‹ La Vie des saintsChapitre 370 sur 536 · SAINT LAURENT JUSTINIEN · texte numérisé non relu

SAINT LAURENT JUSTINIEN

La famille patricienne des Giustiniani ne compta pas de plus glorieux rejeton que saint Laurent, le premier patriarche de Venise. Né le 1er juillet 1381, il se fit remarquer, dès l’enfance, par une raison précoce et des goûts sérieux. A dix-neuf ans, il se retira dans une maison de chanoines réguliers, où son application constante à remplir les exercices religieuxjusqu’au degré héroïque le rendit un modèle pour ceux qui sont appelés à la conduite des âmes. Il était général de sa congrégation lorsqu’en 1433 le pape Eugène IV, qui connaissait son éminente sainteté, le promut à l’évêché de Venise.

Bien loin de relâcher quelque chose de l’austérité de sa vie, Laurent l’augmenta, tout en cachant avec soin ses mortifications particulières. 11 retrancha de sa demeure toute superfluité ; il mangeait dans de la vaisselle de terre, n’avait pour lit qu’une maigre paillasse, et pour vêtement qu’une méchante soutane. Un de ses parents, pourvu de quelque bien, l’ayant prié de contribuer à la dot de sa fille, il le refusa en disant : (( Si je vous donne peu, ce n’est pas de quoi vous avez besoin; si je vous donne beaucoup, il faudra, pour la satisfaction d’un seul, priver un grand nombre de malheureux de ce qui leur est nécessaire. » Ses aumônes étaient immenses ; mais il distribuait plus volontiers des aliments et des habits que de l’argent, dont il est plus facile de faire un mauvais emploi; il donnait à tous ceux qui se présentaient, et des dames pieuses portaient de sa part des secours aux pauvres honteux, ainsi qu’à ceux que la ruine avait frappés. S’étant élevé contre les théâtres et le luxe des femmes, il fut l’objet d’une vive persécution de la part des intéressés : on ameuta le peuple contre lui, on l’insulta dans les rues, on fit des plaintes au doge; pour lui, il se montra aussi insensible à ces attaques qu’il l’était aux louanges et aux applaudissements.

En 1451, le siège patriarcal, établi depuis environ neuf siècles à Grado, qui n’était plus qu’un bourg abandonné, fut transféré à Venise, et le premier titulaire en fut Laurent. Quatre ans plus tard, il fut atteint d’une fièvre violente, qui le conduisit promptement au tombeau

Fig. 224. — Pauvre honteux de Venise. D’après un dessin de Cesare Vecellio. XVIe siècle.

(8 janvier 1455). Quoique sapauvreté fût telle qu’ilne lui restait rien dont il pût disposer, il fit cependant son testament, pour exhorter tous les fidèles à la vertu et pour demander qu’on l'enterrât comme un simple religieux dans le couvent de Saint-Georges, où il avait prononcé ses vœux. On a de lui des sermons, des lettres et des traités de piété, dans lesquels il tient le langage le plus propre à inspirer l’amour de Dieu et du

7 septemrre. — SAINTE REINE.

prochain. Alexandre VIII le canonisa en 1690 et fixa sa fête au 5 septembre.

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