa prédication* avait commencé. Un des premiers soins des chrétiens, dès qu’ils en eurent la liberté, fut d’élever une église sur le tombeau de l’apôtre. En 863, à cause des incursions des Normands, on transféra les reliques du saint dans le Gâtinais, et en 943 Aymon, premier comte de Corbeil, les fit déposer dans cette ville, oh il fonda une église collégiale sous le vocable de Spire , abréviation de celui d’Exupère. Aussi notre évêque est-il devenu le patron de Bayeux et de Corbeil.
SAINT ÉTIENNE
PAPE ET MARTYR
Etienne, prêtre romain sous les papes Corneille et Luce, fut désigné par celui-ci comme son successeur, pendant qu’on le conduisait au supplice (mai 254). Ce fut de son temps que s’éleva la fameuse dispute touchant la validité du baptême des hérétiques ; saint Cyprien le prétendait nul, et saint Etienne soutenait, avec raison, qu’il était valide. Plusieurs évêques d’Afrique appuyèrent l’opinion du métropolitain de Carthage, qui poussa les choses à l’extrême ; en quoi le pape ne l’imita point, et, usant avec les dissidents de vigueur et de charité à la fois, il se contenta de leur envoyer ce décret « qu’il ne fallait rien innover, mais s’en tenir à la tradition ».
Après avoir échappé aux premières fureurs de la persécution sous l’empereur Valérien, le pontife fut découvert au moment oh il célébrait la messe; il continua courageusement, et eut la tête tranchée, assis dans sa chaire devant l’autel (2 août 257). On l’enterra dans le cimetière de Calliste.
SAINT ALPHONSE DE LIGUORI
SAINT ALPHONSE DE LIGUORI
DOCTEUR DE L’ÉGLISE
Alphonse-Marie de Liguori naquit, le 27 septembre 169G, à Marianella, bourg voisin de Naples. Il appartenait à une famille noble et ancienne ; son père était capitaine dans les galères. De bonne heure, il manifesta un vif penchant pour l’étude et la piété, que fortifia l’éducation qu’il reçut chez les pères hiéronymites. Telle était la douceur de son caractère en même temps que la ferveur de son zèle pour les exercices religieux, que ses condisciples l’avaient surnommé V Ange. A l’âge de dix-sept ans, il obtint, par dispense, le diplôme de docteur en droit civil et en droit canon, et sa carrière annonçait devoir être des plus brillantes lorsqu’il prit place au barreau de Naples. Grâce à une instruction solide et au crédit de sa famille, il y remporta de nombreux succès. Toutefois le monde ne lui plaisait point, il saisissait toutes les occasions de le fuir, on ne le rencontrait jamais dans les théâtres, les fêtes ou les assemblées, et c’était l’église qui était restée son lieu de prédilection. Les plus riches familles recherchaient son alliance; il répondit à toutes les avances qui lui furent faites par des refus ; la rare beauté delà princesse de Presiccio, que ses parents lui destinaient, ne put même triompher de sa résolution de vivre dans le célibat.
L’occasion s’offrit enfin à lui de renoncer à une profession qu’il avait embrassée avec répugnance. Dans une question de propriété féodale, Liguori négligea, au cours de sa plaidoirie, un des points les plus importants. Le procès fut perdu. Son client, furieux de cet oubli, vint le lui reprocher amèrement. (( Pardonnez-moi, )) répondit le jeune avocat, confus et les larmes aux yeux ; (( pardonnez-moi, j’ai tort ; c’est une faute. » Il courut s’enfermer dans sa chambre, refusa de voir personne pendant trois jours; puis il entra, avec la permission de son père, dans le couvent du Saint-Sacrement, où il prit l’habit monastique, le 31 août 1722. Le temps de son noviciat, abrégé par autorisation supérieure, dura quatre ans; sous-diacre et diacre en 1725, il reçut l’ordination sacerdotale en 1726. Le coeur enflammé d’une charité
ardente, l’esprit purifié par le jeûne et la prière, il se livra avec joie aux pratiques multipliées, aux travaux les plus fatigants de sa nouvelle carrière. D’abord, il s’employa à la propagation de la foi 5 on le vit prêcher tous les jours dans l’une des nombreuses églises de Naples ; ensuite, il parcourut à pied les campagnes, parlant au peuple un langage simple et touchant, et mérita le surnom d’ (( apôtre des pauvres et des ignorants ».
Dans la vie laïque, Liguori était déjà membre de l’association de la Propagande ; quand il eut reçu la prêtrise, il travailla à réaliser son vœu le plus cher, à savoir de répandre l’instruction religieuse parmi les classes peu éclairées, et fonda, en 1732, à l’ermitage de Sainte-Marie, une confrérie composée de prêtres et de séculiers. Après avoir eu à triompher de mille obstacles que lui suscitaient la malveillance et la rivalité du clergé, après avoir vu l’œuvre naissante se dissoudre et se reformer plusieurs fois, il obtint enfin l’approbation du pape BenoîtXIV (25février 1749). L’ordre adopta le nom du Rédempteur, et se répandit rapidement dans le royaume de Naples, en Sicile et dans les Etats de l’Eglise ; les premières maisons furent établies à Conza, à Nocera, à Bovino ; mais ce ne fut qu’en 1811 que les liguonstes (nom sous lequel ils sont plus généralement connus) franchirent les frontières d’Italie : ils fondèrent alors une succursale dans l’ancienne chartreuse de Val-Saint (Suisse), et pénétrèrent ensuite en Espagne, en Autriche et en France.
Quant à Liguori, qui partageait ses soins entre la conduite des affaires de l’ordre et la publication de Ses ouvrages, il fut promu, en 1762, à l’évêché de Santa-Agata par Clément XIII, qui dut lui imposer cette dignité. Il signala son épiscopat par le maintien de la discipline, les bons exemples, les visites pastorales et la création de plusieurs établissements de charité. Quoique déjà âgé et infirme (la constante pratique de la prière lui avait courbé l’épine dorsale), il apporta dans l’exercice de ses devoirs une ardeur évangélique, professant la plus stricte pauvreté, se nourrissant de peu et vêtu de laine grossière. Lors de l’affreuse disette qui ravagea l’Italie en 1764, il vendit son patrimoine, ses effets les plus précieux, jusqu’à ses joyaux épiscopaux pour venir en aide aux malheureux de son diocèse. Affaibli
SAINT ALPHONSE DE LIGUORI
par la vieillesse et les maladies, épuisé par la pénitence et les macérations, et croyant ne plus suffire dignement à son ministère, il sollicita et obtint de Pie VI la permission de résigner son siège (1775). Il se retira à Nocera, dans la principale maison de la congrégation qu’il avait
Fig. 175. — Le Christ consolateur, d’après le tableau d’Ary Scheffer. XIXe siècle.
fondée, et y mourut, le 1er août 1787, à l’age de quatre-vingt-onze ans. Ses écrits, relatifs à la théologie et à la dévotion, sont extrêmement nombreux ; la plupart ont été traduits dans toutes les langues des pays catholiques. Les miracles opérés, soit par lui-même soit par son intercession, l’ont fait ranger au nombre des saints en 1839, et Pie IX l’a proclamé, en 1870, docteur de l’Eglise.