AOUT. — SAINT SIDOINE APOLLINAIRE
mais la ville fut prise, dépouillée de ses privilèges, accablée d’impôts, et Sidoine n’eut d’autre mo}ren , pour racheter sa vie, que de s’adresser à la clémence de Majorien. En célébrant le nouveau césar dans un poème rempli d’adroites louanges, il obtint pour ses compatriotes l’oubli du passé et de grands avantages dans le présent. Après avoir passé quelques années dans son beau domaine d’Avitac, en Auvergne, au milieu de ses enfants et de ses nombreux amis, il fut appelé à Rome par l’empereur Anthemius (467) ; il lui dédia son troisième panégyrique et reçut eu échange la dignité de chef du sénat et celle de préfet de la cité; au titre de comte qu’il avait déjà il joignit celui de patrice.
Le désir de revoir sa patrie et de lui consacrer le reste de sa vie ramena Sidoine en Gaule, vers la fin de 471. Peu de temps après, la ville de Clermont se vit privée de pasteur par la mort de saint Epargne ; elle jeta les yeux sur le patrice Sidoine pour remplir sa place, et, d’un consentement unanime, elle résolut de ne point avoir d’autre évêque que lui. Sidoine s’opposa de toute sa force à un tel dessein, mais bien inutilement. Sacré évêque, ce fut un homme nouveau, il renonça aux lettres profanes, ne composa plus de vers qu’en l’honneur des saints et des martyrs, et se livra à une étude approfondie de l’Ecriture. Il avait toujours été doux aux faibles, d’un caractère serviable et généreux; il redoubla de charité, et, dans un temps de disette, épuisa ses ressources et vendit jusqu’à sa vaisselle d’argent pour secourir des milliers d’affamés. (( Moi qui suis accablé d’un amas de péchés, » disait-il, « je me vois obligé à prier pour les péchés d’autrui. » Sur ce fondement d’humilité il bâtit l’édifice des vertus dignes d’un vigilant pasteur , ce que les évêques de son temps louent fort en lui, saint Loup et saint Remi entre autres, qui se firent un mérite d’avoir part à son amitié. Ils l’avaient tous en telle estime que les suffragants de Bourges, n’étant pas d’accord sur le choix de leur métropolitain, s’en rapportèrent à sa décision, et le calme fut rétabli.
L’Auvergne ayant été envahie, en 474, par les Visigoths, Sidoine n’hésita point à leur opposer une vigoureuse résistance dans sa ville épiscopale, et, après avoir souffert les horreurs d’un long siège, il alla au-devant du roi Euric, et osa demander à ce prince arien qu’il laissât
aux catholiques la liberté de leur croyance. Loin de rien obtenir, il fut envoyé prisonnier au château de Liviane, à quelques lieues de Carcassonne. Au bout d’un an, il rentra dans son diocèse, où il ne cessa d’agir avec une vigueur toute chrétienne pour adoucir le sort d’un peuple dont il fut constamment le véritable père. Sa vieillesse fut affligée par les tracasseries de deux mauvais prêtres , qui avaient comploté de s’emparer de son siège. Il mourut le 23 août, entre 486 et 488, et fut enterré dans l’église de Saint-Genès, à Clermont-Ferrand, dont il est le patron. Il nous reste de Sidoine Apollinaire un grand nombre d’épîtres en prose et plusieurs pièces de vers, où l’imagination est rehaussée par un style vif, serré, énergique, et par des pensées ingénieuses et brillantes. Quoiqu’on lui reproche de l’affectation et de l’enflure, il n’en doit pas moins être regardé comme le meilleur poète latin de cette époque de barbarie.