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SAINTE THÉRÈSE

Teresa de Ahumacla, née le 28 mars 1515, à Avila, était l’un des douze enfants d’un gentilhomme de la Vieille-Castille. A l’âge de sept ans, elle s’échappa en secret en compagnie d’un de ses frères, pour aller chercher le martyre parmi les Maures. Son père, Alphonse de

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Cepede, aimait la lecture des bons livres 5 sa mère Beatrix, quoique très pieuse, y joignait celle des romans de chevalerie, alors à la mode. « Je me mis aussi, » dit Thérèse, (( à lire ces écrits dangereux, et cette première faute me fit tomber dans de bien plus graves égarements. Le désir de plaire se glissa dans mon cœur; je ne pensais plus qu’à me parer. Plusieurs années se passèrent dans les pensées d’une frivolité

Fig. 261. — Sainte Thérèse, réformatrice des Carmélites. D’après un portrait du temps.

coupable. » Entraînée par les perfides conseils d’une parente, elle s’abandonna trop légèrement a des liaisons qui pouvaient la compromettre ; mais son père coupa le mal dans la racine, en la plaçant chez les augustines d’Avila (1531). Le goût de la vie du cloître lui vint dans cette maison, et, après une maladie qu’elle fit alors, elle demanda la permission de se consacrer à Dieu ; n’ayant pu l’obtenir, elle s’enfuit le 2 novembre 1533, et fut admise comme novice au couvent des carmélites.

Mais elle n’avait pas assez consulté ses forces physiques, et dès lors

commencèrent pour elle d’affreuses souffrances, qui ruinèrent à jamais sa santé délicate, et mirent tant de fois à l’épreuve sa parfaite résignation. (( Ou souffrir ou mourir, )) tel était le vœu qu’elle ne cessa de répéter jusqu’à ses derniers moments. Une fois, elle éprouva une crise si forte et si prolongée qu’on la crut morte : sa fosse était déjà creusée, et l’on avait célébré un service pour le repos de son âme. Rendue à la santé après trois ans de paralysie complète, elle se relâcha peu à peu. Son couvent n’étant point astreint à la clôture, elle recevait la visite des personnes du monde, qui prenaient plaisir à l’entendre ; elle-même se livrait avec charme à ces entretiens; elle en vint jusqu’à discontinuer son oraison, parce qu’elle ne se croyait plus digne de vaquer à cet exercice. Au milieu de ces dissipations, son père mourut (1541). Sa mort, les dernières paroles qu’il adressa à ses enfants, firent sur elle une profonde impression. Le P. Vincent Baron, qui avait assisté le défunt, se chargea de diriger la conscience de sa fille. « D’après ses avis, » dit-elle, «je repris la méditation; mais je n’évitais pas les occasions qui avaient porté le trouble dans mon âme, et mon état n’en devint que plus, pénible. Je voyais les fautes, et je ne voulais point m’en corriger; Dieu m’appelait d’un côté, le monde m’entraînait de l’autre. Cette guerre intérieure me tourmentait et me faisait souffrir. Ma confiance se ranima en lisant les Confessions de saint Augustin. )) Depuis, Thérèse marcha dans les voies de la perfection. Un voyage aux eaux lui rendit la tranquillité du corps; toutefois, son estomac délabré ne put, durant de longues années, conserver qu’une faible partie des aliments qu’on l’obligeait de prendre. Parmi ses douleurs, elle se montrait gaie, modeste, prévenante, d’une humeur égale; elle travaillait de ses mains à gagner sa subsistance.

Thérèse recouvra assez de force pour tracer elle-même sa propre histoire. Cet ouvrage célèbre lui fut inspiré par la volonté de son confesseur, le jésuite Alvarez ; on y trouve à chaque page les marques d’une ardente charité, d’une franchise touchante, et d’un enthousiasme sacré. Toutes ses révélations attestent une union spirituelle qui existait entre elle et Jésus-Christ; elle voyait Dieu, la Vierge, les saints et les anges dans toute leur splendeur, et recevait d’en

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haut des inspirations dont elle faisait son profit pour la discipline de sa vie intérieure. Dans sa jeunesse, les apparitions qu’elle eut sont rares et paraissent confuses ; ce n’est qu’en plein âge mûr qu’elles deviennent plus précises, plus nombreuses et aussi plus extraordinaires. Elle avait quarante-trois ans passés lorsque le Seigneur lui accorda pour la première fois la faveur d’une extase. (( Jésus ne se montrait pas à moi sous une forme sensible, mais il s’imprimait dans mon entendement par une connaissance souverainement claire, qui excluait le doute. » Ses visions intellectuelles se succédèrent sans interruption pendant deux ans et demi. Afin de l’éprouver, ses supérieurs lui défendirent de se livrer à ces élans de ferveur, qui lui étaient une seconde vie, et où sa santé se consumait. Elle obéit, et malgré ses efforts, « son oraison était si continuelle que le sommeil même ne pouvait en interrompre le cours )>. Jusqu’à son dernier soupir, elle jouit du bonheur *de s’entretenir avec les personnes divines, qui la consolaient ou lui révélaient certains secrets du ciel, et de pressentir quelquefois l’avenir.

Vers 1560, Thérèse conçut l’idée de fonder à Avila un monastère pour la stricte observance de la règle de son ordre, laquelle comprenait l’obligation de la pauvreté, de la solitude et du silence. Après deux années de luttes, elle reçut du pape Pie IV des bulles qui lui permirent de faire prendre le voile à douze religieuses (24 août 1562). Ces femmes n’avaient pour chaussure que des sandales, et pour lit qu’une crèche garnie de paille ; elles consacraient huit mois de l’année aux rigueurs du jeûne, et s’abstenaient entièrement de chair. La réforme fit de rapides progrès, et l’on vit de nouvelles maisons s’élever sur le même modèle en Espagne et en France. La modicité de ses ressources ne fut pas pour Thérèse un obstacle à son entreprise ; outre dix-huit couvents de filles, elle présida à la fondation de quatorze couvents d’hommes, connus sous le nom de Carmes déchaussés. Quant à elle, refusant toute distinction, elle demeura confondue dans la foule des religieuses jusqu’en 1581, où elle fut élue prieure.

Les voyages de Thérèse avaient aggravé ses infirmités : deux fois elle s’était démis le bras gauche, et elle était restée estropiée,

faute de soins suffisants. Elle mourut à Alba de Tormès, d’un flux de sang, le 4 octobre 1582, âgée de soixante-sept ans. Sa mémoire est honorée le 15 du même mois. Béatifiée en 1614 par Paul V, elle fut mise au rang des saintes en 1622, par Grégoire XV, le même jour que François-Xavier et Ignace de Loyola; enfin, Urbain VIII la désigna, en 1627, pour patronne de l’Espagne.

En effet, Thérèse s’est autant distinguée par ses vertus et ses facultés merveilleuses que par ses écrits, si recherchés après sa mort, et que Bossuet qualifiait de « doctrine céleste ». Les plus remarquables sont le Chemin de la 'perfection et le Château de V âme. Elle les composait d’une main ferme, et sans y corriger rien. Ses manuscrits furent recueillis en 1588 par Louis de Léon, qui exhorte tous les hommes à la suivre dans la voie de la piété, en ajoutant : « Elle a vu Dieu face à face, et maintenant elle vous le montre. »

SAINT GALL

C’était un des douze moines irlandais de l’abbaye de Bangor qui accompagnèrent Colomban dans les Gaules en 573. Après trente ans d’apostolat chez les Francs, Colomban, hanté comme saint Patrice par le souvenir des peuples qui ne connaissaient pas le Christ, passa le Rhin et emmena Gall vers les Suèves et les Alamans, qui occupaient alors l’Helvétie orientale. Ardent et audacieux, comme son maître, Gall était, en outre, fort instruit et avait le don de prêcher en langue germaine aussi bien qu’en latin. Leur mission fut difficile : ils durent fuir de Zug, d’où on voulait les chassera coups de fouet. A Bregentz, sur le lac de Constance, il y eut quelques conversions, et ils demeurèrent trois ans, au milieu d’une population hostile et avare. La chasse et surtout la pêche soutenaient leur vie : Gall, le savant prédicateur, jetait dans le lac les filets que Colomban avait faits lui-même. Cependant l’attitude

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des habitants devint si menaçante que Colomban dit un jour : « Nous avons trouvé une coupe d’or, mais elle est pleine de serpents. Le Dieu que nous servons nous conduira ailleurs. )) Il voulait depuis longtemps passer en Italie , où il comptait trouver bon accueil auprès du roi des Lombards; au moment du départ, son disciple préféra de rester.

Non loin du lieu où le Rhin se jette dans le lac de Constance, Gall se choisit la retraite que son nom devait immortaliser. Il cheminait avec un diacre demeuré près de lui, et vers le soir ils arrivèrent à l’endroit où le torrent de Steinach se creuse un lit dans les rochers ; son pied s’étant pris dans les broussailles, il tomba. Alors il dit : « C’est ici le lieu de mon repos pour toujours. » Puis il disposa deux branches de coudrier en forme de croix, y attacha les reliques qu’il portait au cou et passa la nuit en prières. Le lendemain, le diacre alla pêcher à la cascade, et, comme il lançait son filet, deux démons lui apparurent, sous la forme de deux femmes, qui lui jetaient des pierres en l’accusant d’avoir amené dans le désert leur plus cruel ennemi. Gall, étant survenu, prononça les exorcismes ; on les vit fuir en remontant le cours du torrent, et l’on entendit dans la montagne des voix de femmes qui pleuraient en disant : « Où aller maintenant? cet étranger nous chasse du milieu des hommes et jusque du fond des déserts! )) C’est encore une tradition qui nous montre Gall guérissant la fiancée de Sigebert , fils du roi Thierry II, et recevant du jeune prince reconnaissant le don de tout le territoire qu’il voudrait occuper dans le domaine royal entre les Alpes rhétiennes et le lac de Constance. Vers le même temps, il refusait l’évêché de Constance que le duc d’Alamanie voulait lui conférer. En 631, une députation de six moines de Luxeuil, le premier monastère fondé en France par Colomban, vinrent au nom de leurs frères, le prier de prendre le gouvernement de la communauté. Il refusa encore une fois de quitter l’asile qu’il s’était créé, et d’où il continua jusqu’à la fin de prêcher et d’édifier la population d’alentour. Lorsqu’il mourut, le 16 octobre 646, tout le pays des Alamans était réduit en province chrétienne, et autour de sa cellule se groupaient déjà les rudiments du monastère qui fut l’un des principaux foyers intellectuels du monde germanique.

VT K DES SAINTS. — II

La splendeur de l’abbaye de Saint-Gall rayonna pendant les trois siècles qui séparent Charlemagne de Grégoire VII ; elle atteignit son apogée à l’époque des derniers Carlovingiens. L’humble ermitage du moine irlandais avait grandi au point de devenir une des plus immenses et des plus riches abbayes de la chrétienté. Elle était arrivée à posséder un domaine de 160,000 journaux de terre, le journal étant une ancienne mesure agraire qui représentait l’espace qu’un homme peut labourer en un jour. Un peuple entier vivait dans les édifices abbatiaux : d’un côté, les laboureurs et les ouvriers de métier, de l’autre, les serfs, qui étaient astreints à trois jours de travail par semaine au profit de la communauté. Il y avait environ cinq cents moines, sans compter les novices et vingt oblats élevés dans l’école intérieure où on les préparait dès lejeune âge à la vie religieuse. Les bâtiments , répartis sur une surface considérable, formaient autant de constructions séparées, mais reliées néanmoins les unes aux autres et composant un ensemble admirablement distribué. Au centre , s’élevait l’église , et l’ordre était si parfait qu’elle avait quatre entrées distinctes, celle des moines donnant sur le cloître, celle des ouvriers et des serfs, une autre pour les hôtes et les élèves de l’école extérieure; enfin la foule des fidèles y pénétrait par le porche. Après l’église, la bibliothèque, l’une des plus fameuses du temps par le nombre et le choix des volumes : les moines de Saint-Gall copiaient, ornaient et reliaient eux-mêmes leurs livres. Adonnés aux travaux intellectuels, étudiant l’universalité des sciences, les lettres anciennes, même les grecques, les moines se mêlaient à tour de rôle aux travaux manuels, et chacun y avait son obédience. Rien de mieux organisé que les batiments d’exploitation ou de manipulation intérieure. Sur le plan du neuvième siècle qui nous en a été conservé, on voit groupés' ensemble : bouverie, bergerie, écurie, vacherie; pressoir pour le vin et pressoir pour l’huile, cellier, fruiterie ; grange , moulin ; laboratoire, pharmacie, infirmerie, et non loin le jardin médicinal; puis trois hôtelleries, affectées aux religieux étrangers, aux voyageurs et aux pauvres, aux hôtes de distinction; l’école publique; enfin, le cloître et les salles réservées aux religieux, à droite de l’église.

Saint-Gall, aux neuvième et dixième siècles, représente un état de

SAINT GALL

Fig. 2G2. Prédication d’un apôtre du christianisme. D’après un tableau attribué à fra Angelico. XVe siècle.

civilisation fort en avant sur l’époque troublée où peuples et rois se déchiraient entre eux, pendant que les moines travaillaient silencieusement, actifs et recueillis à la fois, dans leur paix laborieuse.

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