‹ La Vie des saintsChapitre 417 sur 536 · OCTOBRE. — SAINT FRANÇOIS D’ASSISE · texte numérisé non relu

OCTOBRE. — SAINT FRANÇOIS D’ASSISE

l’avoir deviné, disait de lui : (( Il deviendra, par la grâce, un enfant de Dieu. ï> Après une grave maladie, il se sentit saisi de dégoût et d’inquiétudes ; il allait songeur par les rues. A quelqu’un qui lui demandait s’il pensait à prendre une femme : « Oui, répondit-il, ((je songe à une fiancée noble, riche, et belle comme vous n’en n’avez jamais vu. d Cette épouse idéale, c’était la pauvreté. Sa résolution prise, il va

Fig. 250. — Saint François d’Assise épouse la Pauvreté. D’après une fresque de Giotto, dans l’église de ce saint, à Assise. XIVe siècle.

faire un pèlerinage à Rome, et à son retour déclare à ses parents qu’il ne veut plus servir que Dieu et qu’il se déshérite lui-même.

Heureux de ne plus rien posséder, François gagne sa nourriture dans d’humbles offices : il fait la cuisine dans un cloître et soigne les lépreux. Puis il se retire dans une cabane qu’il a construite de ses propres mains près de l’église de la Portioncule, et il mendie, vêtu d’une robe grossière retenue par une ceinture de cuir, chaussé de sandales, un sac sur le dos , un bâton à la main. Son père, l’ayant rencontré, le

maudit; alors il choisit pour père un vieux mendiant, auquel il demanda de le bénir. Il rejeta bientôt de son costume les sandales, le sac et le bâton. Au printemps de 1209, il commence à prêcher la repentance dans les rues d’ Assise, disant aux passants : « Que le Seigneur vous donne la paix! » Bientôt sa parole simple, pénétrante et qui trahit les délices de la certitude du pardon, lui amène des disciples ; le premier de tous, Bernard de Quintavalle, riche bourgeois, distribue tout ce qu’il possède aux pauvres, c( ne gardant rien que sa bonne humeur )). D’ailleurs la pauvreté absolue était la première condition de l’ordre qui se formait, et il la fallait à un degré qu’on rencontre rarement dans la pauvreté involontaire.

Quand il eut onze adhérents, dès la fin de 1209, François s’eu alla avec eux présenter sa règle au pape. Il eut du mal à la faire admettre, tant on la trouvait au-dessus des forces humaines ; néanmoins, Innocent III, voyant cette dévorante ardeur, n’osa s’y opposer, et il leur dit : « Allez, mes frères, avec le Seigneur, et prêchez à tous la repentance comme il lui plaira de vous l’inspirer. » Sans reconnaître précisément l’ordre nouveau, il lui donnait toute liberté d’action. De retour à Assise, François nomme ses frères les Minorités , les Mineurs, les petits du royaume de Dieu; plus tard, le nom de franciscains prévalut. Il établit encore deux autres ordres ; l’un de femmes, sous la direction de sainte Claire, et qui devint les clarisses; l’autre, d’une forme toute spéciale et pouvant s’allier avec les apparences de la vie du monde, celui des tertiaires. En faire partie n’obligeait guère à autre chose qu’à être, au sens le plus évangélique, un bon chrétien, à prier à certaines heures, à se vêtir simplement, et, résultat immense en ce siècle de fer, à ne porter des armes que pour la défense de l’Eglise ou celle du pays. Ce troisième ordre prit des proportions prodigieuses : on y vit des rois comme des paysans. C’est par cent et cent milliers que se comptèrent les tertiaires au moyen âge.

Avec la prédication, une des missions des frères mineurs était la conversion des infidèles, et François, en ceci encore, leur donna l’exemple. Après avoir deux fois inutilement essayé de passer chez les Sarrasins, il rejoignit en 1219 l’armée des croisés sous Damiette. Seul, il réussit

4 octobre. — SAINT FRANÇOIS D’ASSISE.

à arriver jusqu’au sultan, qui l’écouta, reconnut la beauté de la doctrine qu’il lui prêchait, lui offrit en vain des présents et le] protégea à son retour au camp. François laissa du moins en Orient le germe de cette congrégation des Pères de la Terre Sainte, toujours

Fig. 251. — Saint François d’ Assise parlant aux oiseaux. D’après une miniature d’un Psautier du XIIIe siècle.

gardienne fidèle du saint Sépulcre. Peut-être que sans l’obligation de se servir d’un interprète, il eût fait une plus vive impression sut l’esprit 'des musulmans. Son éloquence, toute simple, coulant de source, pleine d’images frappantes, singulières, et souvent naïves, était irrésistible. C’était non pas un orateur, mais un poète, un improvisateur, qui prêchait. Le peuple sentait dans sa parole quelque chose de particulièrement divin, un abandon au souffle d’en haut qui l’étonnait, une con-

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viction si profonde, un enthousiasme si spontané, que les plus durs étaient remués jusqu’aux entrailles. Il lisait peu et ne connaissait guère en fait de théologie que les livres usuels de prières : « Je ne veux rien savoir que Jésus crucifié, » disait-il lui-même. Jamais il n’usait que de la langue populaire, quelquefois du provençal, jamais du latin, qu’il ne connaissait pas assez. C’est dans le parler vulgaire qu’il a écrit quelques-unes de ces poésies, d’où devait sortir toute une école, qu’on a appelée les poetes franciscains ; il s’y montre dans l’étroite communion avec la nature, qui est un de ses côtés les plus originaux. François aimait non seulement les hommes, mais il aimait aussi les animaux, et jusqu’aux plantes; et les bêtes semblaient le payer de retour; les plus timides venaient jouer près de lui, et les oiseaux mangeaient dans sa main. On l’entendait dire : « Mon frère levraut, ma sœur cigale, nos frères les oiseaux , nos sœurs les hirondelles. )>

François opéra dans sa vie de nombreux miracles, mais aucun n’est plus insigne que celui dont fut honoré son propre corps. Une montagne, nommée l’Alverne, fut le théâtre de ce prodige éclatant; il y passa l’été de 1224. Pendant un jeûne de quarante jours qu’il observait en l’honneur de saint Michel, il se vit tout d’un coup environné par les anges. Après une extase, il s’aperçut qu’il avait aux pieds et aux mains de larges plaies imitant les stigmates du Sauveur; au côté, une blessure saignait et mouillait ses vêtements. Il garda jusqu’après sa mort ces stigmates qui faisaient de lui comme le frère de Jésus crucifié. A l’époque où se place cet événement mémorable, François n’avait que quarante-trois ans, et son corps était complètement épuisé. Il prêchait encore, tout en crachant le sang, et il était si décharné qu’on ne comprenait pas qu’il pût tenir debout. Il fallut s’arrêter. Il se coucha sur la terre nue, choisit pour successeur Elie de Cortone, se fit lire l’Evangile et expira en prononçant d’ardentes paroles d’amour pour Dieu, qui l’appelait à lui (4 octobre 1226).

Il avait acccompli son œuvre : il laissait une famille de plus de 5,000 frères mineurs. Bientôt Grégoire IX posa la première pierre de l’église de Saint-François, à Assise, et son corps y fut solennellement transféré, en 1230. Sa vie a souvent été écrite, mais le récit où il revit tout entier,

5 octobre. — SAINT APOLLINAIRE.

sons les formes de la plus suave poésie, c’est celui que l’on appelle les Petites fleurs de saint François ; c’est là que l’on voit de combien de bonté, de candeur et d’amour était faite l’âme de celui qui, s’étant donné pour tâche de ressembler à Jésus, approcha, plus que tout autre, des perfections de son divin modèle.

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