SAINTE HILDEGARDE
D’une famille noble, elle naquit en 1098, à Bickelnheim, village du comté de Spanheim, en Allemagne. Son éducation se fit sous la di-
rection d’une religieuse du nom de Jutte, qui vivait en recluse sur le mont Saint-Disibode. L’enfance et la jeunesse d’Hildegarde furent tout ascétiques : elle grandit dans les austérités, les jeûnes, les privations volontairement supportés. Vers l’âge de quinze ans, une maladie singulière la prit, qui ne devait la quitter qu’à la mort : c’était un état de langueur perpétuelle, traversé de douleurs aiguës ; elle pouvait à peine marcher et sa maigreur était extrême. Tantôt elle se trouvait d’une faiblesse à ne point se sentir vivre, et tantôt dans de violents accès de fièvre qui la tourmentaient et la surexcitaient. A diverses reprises , elle devint tout à fait aveugle pendant des journées entières. Des tortures morales se mêlaient à ses souffrances physiques, et c’étaient d’horribles tentations, des blasphèmes qui lui montaient aux lèvres, des pensées de désespoir. Elle apercevait, en visions, des esprits effroyables, mais que des chérubins, armés de glaives de feu, venaient combattre et chasser loin d’elle.
Toujours en méditation, elle entendit, un jour, une voix qui lui commanda de mettre par écrit toutes les choses que Dieu lui ferait connaître; elle obéit, et il en résulta un livre de révélations sur l’avenir, qu’elle donna à son confesseur. Celui-ci, étonné de la sagesse qui se manifestait dans cette simple femme, communiqua le manuscrit à un grand nombre de docteurs, qui n’hésitèrent pas à y reconnaître l’inspiration de l’Esprit-Saint. Ce fut également l’avis d’un concile, assemblé exprès à Trêves en 1148, où le pape Eugène III assista avec dix-huit cardinaux.
Des approbations venues de si haut répandirent partout le bruit de la sainteté d’Hildegarde. On venait la consulter de très loin sur des cas de conscience, sur le moyen de faire son salut. Beaucoup de jeunes filles lui demandèrent l’habit religieux, et son ermitage se trouvant bientôt trop étroit, elle put fonder, grâce à une donation du comte de Spanheim, le monastère de Saint-Rupert , dont elle fut élue abbesse. C’est de là qu’elle commença à écrire des lettres pleines de mystères et de secrets à tous les grands personnages de son temps, qui se faisaient gloire d’entrer en correspondance avec elle. En même temps, elle parcourait l’Allemagne pour annoncer aux peuples les choses que Dieu lui avait dit de manifester, s’adressant aux pauvres et aux paysans aussi
18 septembre. — SAINT FERRÉOL.
bien qu’aux puissants et aux riches; elle entreprenait la conversion des juifs, intervenait dans toutes les disputes théologiques, distribuait des remèdes pour le corps et pour l’âme, apaisait les discordes des Etats et les querelles de famille, prédisait l’avenir, et tout cela avec une autorité si pleine de charme que personne ne savait lui résister.
Comme il arrive maintes fois, tandis que sa réputation s’étendait au loin, Hildegarde avait de la peine à se faire seulement obéir dans son entourage, et ses religieuses murmurèrent souvent contre la sévérité avec laquelle elle les gouvernait; elle eut beaucoup de tourment de ce côté. Arrivée à l’âge de quatre-vingt-deux ans, elle prédit le jour de sa mort, qui arriva, comme elle l’avait annoncé, le 17 septembre 1179, vers le lever du soleil.