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SAINT PHILIBERT

Le nom de ce saint se rattache à l’une des plus puissantes abbayes de France, Jumièges, si riche en souvenirs historiques et dont les magnifiques restes commandent encore le respect et l’admiration.

Né vers 610, à Eauze, en Gascogne, il était fils de Philibaud, qui, admis dans les ordres après la mort de sa femme, avait été élu évêque de V ic. Elevé d’abord sous les yeux de son père, puis recommandé par lui au roi Dagobert, il fut si profondément touché des instructions de

saint Ouen, qu’à l’âge cle vingt ans, il quitta la cour et la vie militaire pour la vie claustrale. Devenu abbé du monastère de Rebais, en Brie, il résolut, afin de se mieux pénétrer de l’esprit de saint Colomban, d’aller visiter en pèlerinage Luxeuil, Bobbio et les autres communautés qui suivaient la règle irlandaise. L’indocilité de quelques frères l’ayant forcé à quitter Rebais, il se retira non loin de Rouen, dans une presqu’île formée parla Seine, au-dessous de Duclair, et dont le sol pestilentiel n’était alors qu’un vaste marécage, infesté de reptiles et resserré entre d’épaisses forêts. Ce fut dans cette affreuse solitude, dont Clovis II et la reine Bathilde lui avaient fait concession, que Philibert entreprit de fonder son abbaye sous l’invocation de Notre-Dame (655). Il employa ses religieux à défricher les terres, bientôt converties en champs et en prés d’une merveilleuse fécondité. On y vit aborder les mariniers bretons et anglais, qui leur apportaient de quoi fournir au vêtement et à la chaussure en échange du blé et des bestiaux. De plus les moines se livraient à la pêche, et équipaient des barques pour aller dans les ports de mer racheter les captifs et les esclaves. Ils étaient soumis à une règle, dans laquelle les enseignements de saint Basile et de saint Macaire étaient combinés avec les préceptes de saint Benoît et de saint Colomban. « Philibert, » dit un auteur contemporain, « avait coutume d’emmener quelques disciples d’élite pour prêcher dans la province, d’où il arriva que beaucoup de gens, même riches et nobles, venaient en foule vers lui, et renonçant à la fois et à leurs biens et à leur propre volonté, ne demandaient qu’à servir le Seigneur. » Aussi le nombre des moines s’éleva-t-il jusqu’à neuf cents, sans compter quinze cents servants qui remplissaient l’office de frères convers. Outre deux oratoires le fondateur avait élevé à Jumièges une magnifique église en forme de croix, qui fut détruite par les Normands et réédifiée en 1050.

En 674, la nécessité ayant obligé notre saint de faire un voyage à la cour de Thierry II, il ne craignit point de reprocher à Ebroïn, maire du palais, ses injustices et ses cruautés. Il paya de plusieurs mois de prison cet acte de courage, mais ne se croyant plus en sûreté en Neustrie, il remit la conduite de l’abbaye à Richard et passa dans le Poitou. Sur une des grandes îles de la côte, à Her, il fonda un couvent nouveau ou

. -Fig* 197. — Église de l’abbaye de Juinièges, État des ruines en 1820.

moutier (d’où vient le nom de l’île, Hermoutier, puis Noirmoutier), et mourut dans cette tranquille retraite, en 684. Deux ans auparavant, il avait institué, auprès d’Harfleur, une abbaye de femmes, autour de laquelle grandit la petite ville de Montivilliers.

SAINT BERNARD

DOCTEUR DE L’ÉGLISE

Ce saint religieux, l’une des plus grandes figures du moyen âge, fut l’ame de la société chrétienne au douzième siècle. Né en 1091, au château de Fontaine, près Dijon, il était fils de Tesselin, qui descendait des comtes de Châtillon, et d’Alix ou Alette, fille du comte de Montbard. Envoyé à Châtillon pour y faire ses premières études, il étonna ses maîtres par la rapidité de ses progrès. A vingt ans, il sacrifia le rang et la richesse que lui promettait sa naissance à la résolution d’être uniquement l’homme de Dieu; ni les prières de ses amis ni les remontrances de ses parents ne purent triompher du penchant qui l’entraînait vers le cloître. Plusieurs même de ceux qui cherchèrent à le retenir dans le monde finirent par céder à son éloquence déjà redoutable et le suivirent à Citeaux; ses cinq frères, son oncle et plus de vingt autres prosélytes y prononcèrent avec lui des voeux solennels (1114). Il avait souvent à la bouche cette parole : (( Bernard, à quelle fin es-tu venu? )> Dès le premier jour de son noviciat, il commença de pratiquer ce qu’il devait un jour enseigner aux autres. En 1115, afin de vivre dans une solitude plus complète, il détacha de Cîteaux une colonie de douze moines et les conduisit en procession à Clairvaux, sur les bords de l’Aube, lieu d’un aspect si sauvage qu’on le désignait sous le nom de « val d’absinthe ». Il en fut élu le premier abbé.

D’abord il se montra fort sévère sur les plus petits manquements à la règle ; et comme il n’avait pas assez égard à la faiblesse humaine, quelques religieux, fervents d’ailleurs, commençaient à tomber dans le découragement. Ayant reconnu qu’il avait péché par excès de rigi-

SAINT BERNARD

Fig. 198. — Saint Bernard prend possession, avec les moines de Cîteaux, de l’abbaye de Clairvaux, D’après une miniature d’un ms. du XVe siècle.

dite, il s’en punit en se condamnant un long temps au silence. Puis il

suivit la maxime, si souvent répétée dans ses ouvrages, qu’un supérieur doit plutôt gouverner en père que commander en maître. S’il avait à faire une réprimande, à imposer une pénitence, il s’y prenait de manière à montrer qu’il en souffrait plus que le coupable. « D’ailleurs, » ajoutait-il d’ordinaire, « pour vivre dans cette maison, il faut que vous quittiez vos corps; il n’entre ici que des esprits. » Le nombre de ceux que sa direction toute paternelle attirait à Clairvaux allait croissant, et l’on vit jusqu’à sept cents moines obéir au moindre signe de sa volonté. Persuadé que l’activité était le principe du salut, il les exhortait à s’appliquer aux lettres ainsi qu’aux travaux de la terre, y mettant lui-même la main, parce qu’à son avis la nature était la meilleure maîtresse pour l’intelligence des choses de Dieu. Sa principale nourriture se composait de pain bis trempé dans de l’eau chaude. Absorbé dans ses pensées, il semblait ne rien voir de ce qui se passait autour de lui. La malpropreté du corps ou des vêtements lui répugnait comme un effet de l’affectation ou de la paresse.

D’une extrême rigueur envers lui-même, c’était plus encore par l’exemple que par le précepte qu’il poussait à la pratique d’une règle austère, de la prédication et des autres travaux du sacerdoce. Écoutons le témoignage que porte de lui un chroniqueur, Odon de Deuil : « Il parlait aux paysans comme s’il eût toujours vécu à la campagne, aux autres classes comme s’il eût consumé sa vie à en étudier les habitudes ; docte avec les doctes, simple avec les simples, prodigue de maximes de sainteté et de perfection avec les gens d’intelligence, il se mettait à la portée de tous pour gagner les âmes au ciel. Dieu l’avait doué pour calmer et persuader ; il lui avait enseigné quand et comment il devait parler, consoler ou supplier, exhorter ou corriger, connue on peut encore s’en assurer en partie en lisant ses écrits, mais non pas aussi bien que ceux qui l’entendirent ; car tant de grâce était répandue sur ses lèvres, il y avait tant de feu et de véhémence dans son langage, que sa plume, quelque habile qu’elle fût, n’en a pu conserver toute la chaleur et toute la douceur. Ceux qui ne comprenaient pas sa langue demeuraient plus touchés du son de ses paroles qu’après en avoir reçu l’explication, et ils manifestaient leur émotion en se frappant la poitrine

20 AOUT. — SAINT BERNARD

et en fondant en larmes. » Il avait un tel dédain des grandeurs humaines que jamais il ne voulut être autre chose qu’un simple moine, et

Fig. 199. — Façade de l’église abbatiale de la Madeleine, à Vezelay. 511e siècle.

qu’il refusa les évêchés de Langres et de Châlons, ainsi que les archevêchés de Gênes, de Milan et de Reims.

Cependant, obligé de modérer les rigoureuses observances de sa communauté, à cause de ses infirmités précoces, Bernard se rendit peu à peu accessible au monde, et s’habitua par degrés à s’occuper des affaires générales de l’Eglise et de l’Etat. Durant la famine de 1125, il fit montre de la plus active bienfaisance, et depuis il acquit de jour en jour une réputation si brillante, par son savoir et ses vertus, qu’on le regarda comme l’oracle du clergé français.

Après la mort du pape Honorius II (14 février 1130), la majorité des cardinaux élut, le même jour, Innocent II ; mais la minorité, déclarant cet acte illégal, nomma Pierre de Léon, qui prit le nom d’Anaclet et s’établit fortement à Rome. Innocent se réfugia en France où les prélats et seigneurs convoqués à Etampes le reconnurent pour le véritable chef de l’Eglise. Cette assemblée mit dans tout son lustrç la puissante influence de l’abbé de Clairvaux; car on n’y délibéra que pour le charger d’examiner les droits des deux compétiteurs et pour confirmer le jugement qu’il porta en faveur d’innocent. Pendant huit ans, aucun effort 11e lui coûta pour défendre cette cause légitime : il y amena l’un après l’autre les rois d’Angleterre et de Sicile, l’empereur d’Allemagne, le duc d’Aquitaine. Du fond de la solitude à laquelle il revenait toujours, il veillait sur la chrétienté. Lorsqu’il en sortait, aussi robuste de volonté que faible de corps, il tonnait contre les désordres du peuple et de la noblesse, protégeant les opprimés et les malheureux, assistant aux différents conciles, donnant une règle aux templiers, gourmandant les évêques négligents de leurs devoirs ; il intervenait dans les différends entre le pouvoir laïque et le clergé, accusait les princes devant le pape, et reprochait à celui-ci des faiblesses préjudiciables à l’indépendance du saint-siège ; il donnait des conseils, tant spirituels que temporels, parce que tous étaient pleins de confiance et de respect dans son génie, qui dominait le siècle. Au concile de Sens, il fit condamner Abailard. 1

On peut dire que la seconde croisade, bien qu’il 11e l’eût point conseillée, fut son œuvre. Le roi Louis VII la désirait, et le pape Eugène III chargea Bernard d’annoncer la pieuse entreprise. Un parlement fut convoqué à Vezelay, près de Nevers. Louis y parut dans toute la pompé

SAINT BERNARD

royale, au milieu d’une immense multitude, sur une estrade, aux portes de la ville (31 mars 1146). A ses côtés était l’abbé de Clairvaux. 11 fit

Fig. 200. — Apparition de la sainte Vierge à saint Bernard. D'après Mnrillo. XVIIe siècle.

part à l’assemblée des nouvelles funestes arrivées de Palestine, ajoutant que « le Dieu du ciel avait commencé à perdre une portion de sa terre », qu’il fallait courir à sa défense, et que le Christ a dit lui-même : Ceux

qui veulent me suivre doivent prendre ma croix. Il fut interrompu par le cri : (( La croix! la croix ! » qui s’éleva de toutes parts. Aussitôt il se mit, de même que le roi, à distribuer aux assistants les croix qu’ils avaient préparées ; et bien qu’ils en eussent fait apporter plusieurs fardeaux, leur provision s’épuisa vite, et ils déchirèrent leurs habits pour en faire de nouvelles. De Vezelay Bernard passa en Allemagne, ou ses prédications levèrent une nouvelle armée. (( Vous avez ordonné, j’ai obéi, » écrivait-il au pape. « Les villes et les châteaux deviennent déserts, et l’on voit partout des veuves et des orphelins dont les maris et les pères sont vivants. »

Cette expédition, loin d’avoir produit les heureux résultats qu’on en attendait, eut une issue des plus désastreuses. L’animadversion publique fut assez violente pour s’attaquer, non seulement au roi, mais à Bernard lui-même. Il se contenta de répondre qu’il avait espéré que la miséricorde divine bénirait une entreprise formée pour la gloire du Seigneur, et que les croisés devaient s’en prendre à leurs fautes de tous les malheurs dont ils se plaignaient. Cette épreuve, qu’il supporta avec patience et humilité, ne l’empêcha point de travailler, avec son zèle ordinaire, à la conversion des pécheurs et des hérétiques. Il fit, en compagnie du légat Albéric et de l’évêque de Chartres, une excursion dans le Languedoc pour extirper de cette province les erreurs propagées par Pierre de Bruys. La dernière assemblée à laquelle il assista fut celle qui se tint, en 1150, à Chartres, et qui avait pour but de réparer les malheurs de la croisade. Vers le commencement de 1153, une maladie grave conduisit Bernard aux portes du tombeau. Il soupirait après le moment où il verrait la fin de son pèlerinage terrestre. « Je prie Dieu, )) disait-il, « de me retirer du monde à cause de ses scandales; car je m’avoue vaincu par la violence des tempêtes, et je ne me sens plus assez de courage pour résister. » Délivré pourtant de ce premier danger, il se transporta en Lorraine, où, à la prière de l’archevêque de Trêves, il apaisa les dissensions qui s’étaient élevées entre la noblesse et les bourgeois de Metz. Mais, de retour à Clairvaux, il ne fit plus que dépérir, et mourut environné de ses religieux, le 20 août 1153, à l’âge de soixante-deux ans.

21 août. — SAINT PRIVAT.

En 1174, Alexandre III le mit au rang des saints. Il avait acquis des titres à cet honneur insigne par la pureté de ses mœurs, par la ferveur de son zèle, par la loyauté de sa conduite, par la sincérité de ses pieux discours. Il n’a rien dit qu’il ne crut vrai, il n’a rien fait qui ne fût juste. Il contribua à la fondation de quatre-vingts monastères, et affermit au plus haut degré l’autorité de l’Eglise. Même après sa mort, il continua d’instruire et d’édifier les fidèles par ses nombreux ouvrages, écrits avec une onction pénétrante qui n’exclut ni la vivacité ni l’énergie. Le beau et touchant cantique Ave, maris Stella est de sa composition.

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