‹ La Vie des saintsChapitre 354 sur 536 · AOUT. — SAINT AUGUSTIN · texte numérisé non relu

AOUT. — SAINT AUGUSTIN

La mort de sainte Monique, qui le plongea dans un profond désespoir, et à laquelle devait s’ajouter, un an plus tard, celle d’Adéodat, cet enfant de ses péchés, achevèrent de détacher complètement Augustin des choses de la terre. L’année qu’il passa encore en Italie, à Rome, il la consacra à la défense de sa nouvelle foi : c’est là qu’il acheva son traité de V Immortalité qu’il avait commencé à Milan, aussitôt après sa conversion, et qu’il écrivit les Livres contre les manichéens , et ce Traité du libre arbritre , où il défendait la liberté de l’homme contre le fatalisme, comme plus tard il devait défendre la doctrine de la grâce contre les excès des pélagiens en sens contraire.

Lorsqu’enfin, en 388, il revint à Tagaste, il y mena, avec ceux qui l’avaient suivi, Alype, qui allait bientôt en devenir l’évêque, Romanien, Evode, une vie de pénitence, soumise à une règle presque monastique. Il distribua ses biens aux pauvres, et partagea son temps entré la lecture , la prière et la composition de nouveaux écrits en faveur de la foi. Sa réputation de science, sa piété, le tirèrent bientôt, malgré lui, de l’obscurité où il se cachait en quelque sorte. Etant venu à Hippone (aujourd’hui Bône), le peuple demanda par acclamation qu’ Augustin fût consacré prêtre. En vain voulut-il résister à un honneur dont il se croyait encore indigne, il dut céder (390) , mais ce fut dans l’intention de redoubler de zèle. Il fonda un couvent d’hommes à Hippone, et y institua des religieuses. Le premier aussi, il y établit l’usage de la prédication. Il continuait contre les hérétiques la lutte qui devait l’immortaliser; il expliquait le symbole dans le concile général d’Afrique qui se tint à Hippone , et par l’intermédiaire d’ Alype , entretenait avec saint Jérôme et saint Paulin de Noie une active correspondance.

En 396, Augustin consentit à suppléer l’évêque Valère. Coadjuteur, puis évêque d’Hippone, sa modestie contrastait avec les services chaque jour plus grands qu’il rendait à l’Eglise , dont il fut le véritable boulevard contre l’hérésie. Déjà il avait ramené à la foi les tertullianistes et les abéloniens , déjà les manichéens avaient dû subir son ascendant , lorsqu’il tourna tous ses efforts contre les donatistes et les pélagiens. Dans la conférence qui, sur l’ordre d’Honorius, eut lieu entre les donatistes et les catholiques, Augustin, par sa science et son éloquence, as-

sura la victoire à ceux-ci, et les donatistes vaincus tentèrent inutilement d’en appeler à l’empereur. Contre la doctrine de Pélage qui, de l’Afrique, où elle avait fait son apparition en 410, s’était développée en Palestine, il ne se contenta pas d’envoyer à saint Jérôme le secours puissant de Paul Orose, il la combattit en écrivant ses immortels traités sur la Nature de la grâce , qui contribuèrent puissamment à faire condamner cette hérésie aux conciles de Carthage en 416 et 417 , et d’Antioche en 424. En même temps, il se montrait le modèle des évêques. On le vit bâtir des églises et des hôpitaux, discipliner son clergé en le soumettant à la pauvreté et à la vie commune , se porter médiateur entre les indigents et les riches, terminer les différends, juger les procès, catéchiser son peuple, déraciner les derniers vestiges du paganisme qui subsistaient encore dans certaines villes africaines, à Sufficte, à Madaure, à Calame. Aussi énergique que charitable, il savait résister à la foule, et. après une lutte de deuxjours, la faire renoncer aux libations, poussées jusqu’à l’ivresse , par lesquelles , à Hippone , elle avait l’habitude de célébrer la mémoire des martyrs. Tant de travaux ne l’empêchent pas de se livrer à ces épanchements de l’âme , et à ces retours sur lui-même , d’où est sorti ce livre , aussi édifiant qu’admirable , des Confessions , livre où le récit le plus entraînant se mêle à la prière la plus ardente, l’humilité, à l’enjouement et à la grâce , la science à la poésie , la métaphysique à l’histoire , et que la foi domine de toute sa hauteur.

La prise de Rome par Alaric (410) devint pour lui l’occasion d’un autre livre non moins admirable , celui de la Cité de Dieu. Répondant aux païens, qui accusaient les chrétiens de leurs malheurs, et prêchaient le retour aux anciens dieux qui avaient fondé la fortune de Rome, il montrait que c’était bien plutôt aux exemples infâmes de ces dieux , et aux désordres qu’ils autorisaient, qu’il fallait rapporter les désastres de l’empire, mais du même coup il y montrait, au-dessus de ces calamités passagères, les beautés éternelles de la Jérusalem céleste. Bientôt le flot de Barbares , qui avait couvert l’Italie, envahit l’Afrique elle-même. Appelé par le comte Boniface, qui voulait venger l’injure qu’il avait reçue de l’impératrice Placidie , Genseric avec ses Vandales désole cette riche contrée. Dans ces terribles circonstances, Augustin semble grandir en-

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