SAINT LÉGER
D’une noble famille austrasienne alliée à celle de Pépin, Léger ( Léo degarius ) naquit, vers 616, aux environs de Poitiers. Il fut instruit dans les saintes lettres par l’évêque Didon, son oncle, qui l’associa de bonne heure à l’administration du diocèse, et lui confia le gouvernement de l’abbaye de Saint-Maixent. Ses vertus et son expérience précoce le firent appeler près de Clotaire III par sainte Bathilde, qui désirait s’aider de ses conseils dans sa tâche de régente ; en 659, elle le nomma à l’évêché d’Autun, ou du moins le désigna au choix du peuple et du clergé. Léger remplit avec dévouement ses devoirs épiscopaux, et réunit, en 670, un synode pour la réformation des moeurs et la discipline monastique. A la mort de Clotaire III, il se déclara pour Childéric, avec la plus grande partie de la noblesse franque, contre son frère Thierri, qui s’était fait proclamer à l’instigation d’Ebroïn *,
mais quand Thierri fut déposé, il s’opposa à ce que l’on condamnât au dernier supplice Ebroïn, que ses crimes avaient rendu odieux, et, lui sauvant la vie, il le fit reléguer au monastère de Luxeuil. Devenu roi, Childéric choisit Léger pour son maire du palais et ne gouverna d’abord que par ses conseils ; bientôt les réprimandes de l’évêque, attristé de ses mauvaises mœurs, lui devinrent insupportables, et Léger, remplacé par Yulfoald, qui l’avait noirci auprès du roi, fut exilé à Luxeuil. Il y retrouva Ebroïn, qui lui jura une éternelle amitié.
A l’avènement de Dagobert II (674), Léger put reprendre possession de son siège. Ebroïn, de son côté, profita de la révolution pour sortir du couvent, recommença ses intrigues, suscita un prétendu fils de Clotaire qu’il proclama sous le nom de Clovis III, s’empara du pouvoir et leva une armée pour aller s’emparer à Autun de la personne de Léger. Mais l’évêque avait fait réparer les murailles de sa ville, et les Autunois se disposèrent à soutenir le siège, qui était dirigé par Vaimer, duc de Champagne. Il ne voulut pas, néanmoins, faire répandre le sang de ses ouailles et, sachant qu’on n’en voulait qu’à lui, il se livra à Vaimer qui, suivant les instructions d’Ebroïn, lui fit crever les yeux. L’ordre avait été donné également de le laisser mourir de faim au fond d'un cachot, mais Vaimer fut touché de compassion pour tant de souffrances, et il alla jusqu’à lui rendre le produit du pillage de son palais et de ses églises : Léger les fit passer aux pauvres.
Il était vénéré par le peuple comme un martyr, et Ebroïn, voyant tourner à sa gloire tout le mal qu’il lui avait fait, entreprit de le déshonorer. Dans un concile tenu en 678, il le somma de confesser qu’il était complice du meurtre de Childéric IL Léger, tout en protestant de son innocence, se contenta de répondre que Dieu connaissait le fond de son cœur. Les évêques, affectant de regarder ces paroles comme un aveu, le livrèrent, après l’avoir dégradé, au comte du palais, qui lui fit trancher la tête dans la forêt d’Yveline, dite aujourd’hui de Saint- Léger (2 octobre 678). Le culte du martyr est célèbre en France, où une quarantaine d’églises lui sont consacrées. Il est le patron d’ Autun.
3 octobre. — SAINT GÉRARD DE BROGNE.