SAINT CÉSAIRE D’ARLES
Césaire, qui fut pendant près d’un demi-siècle le plus illustre et le plus influent des évêques de la Gaule méridionale, était fils du comte de Châlon-sur- Saône, où il naquit en 470. Tout enfant, il montra une
tendre charité pour les pauvres, se dépouillant de ses propres vêtements pour les en revêtir. Son éducation terminée, il pressa l’évêque de l’attacher par les ordres mineurs au service de son église. Enflammé du désir d’une plus haute perfection, il partit secrètement pour le cloître de Lerius, qui était alors la plus célèbre école de science et de piété. Il s’y livra avec la fougue de la jeunesse aux exercices de la pénitence et de la contemplation ; mais l’excès des austérités le réduisit en un tel état d’épuisement, qu’il fut envoyé à Arles pour consulter les médecins. Ce voyage lui procura l’occasion de voir saint Eone, qui lui conféra la prêtrise, et le désigna, avant de mourir, pour son successeur au siège épiscopal. Quelle que fût la résistance de Césaire, il fut forcé d’acquiescer au voeu du peuple, qui le ramena en triomphe du cimetière des Alyscamps, où il était allé se cacher (502).
Durant son pontificat, il présida quatre conciles, entre autres celui d’Orange en 529, dont il composa les canons, et dirigea les grandes controverses de son époque. Ses vertus lui concilièrent l’estime de ses ennemis et, ce qui était plus extraordinaire, des hérétiques eux-mêmes. Les princes barbares qui occupèrent tour à tour la Provence lui donnèrent plus d’une fois, tout ariens qu’ils étaient, des marques publiques de leur vénération. Après avoir épuisé tous ses revenus à réparer les désastres de la guerre, il fit fondre les vases sacrés, arracher l’or et l’argent qui décoraient les églises, et les consacra au rachat des captifs. Ces actes de bienfaisance provoquèrent quelques murmures. «Je voudrais bien savoir, » répondit l’évêque, « si ceux qui me blâment ne seraient pas charmés d’être rachetés de cette manière, s’il leur arrivait semblable malheur. »
Mais la grande influence qu’il exerçait sur les populations éveilla la jalousie des rois goths : sous Alaric, il fut exilé quelque temps à Bordeaux; pendant le siège d’Arles, il fut jeté en prison par les barbares qui défendaient la ville ; Théodoric le fit conduire sous bonne garde à Ravenne. Chaque fois cependant on finit par lui rendre justice et hommage : Théodoric, par exemple, non content de reconnaître son innocence, lui envoya une forte somme d’argent pour ses besoins de charité. De Ravenne Césaire se rendit à Rome, où l'avait devancé le