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ROI DE FRANCE

Louis de France, que l’histoire connaît encore plus sous le nom de saint Louis que sous celui de Louis IX, naquit à Poissy, le 25 avril 1214. Il était fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, et n’avait que onze ans lorsqu’il fut appelé au trône par la mort prématurée de son père, le 8 novembre 1226.

Né d’un prince dont les contemporains ont vanté la dévotion et la chasteté autant que la valeur militaire, Louis fut élevé par sa mère, devenue régente, dans la pratique des plus hautes vertus. Son enfance, par son ardente piété et son humilité, annonça tout ce qu’il devait être un jour : ce fut véritablement l’enfance d’un saint. (( Dieu, » dit Joinville, son historien , c( le garda par les bons enseignements de sa mère, qui lui enseigna à croire en Dieu et à l’aimer , et attira autour de lui toutes gens de religion. Elle lui faisoit, si enfant qu’il fût, toutes ses heures faire et les sermons ouïr aux fêtes. » Elle disait quelquefois qu’elle aimerait mieux le voir mourir que faire un seul péché mortel. Le vœu de la pieuse mère fut exaucé, sans qu’il lui en coûtât la perte de ce fils, destiné à édifier son siècle et à illustrer la royauté par la pratique de toutes les vertus chrétiennes. Le confesseur de Louis , Geoffroi de Beaulieu , lui rendit , en

effet, ce témoignage « que jamais il ne commit une faute où fût engagé le salut de son âme ».

Si nous avions ici à peindre le roi , dont le gouvernement personnel commença avec sa déclaration de majorité, que, deux ans auparavant, avait précédée son mariage avec Marguerite de Provence (27 mai 1234), nous ferions voir l’habile politique, qui consolida l’oeuvre de ses prédécesseurs par la soumission des grands vassaux et la paix imposée à l’An-

Fig. 207. — Éducation de saint Louis. D’après une miniature d’un ms. du XIVe siècle.

gleterre, le justicier et le législateur dans ces Etablissements célèbres qui furent comme le code de cette brillante époque. Mais c’est le saint, dont nous devons retracer la douce et aimable figure.

Tout jeune encore, il semblait ne vivre que pour Dieu : cette piété ne fit que grandir avec l’homme et le roi. Assidu aux offices religieux, il avait ordonné de les célébrer dans son palais avec autant de solennité que dans une église. Aux heures canoniques, qu’il se faisait chanter, il avait ajouté l’office des morts, et entendait deux messes par jour, quelquefois trois et quatre. A ses repas, il s’entretenait avec des personnes pieuses, des religieux, et ne se mettait au lit qu’ après de longues oraisons, dont il sortait souvent comme d’une extase, tant il s’était anéanti dans la prière et la contemplation du Seigneur. (( Où suis-je? » s’écriaitil alors, perdu dans ces ravissements célestes. A minuit, il se réveillait,

pour entendre chanter matines ; afin de ne pas troubler ses serviteurs dans leur sommeil, il se levait si doucement qu’on ne l’entendait pas. A la pointe du jour, il était encore debout pour assister à primes et commencer sa journée royale par la prière. Ces pieux exercices ne plaisaient pas toujours à ses courtisans, qui trouvaient que c’était beaucoup de temps donné à la messe et aux sermons : « Ils ne se plaindraient pas, » disait-il avec une finesse sans amertume, (( si j’en passais le double

Fig. 208. — Saint Louis lisant la Bible. D’après une miniature d’un ms. du XIVe siècle.

au jeu et à la chasse. » Sa piété, en effet, ne fit tort qu’à ses plaisirs, jamais à ses devoirs royaux. Bien qu’il se confessât tous les vendredis, il ne communiait cependant que six fois par an, à Pâques, la Pentecôte, l’Assomption, la Toussaint, Noël et la Présentation, tant le sacrement de l’Eucharistie lui paraissait redoutable. Le vendredi saint, il allait nu-pieds visiter les églises ; mais pour concilier cette pieuse pratique avec le cérémonial de la cour, il portait des chaussures dont la semelle avait été enlevée. Bien que d’une très faible santé, il observait exactement le jeûne et l’abstinence, faisant maigre non seulement les vendredi et samedi, mais encore le mercredi et quelquefois le lundi.

La charité de Louis et son humilité égalaient sa piété, dont elles dérivaient comme de leur véritable source. Il avait pour maxime qu’il faut

aimer les hommes parce qu’ils sont bons ou afin de les rendre tels. Chaque jour, il se faisait amener cent vingt-deux pauvres, à chacun desquels il était donné deux pains, une mesure de vin, de la viande ou du poisson, plus un denier parisis, et soixante autres pauvres recevaient deux fois par semaine quatre deniers par tête. Dans ses voyages, il ne s’arrêtait nulle part sans secourir et sans réunir autour de lui tous les malheureux auxquels il délivrait de larges aumônes. Aux grandes fêtes, il

Fig. 209. — Saint Louis servant les pauvres. D’après une miniature d’un ms. du XIVe siècle.

servait lui-même deux cents pauvres à la table qu’il leur avait fait dresser dans son propre palais, puis prenant trois des plus misérables et des plus infirmes, il les menait dans sa garde-robe, où il leur lavait les pieds et les habillait de vêtements neufs. Le jeudi saint, il ne craignait pas de Je faire devant toute sa cour. Aussi ses fondations charitables et religieuses furent-elles très nombreuses. Pontoise, Vernon, Compiègne, lui durent leurs hôtels-Dieu, et il accrut considérablement celui de Paris. On sait quelle merveille architecturale, au retour de la Palestine, en 1254, il fit construire à Paris, dans son palais, pour y recevoir la relique de la couronne d’épines : c’est la sainte Chapelle. L’hôpital des Quinze-Vingts, destiné à recevoir trois cents aveugles, l’abbaye de Royaumont, en exécution d’un voeu de son père, celles de Maubuisson et de Longchamp, furent encore fondés par lui. La basilique de Saint-Denis fut reconstruite

par ses ordres, et l’on comprend que, dans le grand mouvement religieux que saint Louis imprima à son temps, l’architecture ogivale ait atteint

Fig. 210. — Saint Louis fait déposer dans la sainte Chapelle de Paris les reliques apportées d’Oiient. D'après un tableau de 31. Albert Lenoir. XIXe siècle.

alors son plus haut point de perfection. Quand on lui reprochait quelques excès dans ce genre de munificence, il disait : ce S’il m’arrive de faire trop

(le dépenses, j’aime mieux que l’excès soit en aumônes faites pour l’amour de Dieu qu’en chose de luxes et en frivolités. »

Les dangers de la guerre, les épreuves de la maladie et de la captivité furent pour les vertus chrétiennes de Louis l’occasion de briller encore davantage, d’atteindre leur dernier achèvement. A la suite d’une maladie qui avait mis sa vie en péril, et surtout sous le coup de l’émotion profonde que lui avait fait éprouver la nouvelle de l’invasion des Mongols en Syrie, et de la dévastation de Jérusalem par l’une de leurs tribus, il s’était croisé en 1248. C’est surtout dans cette guerre que l’on peut dire avec Joinvillequ’il <( met son corps en péril pour le salut des siens ». Vainqueur d’abord à Damiette, il fut plus admirable encore àMansourali, où par son courage et son sang-froid il parvint à rétablir le combat, gravement compromis par la témérité de son frère, le comte d’Artois, qui, avec quinze cents chevaliers, paya de sa vie sa désobéissance à l’ordre donné par le roi de ne pas s’aventurer dans le désert. Marchant à la tête de la cavalerie, il dominait toute l’armée de sa haute taille. Les chevaliers, dispersés dans la plaine, crurent voir l’Ange des combats qui venait à leur secours, tant était grand le prestige que la piété du roi unie à son courage exerçait sur les croisés. « Je vous promets, dit Joinville, que oncques plus bel home armé ne vis. » Bien que les croisés , grâce aux dispositions militaires de Louis et à son héroïsme personnel, fussent restés maîtres du champ de bataille de Mansourah (8 fév. 1250), ils avaient perdu plusieurs des plus illustres de leurs chefs, ainsi qu’un grand nombre de chevaliers, et comme on félicitait le roi de sa victoire : « Que Dieu soit honoré, dit-il, de ce qu’il nous donne, » et en même temps commencèrent à lui choir grosses larmes des yeux à force. )) Larmes de pitié et d’amour pour ses malheureux compagnons, non de découragement et de faiblesse, car c’est dans les épreuves plus cruelles encore qui lui étaient réservées qu’il allait montrer la fermeté la plus inébranlable et la plus admirable résignation. Une chaleur torride jointe à l’amoncellement des cadavres sur le champ de bataille avait développé une terrible épidémie dans le camp des croisés, auxquels les infidèles ne laissaient aucun relâche, les assaillant de jour et de nuit. Le scorbut, les fièvres, la dysenterie les décimaient. La contagion atteignit les plus

robustes. Cependant tel était l’ascendant moral exercé par Louis sur son armée que personne ne songeait à se retirer. Donnant l’exemple à tous, il travaillait lui-même aux retranchements du camp, visitait et soignait les malades, qu’il encourageait ou consolait par sa présence et par ses bonnes paroles.

Bientôt Louis tomba malade à son tour; sa faiblesse devint extrême. Il ne cessa cependant de tout surveiller pour une retraite devenue inévi-

Fig. 211. — Départ de saint Louis pour la croisade. D’après une miniature d’un ms. du XIVe siècle.

table vers Damiette. Après avoir, le 5 avril, fait embarquer les femmes, les enfants, les malades, il se refusa, malgré les supplications des siens, qui lui représentaient son état de faiblesse et de maladie, à monter sur le vaisseau préparé pour lui, et à se séparer de son armée. Louis prit place à l’arrière-garde, entouré de quelques chevaliers seulement. Tel était son état, qu’il s’évanouit en route plusieurs fois. C’est au milieu de^nuées d’ennemis que les croisés se frayèrent un passage jusqu’à Minieh, à quatre lieues de Mansourah. Il fallut descendre le roi de cheval; « tous cuidèrent qu’il alloit passer le pas de la mort ». Bientôt le village fut entouré par l’armée entière des Sarrasins, et Louis fut forcé de se rendre, avec le siens, à l’émir Djemal-Eddin, qui lui fit mettre les fers aux pieds et aux mains.

Conduit à Mansourah, et enfermé dans une maison basse,- il n’avait pour se couvrir la nuit qu’une casaque grossière que lui avait donnée un prisonnier. Quand, plus tard, le Soudan du Caire, Tourân, cherchant à amollir par les douceurs du bien-être une âme inflexible, lui envoya de riches vêtements, il les refusa, disant qu’il ne porterait jamais l’habit d’un prince étranger. Un seul domestique le servait et le soignait dans sa maladie. A peine lui restait-il un souffle de vie. La dysenterie l’é-

Fig. 212. — Mort (1e saint Louis; son âme est recueillie par les anges. D’après une miniature d’un ms. du XIV0 siècle.

puisait. Il était si maigre que les os de l’épine dorsale lui perçaient la peau. Mais son âme n’avait rien perdu de son énergie ; à toutes les propositions du Soudan de lui rendre la liberté, moyennant la cession des villes de Palestine, il opposa un refus absolu. Les menaces, même celle de la torture des bernicles, sorte d’entraves oii l’on broyait les membres, ne purent l’intimider. Il eût souffert la mort plutôt que de prêter le serment qui lui paraissait contraire à sa foi : (( Je suis prisonnier du sultan, )) disait-il simplement ; « il peut faire de moi tout ce qu’il voudra. » Au témoignage de son aumônier, qui était resté auprès de lui, jamais il ne lui échappa un mot de désespoir ni un mouvement d’impatience. Lorsque le meurtre du Soudan du Caire eut fait momentanément passer le pou-

voir aux mains de l’un de ses meurtriers, Actaï, chef des mamelouks, Louis, quoi qu’il lui en pût arriver, refusa de faire chevalier ce Sarrasin qui le sollicitait de lui accorder cette récompense, « pour avoir tué, disaitil, son ennemi ». Tant de courage et de constance remplissaient d’admiration les infidèles eux-mêmes, et un jour les émirs sortirent de sa demeure, ou plutôt de sa prison, en s’écriant que « ce prince franc était le plus fier chrétien qu’on eût jamais vu ».

Fig. 213. — Portrait de saint Louis, peint en 1316 sur un registre de la chancellerie royale. Archives nationales.

Lorsque le traité pour sa rançon et celle de ses compagnons eut été conclu (6 mai 1250), Louis, bien que plusieurs points en eussent été violés par les Sarrasins, mit un tel scrupule à l’exécuter dans toute sa teneur, qu’un de ses conseillers ayant remarqué que ceux-ci s’étaient trompés d’une pesée dans la réception de l’argent de sa rançon, il ordonna que cette somme leur fût immédiatement rendue : lui-même, quelques dangers qu’il pût courir de la mauvaise foi des Sarrasins, ne voulut monter sur le vaisseau qui l’attendait que le paiement entièrement achevé. Les années que Louis passa ensuite en Syrie, à Saint- Jean

cl’ Acre et à Gésarée, furent une bénédiction pour les chrétiens de ces contrées, dont il répara les temples et fortifia les villes pour les mettre à l’abri des attaques des infidèles. A l’enceinte de Caïphas, au pied du mont Carmel, on le vit travailler de ses propres mains, afin de donner l’exemple.

Toujours poussé par cet amour profond pour la religion et la gloire du Christ, Louis entreprit une seconde croisade oii il devait trouver la mort. C’est, en effet, dans l’espoir de convertir à la foi chrétienne le souverain de Tunis, qu’il se croise du nouveau en 1270, et qu’il choisit la plage de l’ancienne Carthage pour lieu de débarquement. Exposée aux ardeurs d’un soleil brûlant, son armée fut cruellement éprouvée parles maladies. En apprenant la mort de son fils, le comte de Ne vers, emporté l’un des premiers, Louis, qui l’aimait tout particulièrement parmi ses enfants, se fortifia contre la douleur qu’il en ressentit en répétant ces paroles de l’Ecriture : « Dieu me l’a donné, Dieu me l’a ôté; que son saint nom soit béni ! )> Atteint lui-même bientôt après, il dicta pour son fils un testament admirable de piété et de bonne politique, puis ne songea plus qu’à se bien préparer à la mort. La croix avait été dressée dans sa tente, au pied de son lit, et souvent il la baisait. Comme son chapelain lui apportait la sainte hostie, il se jeta hors de son lit, tout faible qu’il était, se prosterna et voulut la recevoir à genoux. La veille de sa mort, on l’entendit répéter dans son sommeil : « Nous irons à Jérusalem. )> Au dernier moment, il se fit coucher sur de la cendre, les bras en croix. C’est ainsi qu’il rendit l’âme, le 25 août 1270.

Peu de temps après, Grégoire X fit commencer une enquête pour sa canonisation, qui fut prononcée par Boniface VIII, le 11 août 1287. Saint Louis est le patron de la France.

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